Publié le vendredi 10 février 2012 à 10H48 - Vu 190 fois
Les 50 ans sont allègrement passés pour Guy, un ancien des VMC. Aujourd'hui, sa galère quotidienne, c'est le chômage. Ils sont nombreux, les anciens de l'industrie dans sa situation. S'il accepté de nous parler aujourd'hui, il a refusé un portrait : « J'ai trop honte ».
REIMS (Marne). Perdre son boulot lorsqu'on a plus de 50 ans est une épreuve difficile en soi. Mais qui n'est en fait que le début, pour beaucoup, d'un véritable chemin de croix. Plongée dans cet univers où l'on pénètre aisément. Pour souvent ne jamais en sortir.
- Guy : licencié des VMC en juin 2009
Il se lève le matin, mais ne sait plus vraiment trop pourquoi. Guy, c'est lui qui le dit, « est encore bon pour le service ». Il le sait. Ses mains cabossées par plus de vingt années passées près des fours de l'ancienne manufacture de la rue Pierre-Maître en veulent encore. Mais le bleu de travail reste rangé depuis son licenciement en 2009. Il est plié, propre, rangé dans un placard. Ressortira-t-il un jour pour franchir à nouveau le portique d'une usine ou d'une autre entreprise ? Rien n'est moins sûr. Guy a franchi la barre de la cinquantaine il y a deux ans et ne se fait (presque) plus d'illusions.
« On m'a «essoré» pendant des dizaines d'années, on m'a fait faire les 3/8. Je l'ai accepté. Je n'ai pas fait grand-chose à l'école quand j'étais môme et il a fallu que je bosse tout de suite. » Il ne regrette rien. Il voulait juste aller jusqu'à la retraite sans faire de bruit. Attendre la quille, loin des laminoirs, de la fumée qui colle les yeux et encrasse les poumons. Comme des dizaines d'autres, il se retrouve sur la touche, sans qualification. « Je ne sais rien faire d'autre que du verre. Je ne peux pas travailler dans un bureau, pas devant un ordinateur, ma formation devrait durer le temps qu'il me reste avant ma retraite », explique ce grand gaillard dont le dos commence à se voûter.
Dans son appartement du quatrième étage, il y aurait des travaux à faire. Sa femme travaille encore. « Heureusement qu'elle est là, il y a les traites qui tombent tous les mois pour l'appartement que nous avons acheté sur vingt-cinq ans, cinq années avant que je me fasse virer comme un chien. »
Pudique, il ne dit pas que ses deux enfants vont désormais à la fac et que les frais s'empilent. Tous les jours, il épluche les annonces dans le journal, sur Internet. « Comme me l'a dit la personne qui me suit à Pôle Emploi, j'ai envoyé des CV, mais à mon âge, je ne vois pas l'intérêt. Je n'ai pas eu la moindre réponse, pas le moindre entretien ». Guy est désabusé. Il a honte de sa situation, qu'on le traite d'assisté ou de fainéant. Mais, lui, il a commencé à travailler à 15 ans comme manœuvre dans le BTP avant de s'échiner à l'usine pendant des décennies.
Sur le buffet du salon, il manque un bibelot. « Ma médaille du travail, je l'ai foutue en l'air. Mieux vaut que ce soit elle que moi. Avant, j'en étais fier. Aujourd'hui, je ne pourrais même plus la voir en peinture. Un pan complet de ma vie s'est arrêté le 2 octobre 2009, lorsque le four numéro 8 a été coulé. »
Dossier Thomas DUPRAT
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