Publié le lundi 19 septembre 2011 à 10H49 - Vu 153 fois
Delphine Quéreux-Sbaï : « Les manuscrits sont conservés dans une réserve spéciale, à 18 degrés ». Photos Christian LANTENOIS
REIMS (Marne). Une soixantaine de manuscrits carolingiens, conservés à Reims, ont été numérisés pour entrer dans la plus grande bibliothèque virtuelle couvrant cette période, de Charles V aux rois aragonais de Naples.
ILS datent des VIIIe et IXe siècles et sont parfaitement conservés à la bibliothèque Carnegie, dans la réserve climatisée refaite récemment. Ces manuscrits, tout en latin, qui témoignent de l'époque carolingienne, ont été numérisés pendant deux mois : 17 000 pages dorénavant à disposition des chercheurs ou amateurs de l'époque (et sachant lire le latin !) sur internet, dans la bibliothèque virtuelle, décidée dans le cadre du projet « Europeana Regia ».
Pourquoi ces 60 manuscrits sont-ils à Reims ? « L'histoire a décidé qu'ils devaient être là et pas ailleurs, au gré des guerres et des révolutions… », explique la directrice de la bibliothèque municipale de Reims, Delphine Quéreux-Sbaï.
« Les Allemands, Belges et Italiens sont associés à ce projet. Il s'agit de rassembler l'essentiel des documents royaux européens d'ici fin 2012. »
En tout, 300 000 pages, 426 manuscrits de l'empire carolingien, 163 de l'époque de Charles V et sa famille et 282 sur les rois aragonais de Naples.
Il s'agit là de manuscrits qui ont plus de 1 000 ans. « Ils ne sont pas datés, ils ne l'étaient jamais à l'époque. Il n'y avait pas de titre, pas de nom du copiste. On peut déterminer la date par moitié de siècle environ. »
Plusieurs copistes pour un manuscrit
Si Reims possède autant de documents de la période carolingienne, elle le doit à la richesse de l'abbaye de Saint-Thierry. « Elle a fusionné avec celle de Saint-Remi, qui a ainsi récupéré les manuscrits. A Reims, il y avait un scriptorium important et une école de copiste. »
A noter que pour les préserver, les livres avaient été envoyés par précaution à Paris en 1914. Une chance.
L'écriture s'appelait caroline, selon le souhait de Charlemagne de codifier l'écriture. « Elle ressemble un peu à la nôtre, qui est cursive. Ce sont des moines qui copiaient les livres, à la plume. Ils étaient plusieurs pour un manuscrit. » Pour Delphine Quéreux-Sbaï, « il était intéressant de participer à cette bibliothèque virtuelle que personne ne possède. Les chercheurs vont pouvoir faire des comparaisons, des recoupements ».
Carnegie possède 3 000 manuscrits, dont 800 du Moyen Age. Beaucoup de documents ont été microfilmés, mais en noir et blanc forcément. La bibliothèque dispose depuis quelque temps une caméra de numérisation, « qui a été un gros investissement, mais très important ».
Avec cette opération « Europeana Regia », Reims prépare l'avenir en préservant la mémoire.
G.F.
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