Publié le vendredi 05 février 2010
La censure, mais aussi l'autocensure, rendues possibles. par les règlements, sont-elles légitimes ?
Jacques Berthion
GILLES Déroche, chef de la chorale Cecilia et volontiers « bouffeur de curés », a récemment écrit un texte destiné à la revue anticléricale Amendé.
Il y revient en détail sur les rapports entre l'Eglise et l'Etat, la laïcité et, surtout, l'utilisation des lieux de cultes.
Il rapporte que les organisateurs de concerts de chorale sont, désormais, priés de bien vouloir communiquer leur programme « afin qu'il soit vérifié que les œuvres n'offensent pas le caractère religieux de l'endroit ». Et de s'interroger : « La liberté d'expression existe-t-elle encore dans nos églises ? ». Un sujet sensible…
Gilles Déroche, chef de chœur d'une chorale laïque, rapporte une anecdote, une entrevue au cours de laquelle il « n'a pas réussi à faire admettre au curé de sa paroisse qu'une église était avant tout un bâtiment public, à la disposition de tous, athées compris. »
Il s'est vu opposer que « L'église est avant tout la maison de Dieu »
« Et le règlement lui donne raison » s'incline l'auteur à la lecture des textes.
« Tuez vos dieux » devient « pour plaire aux dieux » !
Le chef de chœur dénonce ensuite une autocensure.
L'exemple est très parlant : une chorale du Rethélois qui chantait La balade nord-irlandaise de Renaud a transformé un passage entier du texte.
Ainsi, « Tuez vos Dieux à tout jamais/Sous aucune croix l'amour se plaît/Ce sont les hommes, pas les curés/Qui font pousser les orangers » est devenu « Pour plaire aux dieux à tout jamais/Sous la même croix l'amour se plaît/Ce sont les hommes et l'amitié/Qui font pousser les orangers ».
« Trop profane pour mon église »
Une « humiliation », pour l'auteur, qui rappelle aussi la mésaventure dont furent victimes les participants au 3e festival de chorales de Donchery, que relate L'Ardennais du 20 octobre 1994 : « L'abbé leur signifia qu'il valait mieux qu'ils s'en allassent chanter en d'autres lieux, certains passages du répertoire lui paraissant trop profanes. » Alors, où placer le curseur ? L'anticlérical et le curé local, tous deux hommes de dialogue et pas fâchés par leurs divergences de vue, ne répondront tout de même pas d'une seule voix. Et chacun ne manquera pas de se faire son idée.
Entre respect et provocation, liberté d'expression et censure, le débat montre en tout cas que tout n'est pas réglé en la matière.
J.B.
Vous souhaitez réagir, communiquer une information ou témoigner ? Ecrivez à vouziers@journal-lunion.fr ou au 3, rue Chanzy, 08400 Vouziers.









Réagissez