Publié le samedi 10 décembre 2011 à 12H00 - Vu 141 fois
1960, à bord du porte-avions Arromanches, en rade de Diègo-Suarez, à Madagascar, le Président de la République Charles de Gaulle s'entretient avec le capitaine de frégate Ronald Midoux, alors commandant de l'escorteur d'escadre La Bourdonnais.
TAPI au pied des rochers légendaires des Quatre-Fils-Aymon, Château-Regnault, aujourd'hui quartier de Bogny-sur-Meuse, était une commune indépendante quand le 3 décembre 1913 y naquit Ronald Midoux. Son père, natif du pays, était comptable. Homme cultivé, il parlait couramment l'allemand. Si bien qu'en 1924, il fut embauché à l'administration des mines de la Sarre allemande, alors sous tutelle française. Inscrit au collège français de Sarrebrück, Ronald y brille, notamment en mathématiques.
Deux ans après avoir obtenu le baccalauréat, il intègre l'Ecole navale à Brest. Sur le navire-école La Jeanne d'Arc, en date du 27 octobre 1933, il écrit dans son journal de bord : « Deux jours après le départ des Açores, un oiseau de la taille d'une hirondelle s'abat sur le pont. Les chats du bord se précipitent sur lui. Un matelot s'empare de l'oiseau. Fait curieux, il a les pattes palmées comme un canard. C'est un poisson ! Décidément, rien ne se perd, les poissons volent, les oiseaux vivent dans l'eau ! »
Naviguer sur les océans ne suffit pas à l'élève officier ardennais. Tel l'étrange poisson, il veut voler, devenir un marin volant, faire carrière dans l'aéronavale ! Promu enseigne de vaisseau en 1935, il obtient son brevet de pilote à l'Ecole de l'air de Villacoublay, multiplie les heures de vol, décroche brillamment son brevet de pilote maritime à la base aéronavale d'Hourtin. En septembre 1939, quand la guerre éclate, il est à Port-Lyautey, au Maroc. Il a vingt-sept ans.
Chargé d'assurer l'escorte aérienne des convois alliés qui franchissent le détroit de Gibraltar, le 15 novembre 1939, caché dans les nuages, il fond sur le périscope d'un sous-marin allemand qu'il endommage gravement.
Voilà qui lui vaut d'être décoré de la Croix de guerre alors qu'aucun combat n'est livré dans la France métropolitaine qui sommeille derrière la Ligne Maginot. L'armistice de juin 1940 l'accable d'autant plus qu'un mois plus tard, aux commandes d'un Bréguet-Bizerte, il est canardé par la DCA anglaise au large de Gibraltar.
Alors qu'il séjourne au Sénégal, il assiste au combat fratricide mené par la Royal Navy qui tente de débarquer à Dakar. Il en témoigne en ces termes dans son journal : « 25 septembre 1940. Après une nuit passée à perdre deux mois de solde au poker, j'ai vu notre contre-torpilleur L'Audacieux être coulé par un croiseur anglais. Je revois dans les gerbes anglaises de 380 l'équipage sautant à l'eau dans un sillage de requins. Le croiseur anglais foutra le camp, mouché par les canons du Richelieu ».
René
Promu lieutenant de vaisseau en 1942, il se porte volontaire pour des missions périlleuses dans la France occupée. Après avoir subi un entraînement commando dans le centre de la DBFM (demi-brigade de fusiliers marins), à Siroco, près d'Alger, il est parachuté en Provence, au-dessus de Cucuron. Dans le cadre de l'Opération Sampan, dépendante du service de renseignements de la France combattante du général de Gaulle, il est chargé avec ses hommes de collecter des renseignements sur le port de Toulon, tenu par les Allemands, et de former des « équipes de plage » qui au moment du débarquement des Alliés, prévus le 15 août, empêcheront l'ennemi de saboter les installations portuaires.
Doté d'une fausse carte d'identité, il s'intègre aux réseaux de résistance provençaux sous le nom de « René ». Les liaisons radio étant défectueuses, il reçoit l'ordre d'apporter les précieux renseignements à Alger. A pied, à vélo, en autobus, il gagne un terrain vague proche de Grambois où un DC3 de la Royal Air Force se pose de nuit afin de lui permettre d'assurer sa mission. A Alger, la manne de renseignements est jugée tellement capitale que René reçoit l'ordre d'aller sur-le-champ l'apporter à l'état-major qui, dans la Corse libérée, prépare le débarquement imminent en Provence. Aux commandes d'un hydravion, l'héroïque Ardennais amerrit au large de Calvi, près du navire de commandement !
Aussitôt, il s'en va combattre en Provence où l'opération Sampan ayant été magnifiquement accomplie, il est décoré de la médaille de la Résistance. En septembre 1944, dans Paris depuis peu libérée il retrouve ses parents d'autant plus bouleversés qu'ils avaient reçu un avis leur signifiant que leur fils était « porté disparu » !
A trente et un ans, le lieutenant de vaisseau Midoux, maintenu dans les services de renseignements, est affecté sous l'égide de la DGSS (Direction générale des Services Secrets) à des missions d'investigation dans l'Allemagne et l'Autriche occupées.
Pacha
Promu capitaine de corvette en 1949, il retrouve enfin l'aéronavale où il va effectuer une carrière brillante. Capitaine de frégate en 1955, il prend le commandement du La Bourdonnais, un escorteur d'escadre qui en 1960 accompagne le porte-avions Arromanches à bord duquel il est présenté au président de la République Charles de Gaulle, qui vient d'arriver à la base de Diego-Suarez, à Madagascar. Au général qui s'étonne de la présence de la Croix de la Résistance parmi les nombreuses décorations de son hôte, il fournit les explications nécessaires.
Pacha du porte-avions Arromanches en 1961, le capitaine de vaisseau Midoux est bientôt promu contre-amiral. De 1968 à 1970, commandant en chef du groupe des porte-avions et de l'aviation embarquée, il a sous ses ordres L'Arromanches, le Foch et le Clemenceau. Vice-amiral en 1971, vice-amiral d'escadre l'année suivante, il prend sa retraite quelques jours après avoir été promu Grand Officier de la Légion d'honneur par le Président Pompidou.
Dans une prochaine chronique, j'évoquerai le retour au pays natal de l'enfant glorieux de Bogny-sur-Meuse qui jusqu'en 1984 y vivra une ardente retraite au pied des Quatre Fils Aymon.
Qu'en pensent les chênes de nos forêts ?
Yanny HUREAUX
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