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Le poète carolo a toujours la cote Rimbaud en vedette chez Sotheby's

Publié le mercredi 08 décembre 2010 à 12H00 - Vu 130 fois


Une caricature de Rimbaud ivre mort signée Delahaye. Estimation : 30 à 40 000 euros !

Une caricature de Rimbaud ivre mort signée Delahaye. Estimation : 30 à 40 000 euros !


SANS vouloir surfer sur l'une des thèses du dernier prix Goncourt, Michel Houellebecq analysant comme d'autres qu'en ces temps de crise financière, le marché de l'art (et en l'occurrence des manuscrits et livres rares) est une valeur refuge, on ne peut qu'en convenir : notre bon Arthur Rimbaud qui tira le diable par la queue une bonne partie de sa vie a aujourd'hui une cote du tonnerre chez les bibliophiles et les collectionneurs.
Et bien sûr chez les spéculateurs (il y en a aussi).
On va le vérifier une nouvelle fois le mercredi 15 décembre chez Sotheby's (à Paris) à l'occasion de la dispersion d'une collection privée axée sur les grands noms de la fin du XIXe.
Le plus épatant, c'est que le catalogue ne mentionne aucune œuvre manuscrite, aucun lot où le poète carolo n'aurait ne serait-ce qu'apposé sa griffe.
Il est en revanche le centre d'intérêt de quelques-unes des pièces majeures de la vente.
Jugez plutôt.
« Un diable au milieu des docteurs »
Pour l'anecdote, le certificat de première communion de sa sœur Vitalie (en date du 15 mai 1870), qui devait décéder en 1875 (estimation : 2 à 3 000 €). Ou encore une édition originale d'Une saison en enfer (imprimée à Bruxelles) - il y en a encore pas mal en circulation depuis que le stock d'invendus fut mis au jour dans le grenier de l'imprimeur belge… - (8 à 10 000 €).
A noter aussi un compte rendu de la Société de géographie daté de 1883 où un certain Rimbaud fait état de ses observations à Aden (6 à 8 000 €).
Cependant, des pièces se détachent davantage.
D'abord une lettre manuscrite de Léon Valade à Jules Clarestie datée du 9 octobre 1871.
Ces deux auteurs ne sont pas passés à la postérité mais fréquentaient alors les mêmes lieux que Verlaine et le jeune Rimbaud. Or, Valade écrit ceci à Clarestie : « Pour augmenter vos remords de n'avoir point assisté au dernier dîner des Vilains Bonshommes, je veux vous apprendre qu'on y a vu et entendu pour la première fois un petit bonhomme de 17 ans, dont la figure presque enfantine en annonce à peine 14, et qui est le plus effrayant exemple de précocité mûre que nous ayons jamais vu. Arthur Rimbaud, retenez ce nom qui (à moins que la destinée ne lui fasse tomber une pierre sur la tête), sera celui d'un grand poète. « Jésus au milieu des docteurs », a dit d'Hervilly. Un autre a dit : C'est le diable ! - ce qui m'a conduit à cette formule meilleure et nouvelle : le diable au milieu des docteurs… »
Estimation : 10 à 15 000 euros.
Dans une autre lettre, trois jours plus tôt, le même Valade, décidément visionnaire, parlait d'un génie naissant.
Ensuite un dessin signé Ernest Delahaye (30 à 40 000 €), l'ami de Charleville. Les experts datent cette caricature de la période 1875-1877. La légende est explicite : « Scène d'intérieur. Une aventure de Rimb. » Selon les experts, le dessin fut longtemps la propriété du couturier et collectionneur Jacques Doucet, mécène des surréalistes après la première guerre. On imagine que Breton et ses amis, qui conseillaient Doucet dans ses achats, avaient apprécié cette charge féroce… On y voit en tout cas un pauvre Rimbaud ivre mort…
Un coup de pouce du ministre ?
Enfin, via Verlaine, deux pièces maîtresses, deux lots au-dessus du lot… Six feuillets de la main de Verlaine où l'auteur de Sagesse a « recopié » le poème Les premières communions (40 à 60 000 €). Et puis surtout, cette fameuse et pathétique lettre à Delahaye, toujours de Verlaine, datée du 16 avril 1875, où Paul évoque sa rupture avec Arthur. Un manuscrit bouleversant (voir par ailleurs) dont la possession vous coûtera au minimum 60 à 80 000 €.
Au bas mot.
Car les dernières ventes concernant Rimbaud ont toujours dépassé les mises à prix. Sauf miracle, même en cas de préemption de l'Etat, on imagine donc mal que ces lots (les plus chers, en tout cas) soient achetés par la ville de Charleville pour enrichir (c'est le mot…) le fonds Rimbaud. A moins que le ministre Frédéric Mitterrand fasse un geste ?
Philippe MELLET

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