Publié le samedi 11 février 2012 à 12H00 - Vu 749 fois
Caroline était encore enceinte quand elle a engagé une procédure aux prud'hommes.
C'est une jeune maman, mais aussi une esthéticienne qui a été licenciée. Étrangement, le remerciement a eu lieu juste après avoir averti son patron qu'elle était enceinte.
FÉLICITATIONS ! Vous êtes virée ! C'est en substance ainsi que l'on pourrait résumer l'histoire de Caroline*. Cette jeune femme de 25 ans, habitante d'un petit village à quelques kilomètres de Soissons, est l'heureuse maman d'un petit bonhomme né en janvier. Il y a neuf mois, la nouvelle de la naissance prochaine n'avait pas réjoui tout le monde. Pas le patron de l'esthéticienne, en tout cas, qui l'avait licenciée à vitesse grand V.
« J'ai appris que j'étais enceinte à trois semaines de grossesse, confie-t-elle. J'ai prévenu mes collègues et mon employeur le jour même. J'ai voulu les avertir. Je pensais bien faire. » Dans la même journée, l'esthéticienne reçoit à l'institut un client pour un massage d'une heure. « C'est un travail physique », explique-t-elle. D'autant qu'il pouvait lui arriver d'en faire « quatre ou cinq dans la journée. Je l'avais déjà fait remarquer à mon patron : au-delà de deux massages par jour, ce n'est plus le travail d'une esthéticienne, mais d'une masseuse ».
« Faute grave »
Ce jour-là donc, « j'étais très mal, très fatiguée. J'ai demandé au client si l'on pouvait décaler le rendez-vous. Il était d'accord ». Le lendemain, Caroline se sent encore plus mal et souffre « de douleurs abdominales ». Elle consulte son médecin qui l'arrête « pour une semaine. Mon employeur me dit : " Pas de problème. T'en fais pas, j'ai quelqu'un pour te remplacer. " » Le lendemain, soit seulement deux jours après avoir annoncé la bonne nouvelle, Caroline reçoit « un courrier pour un entretien préalable au licenciement pour faute grave ! ».
Ce que lui reproche son patron ? Pas d'être enceinte, tout de même, ce serait un peu trop gonflé. « Je suis licenciée pour avoir refusé de prendre un client en soin et pour avoir insulté ma responsable. Mais je n'avais pas de responsable. » Des griefs qu'il n'aurait pas exprimés lui-même lors de l'entretien puisqu'il se serait fait représenter. Si tant est que la faute reprochée fût si grave, avant le licenciement pour faute grave, la salariée aurait dû au moins faire l'objet d'une mise à pied à titre conservatoire. Ça n'a pas été le cas. L'esthéticienne a d'abord accusé le coup : « C'est profondément injuste. » Puis elle s'est ressaisie : « Je me suis dit qu'il ne fallait pas que je le laisse s'en sortir comme ça. »
« Injuste »
Depuis, la procédure aux Prud'hommes a débuté. En décembre, alors que Caroline était sur le point de donner naissance à son premier enfant, elle s'est rendue à l'audience de conciliation. Le patron, lui, ne s'est pas donné la peine de se déplacer. En janvier le petit est né. La maman et le bébé se portent bien. La jeune femme attend maintenant une nouvelle audience aux Prud'hommes de Soissons, prévue dans quelques semaines. Elle attend avec impatience ce jour où elle pourra faire face à son ancien patron.
Ludivine BLEUZÉ lbleuze@journal-lunion.fr
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