Le natif de Somsois décoré de la Légion d'honneur Michel Gérard : sage et combattant

Le natif de Somsois décoré de la Légion d'honneur Michel Gérard : sage et combattant

Publié le samedi 21 janvier 2012 à 12H00 - Vu 72 fois

Distingué de la Légion d'honneur avec sept autres Calédoniens, Michel Gérard, né à Somsois, a appris la nouvelle le jour de l'an. Le président de l'amicale des anciens combattants d'outre-mer, qui aime dire qu'il est né sur la route des Invasions, apprécie, mais n'est pas du genre à plastronner. La spiritualité yogiste le guide.

BARDÉ de décorations, Michel Gérard, né à Somsois, près de Vitry-le-François, n'est pas du genre à les faire briller tous les matins comme un sou neuf. Lui qui a habité Joinville, en Haute-Marne, va pourtant s'en faire épingler une nouvelle : celle de la Légion d'honneur. « Ce serait mentir de dire que ça ne me fait pas plaisir, réagit-il à l'ombre de ses pieds de letchis, même si je suis nourri de détachement par mon intérêt pour la philosophie indienne. »
Le lotus à 85 ans
Son rituel matinal débute par une séance quotidienne de yoga. « Des exercices de respiration », sourit Michel Gérard qui, du haut de ses 85 ans, tient encore très bien la position du lotus, et bien plus. Ancien de la Seconde Guerre mondiale - dans les rangs de la Première armée commandée par le général de Lattre de Tassigny - et ancien d'Indochine, Michel Gérard a eu plusieurs vies.
Radio et yoga
Radio. Démobilisé, il entre à Radio Saïgon en 1950, où il côtoiera Max Clos, grande figure en devenir du journal Le Figaro, ainsi qu'une autre future célébrité télévisée, Jacques Chancel. « Il faisait les émissions militaires », indique Michel Gérard.
« Dans les derniers jours de 51 », changement de cap, Michel Gérard débarque à Tahiti. « Il y avait Espinasse (de son prénom Michel, un ami à lui) qui nous avait bassinés, il avait lu plusieurs livres sur Tahiti. Et on était alors certains que l'Indochine, c'était fini. »
Michel Gérard y poursuit son parcours radiophonique en entrant à Radio Tahiti. « C'était encore l'époque des gouverneurs. » C'est aussi l'époque où il rencontre sa femme Johanna. En 1957, le jeune couple quittera le Tahiti natal de Madame, avec leur bébé de 8 mois, pour tenter l'aventure calédonienne.
Yoga. Une aventure qui a pris racine. En 1958, Michel Gérard joue les pionniers en créant avec son comparse Eugène Bizeul, la première revue illustrée du territoire. Une révolution qu'il poursuivra en entrant au quotidien La France Australe, en 1963, en tant que rédacteur en chef adjoint. Il y modernisera les techniques d'impression et les moyens d'information, tout en jouant allègrement de la plume, jusqu'à son nouveau changement de cap.
Fin 75, il quitte son poste de Directeur et rédacteur en chef de la France Australe et monte l'institut Savitri de yoga. Pendant vingt-cinq ans, il initiera une palanquée de Calédoniens à cette discipline qu'il affectionne et qu'il a acquise lors de voyages en Inde.
Faut-il préciser que c'est un passionné de Beethoven, qu'il a été l'un des fondateurs du premier club de parachutisme du pays et parmi les premiers à sauter au-dessus de l'aérodrome de Magenta.
« Alerter et protester »
Ainsi que l'un des fondateurs du Kiwanis club de Nouméa, et qu'il a toujours œuvré activement au sein de l'amicale des anciens combattants d'outre-mer. Auparavant vice-président, il en est le président depuis 1993. « Je n'ai plus de tribune, mais je fais des discours. Ça me permet de me faire les dents », confie-t-il le regard pétillant.
Alerter. Michel Gérard n'a rien perdu de son regard de journaliste, suivant avec attention l'actualité du monde, de la France et du Caillou. « Notre passé et nos actions au service de la France nous donnent un droit d'inventaire et nous font un devoir de rester lucides et de n'être pas du troupeau qu'on manipule. Si nous n'avons plus, de par l'âge, le pouvoir d'agir, il nous reste celui d'alerter, voire de protester », écrit-il dans ses vœux de l'Amicale pour 2012.
L'ancien combattant n'appartient pas à la catégorie fort en gueule, mais il réfléchit, écrit, beaucoup, s'intéresse et publie. Du haut de ses 85 ans, il observe les changements de notre monde. « Quand on le voit évoluer, nous, les anciens combattants, on est un peu dubitatifs. C'est un monde inquiétant où il y a beaucoup d'épées de Damoclès. » Les amicales des anciens combattants s'amaigrissent. « On essaie toujours de transmettre, mais j'ai l'impression qu'il n'y a pas beaucoup d'attention », poursuit Michel Gérard. Il n'est ni triste ni nostalgique. Simplement lucide.
Cyrille Louison parrain
Quant à sa Légion d'honneur, il a su de suite qui choisir en parrain : « C'est Cyrille Louison qui me décorera, à la Maison du combattant avec ma vieille amicale. Je lui dois bien ça. » Cyrille Louison, son complice, un ancien de Diên Biên Phu.

L'union l'Ardennais