Publié le lundi 08 août 2011 à 11H00 - Vu 19 fois
De l'eau, du bois et du minerai de fer : la trilogie indispensable pour élaborer la fonte. En Haute-Marne, ces trois éléments ne sont jamais vraiment éloignés les uns des autres. Au XIXe siècle, le département était un des fleurons français de la métallurgie.
Voici un circuit pour se plonger dans ce patrimoine métallurgique encore bien existant aujourd'hui.
La façade des maisons expose ostensiblement le passé métallurgique de la région. A Brousseval, un peu avant Dommartin-le-Franc, elles s'alignent, toutes identiques, usées par le temps. Leur architecture est fonctionnelle et sommaire comme bon nombre de maisons ouvrières construites par les industriels pour leurs salariés.
Depuis le lac du Der-Chantecocq, en direction de la Haute-Marne, les signes de cette histoire laborieuse se notent à chaque coin de rue, et même dans chaque rue principale de village. Ici une usine défraîchie ou encore en activité, là un petit perron en fer au-dessus des marches de l'entrée, par ici une statue ou un square doté d'un petit monument, par là un moulin à eau, un nom de café qui ne pourrait pas s'afficher ailleurs et puis encore ces maisons ouvrières…
Un centre d'interprétation
Bienvenue en Haute-Marne sur la route du fer et de la fonte. A faire sous le soleil comme sous la pluie, c'est un circuit qui suit la vallée de la Blaise plongeant le curieux dans un passé qui dure depuis 3 000 ans. Aujourd'hui, le fer c'est encore 10 000 salariés qui travaillent pour lui. Et il est le plus gros employeur privé du département. Du bruit, de la force, de la sueur et des souillures pour fabriquer le fer, encore et toujours… Sur cette route, les maisons et les trottoirs parlent, les visages aussi. A une petite trentaine de minutes en voiture de la station nautique de Giffaumont, le circuit débute par cet arrêt obligé à Dommartin-le-Franc, où le Métallurgik Parc, né d'un projet public-privé et surtout de la volonté de l'Association de sauvegarde et de promotion du patrimoine métallurgique, fait revivre ce passé. Plus qu'un musée, ce centre d'interprétation de la métallurgie propose au visiteur un voyage au cœur de l'usine telle qu'elle fonctionnait il y a deux siècles.
Dommartin-le-Franc faisait partie de ces 200 communes qui travaillaient à l'extraction ou à la transformation du fer. Sur les 90 hauts fourneaux qui tournaient à plein régime en Haute-Marne, dont vingt rien que dans la vallée de la Blaise, le village en comptait trois.
Sa production moyenne : 800 tonnes de fonte par an avec 30 ouvriers travaillant nuit et jour six mois par an.
Entre le parc à minerai, la halle à charbon et la halle à coulée, le guide dévoile comment la Blaise a été déviée pour créer un canal apportant ainsi la force hydraulique si utile au nettoyage et au concassage du minerai mais aussi au moulin. En outre c'est ici, à Dommartin-le-Franc, que les célèbres cheminée-cuisinières Maillard qui ont tant révolutionné le quotidien des familles (et surtout des ménagères) ont été fabriquées… Le développement de l'usine, son déclin, les révolutions de fabrication comme la libéralisation de la fusion en 1860, il ne manque rien à la visite.
Un petit coin de paradis
Pas même le coup d'œil sur le présent où les ouvriers et les cadres de chez Ferry Capitain, GHM… témoignent de leur travail d'aujourd'hui, avec fierté.
Après deux heures et demie, direction Sommevoire. Ce détour n'est pas pour l'usine GHM dont une unité siège encore là mais pour son petit coin de paradis. Le plaisir commence par demander sa route. « C'est où le paradis s'il vous plaît ? » Un joli sourire s'affiche avant de vous indiquer la route en direction de ce refuge qui abrite tous les modèles créés par Antoine Durenne, précurseur de la fonte d'art, qui a racheté l'usine en 1857 et qui, avec son talent, a raflé de nombreux prix pour ses créations. Collaborant avec des artistes de renom, il apporte sa maîtrise indiscutable de la fonte. Le Paradis, c'est ainsi que ses ouvriers appelaient le hangar où ils abritaient tous les modèles en bois et en plâtre des statues religieuses fondues dans leur usine.
Impensable de s'en débarrasser. Trop croyants pour cela.
Les travailleurs les ont donc conservées, ainsi que les modèles plus profanes de leur employeur, jusqu'à ce que l'usine décide de s'en séparer dans les années 80. Un habitant de Sommevoire et l'association les Compagnons de Saint-Pierre les ont sauvées de la destruction. C'est au bout de la rue du Pont que la mémoire du site se trouve avec un millier de modèles à découvrir.
Votre guide vous emmènera à travers ce curieux capharnaüm et offrira une histoire pour certains d'entre eux, comme ces morceaux de la fontaine créée pour l'exposition universelle de Londres ou pour celle qui siège devant le Capitole à Washington initialement créée pour l'exposition universelle de Philadelphie… Des modèles répertoriés au musée d'Orsay qui se font face de manière improbable. Des matrices émouvantes à admirer sans modération.
Anne-Sophie Coursier
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