Publié le jeudi 02 septembre 2010 à 08H18 - Vu 548 fois
REIMS (Marne). Manque à gagner pour certains, emplois en moins pour d'autres, la nouvelle charte des terrasses ne fait pas qu'embellir la ville.
IL avait ses habitués. Depuis des années, Jacques Durand faisait rôtir quelques poulets devant son magasin « Pâtes et saveurs » place d'Erlon. Coincée entre deux poteaux, en dehors du passage, sa rôtisserie ne gênait personne. Un beau matin de cet été, un employé de la Ville est venu délimiter les terrasses selon la nouvelle charte municipale. En montrant du droit la rôtisserie, il a lâché à Jacques Durand : « Et faudra me dégager ça ! » Faudra me dégager ça. Élégant comme formule : « Je lui ai fait remarquer qu'au moins il pouvait être poli ». Un minimum de politesse s'imposait peut-être pour obliger un commerçant à renoncer à une partie de son gagne-pain.
La nouvelle charte des terrasses, entrée en vigueur au 1er mai, n'autorise pas Jacques Durand à cumuler quelques tables à midi et une rôtisserie devant son échoppe : « Étant donné la nature de mon commerce, j'avais demandé une dérogation mais je n'ai pas eu de nouvelles ». Homme respectueux des lois, il n'avait pas envie de voir arriver la police municipale alors il a cédé et la rôtisserie a disparu. « Si au moins les élus sont contents… »
« Faut pas jouer avec l'emploi »
Le bar Le Gaulois marche pas mal. La semaine dernière, l'enseigne jouait les vedettes sur M6 dans Capital. On y vantait la taille de sa terrasse. De là à dire qu'il se la joue un peu Le Gaulois… il n'y a qu'un pas que quelques confrères ont franchi allégrement. « C'était une rediffusion ce reportage. Mon actualité, ce n'est pas M6, c'est la mairie qui est venue il y a deux semaines et qui m'a obligé à retirer 35 tables au nom de sa nouvelle charte des terrasses », raconte Brunot Clarot, patron de la brasserie. « 35 tables en moins, ça fera 2 saisonniers en moins dès ce mois-ci. Je suis d'accord, il fallait des règles pour mieux encadrer les terrasses mais je n'adhère plus quand on joue avec l'emploi. Ils ne se rendent pas bien compte que c'est précieux l'emploi. »
Même scénario de l'autre côté de la place à la Bodega : « Ils nous ont obligés à ôter environ 20 tables pour respecter l'alignement avec les façades ». Amère, l'équipe du café-bar-brasserie : « On estime qu'ils auraient pu nous laisser finir la saison. Il nous restait un gros mois à faire ».
Sévère avec ceux qui travaillent dur, l'application de la nouvelle charte. Une chance tout de même que le glacier à l'italienne ait pu sauver son stand (lire par ailleurs). Plus chanceux aussi les amateurs de canapés car, malgré l'interdiction annoncée, on en trouve toujours aux mêmes adresses.
Catherine FREY
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