Publié le mardi 07 février 2012 à 10H38 - Vu 131 fois
Fabrice Watier, maraîcher à Taissy : « Les feuilles de poireaux ont été brûlées par le froid. Elles sont flétries et déjà blanches ».
Pas de marché, hier matin, devant l'église Saint-Thomas. Les maraîchers ont déserté l'avenue de Laon et leurs comparses ont suivi le mouvement. Pourquoi ? Où sont passés les producteurs de fruits et légumes ?
Le chômage partiel se profile
À dire vrai, les maraîchers patientent et tentent de sortir de l'impasse. La faute aux températures négatives qui gèlent les légumes en terre ou pendant leur transport. « Nous sommes bloqués. Impossible pour nous d'extraire les poireaux du sol. La mâche sous serre gèle aussi. Il nous faut attendre la période de dégel », explique Jacques Rouchaussé, président de la section légumes de la FDSEA (*), secrétaire général de la Fédération nationale des légumes de France, et lui-même maraîcher dans la Marne. « La terre est prise sur quarante centimètres », poursuit-il. Or les choses ne devraient pas s'arranger puisque les températures ne remonteront pas d'ici une semaine et qu'il faut bien quinze jours aux légumes pour dégeler.
Conséquence directe : certains maraîchers sont sur le point de mettre au chômage partiel leurs employés. « Pour ma part, j'ai encore des stocks et donc du travail à fournir. Mais ce sera beaucoup plus difficile après le milieu de la semaine », renseigne Jacques Rouchaussé.
Ce que confirment, sur le terrain, d'autres producteurs. À l'exemple de Fabrice Watier, maraîcher installé à Taissy : « Comme il n'y a plus de travail depuis vendredi, mes trois salariés sont au repos. Mais si ça continue, je devrai penser au chômage partiel ».
Du retard dans les cultures
En attendant, les producteurs prennent du retard dans leurs plantations. « J'aurai mes plants de salade dans dix jours et je ne pourrai probablement pas les planter. Je ne pourrai pas non plus les conserver au frigo au-delà de trois quatre jours », continue le maraîcher.
Ironie de l'histoire, après le dégel, les producteurs de fruits et légumes devront faire appel à un supplément de main-d'œuvre pour éplucher et préparer les poireaux abîmés par le froid. Tout cela si, bien entendu, la production n'est pas fichue.
Pénurie de légumes pour bientôt
Enfin, pour ce qui est des navets ou du céleri, qui ont déjà été récoltés et stockés, un autre problème se pose : celui de la préparation et du transport des marchandises. « À -10 °C ou -12 °C, les légumes gèlent en une heure », explique Jacques Rouchaussé. « Il nous faut les protéger davantage. Ce qui implique des soins supplémentaires et plus de manutention. »
Résultat des courses : la pénurie de légumes d'hiver se profile, et l'augmentation des prix sur le marché avec. « On sent d'ores et déjà un frémissement », conclut Jacques Rouchaussé.
Lélia BALAIRE
(*) FDSEA : Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles.
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