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De petits cheveux si fins

Publié le samedi 11 février 2012 à 12H00 - Vu 184 fois


A Charleville, au cimetière de l'avenue Boutet Vitalie repose aux côtés de son frère Arthur, de sa sœur Isabelle, de leur mère, de leur grand-père maternel.

A Charleville, au cimetière de l'avenue Boutet Vitalie repose aux côtés de son frère Arthur, de sa sœur Isabelle, de leur mère, de leur grand-père maternel.


GRÂCE à son frère Arthur, Vitalie Rimbaud tout juste âgée de seize ans va vivre une aventure extraordinaire à laquelle nombre de pages de son journal intime sont consacrées, journal dont la remarquable édition par le musée-bibliothèque Arthur- Rimbaud est en vente à la médiathèque de Charleville-Mézières.
En juillet 1874, alors qu'il séjourne à Londres, Arthur, tombé malade, appelle sa mère à l'aide.
Elle qui à l'en croire n'aurait rien d'une maman, elle qui n'a jamais quitté ses Ardennes natales, elle met Isabelle la petite dernière en pension chez les Sépulcrines de Charleville pour aller au plus vite avec son autre fille passer près d'un mois à Londres.
Arrivées de nuit par le train à Calais, elles embarquent à l'aube pour Douvres. Première fois qu'elles voient la mer. « Jamais spectacle pareil ne s'était offert à mes yeux, écrit Vitalie : rien et tout dans cette immensité solennelle de la mer ».
Arthur les attend à la gare de Charing Cross. Dieu soit loué ! il va mieux. Dans son journal, Vitalie rapporte par le menu détail tout ce que chaque jour par une chaleur accablante Arthur lui fait découvrir : la cathédrale Saint-Paul, le Parlement, le British Museum, « le Royal Théâtre de l'Alhambra sur une place magnifique où s'élève la statue de Shakespeare », les grands magasins, les « gardes de la reine, de très beaux hommes, vêtus d'une culotte blanche, des bottes à l'écuyère, une tunique en drap rouge, un shako doré surmonté d'une aigrette blanche »… Et la promenade sur et sous la Tamise, et les gaufres et les glaces offertes par son frère !
Est-ce de laisser Arthur seul à Londres ? Est-ce parce qu'elle sait qu'étant âgée de seize ans elle ne pourra plus fréquenter l'Institution des Sépulcrines à Charleville ? Est-ce une sournoise fatigue ?
De retour début août à Charleville Vitalie sombre dans la mélancolie d'un lancinant ennui dont seuls la distrairont quelque peu les messes, les vêpres, les cours d'instruction religieuse et de chant, les promenades dominicales dans l'île du Vieux-Moulin ou le square de la Gare.
Le 12 décembre la rend enfin « contente et satisfaite » d'avoir « cousu cinq chemises pour mes frères ».
Dix-sept jours plus tard, miracle ! Le matin elle embrasse Arthur de retour d'Angleterre et le soir son autre frère le soldat Frédéric en permission pour quinze jours.
La famille enfin réunie, quelles belles étrennes ! Quand en janvier les deux frères sont repartis, l'un à la caserne, l'autre en Allemagne, ont-ils emporté les chemises qu'elle leur a cousues ? En avril, ravie elle est de recevoir par la Poste un cadeau d'Arthur expédié de Stuttgart ! Un journal illustré écrit en allemand !
De jour en jour, Vitalie s'affaiblit. Un genou gonfle, se violace. Tumeur maligne. Maman et les Sépulcrines lui ont enseigné qu'il faut souffrir en silence.
La seule et vague allusion à sa maladie est à la date du 5 mai : « Je crains d'être triste à présent. Ce serait un mal de plus ajouté aux autres, mais mon Dieu que votre adorable volonté s'accomplisse ! » Elle entrevoit sereinement la mort, ce passage obligé avant l'entrée au Paradis promis aux Enfants de Marie.
Le mardi 13 juillet, les derniers mots de son Journal sont radieux. « Nous partons demain pour Paris. Quelle joie ! L'année dernière, nous étions dans la capitale de l'Angleterre, cette année c'est dans celle de la France. O Marie, conduisez-moi ! »
Elle ne précise pas qu'il s'agit d'une consultation chez un grand médecin parisien. On devine ce que fut à Charleville durant cinq mois le quotidien de Vitalie. Sa mère ayant depuis peu décidé de quitter l'appartement du quai de la Madeleine pour une maison située dans la sombre rue Saint- Barthélémy, de sa chambre elle ne voit plus la Meuse et le Mont-Olympe.
De retour au bercail familial après avoir séjourné à Stuttgart, en Italie, à Paris, Arthur loue un piano pour égayer les derniers jours de sa chère petite sœur.
Le 19 décembre 1875, étant âgé de vingt et un ans donc majeur, c'est à lui que sa mère demande d'aller à la mairie de Charleville déclarer la mort à l'âge de dix-sept ans de Jeanne Rosalie Vitalie Rimbaud, survenue la veille à dix heures du soir.
Sur l'acte de décès figure le métier d'Arthur : « professeur » Vrai qu'il a survécu à Stuttgart et à Paris en donnant des leçons. Ignorant où se trouve son père, il déclare que le capitaine Rimbaud est en garnison à Sebdou en Algérie qu'il a en réalité quittée en 1850 pour les Ardennes.
La seule chose que l'on sache des obsèques de Vitalie, c'est qu'Arthur y assista le crâne complètement rasé. Les Rimbaldiens y voient une nouvelle provocation du voyou et Voyant de Charleville à l'adresse des bourgeois et des curés.
Et si c'était tout simplement le geste d'un être désespéré par la mort de sa chère petite Vitalie ?
A-t-il lu le poème qu'elle a écrit à l'âge de quinze ans quand elle fut affligée par le décès de la petite sœur d'une de ses camarades de classe ? « L'ange de la mort en passant/A aperçu cette candide enfant/Pour habiter parmi les humains il l'a trouvé trop belle/Alors l'ange tout en souriant l' a enveloppée de ses blanches ailes/Et ils se sont envolés tous deux vers des régions meilleures ».
Un quart de siècle après la mort de Vitalie, sa maman ayant décidé de l'achat d'un caveau de famille, elle écrit le 20 mai 1900 à sa fille Isabelle : « Hier, on a fait l'exhumation des cendres de ma pauvre Vitalie. Quand je suis arrivée le cercueil était déjà ouvert. J'en ai retiré tous les os et toutes les chairs pourries. Il y avait encore des côtes qui tenaient ensemble par deux ou trois. Le crâne était encore couvert de petits cheveux si fins qu'on les voyait à peine ».

Qu'en pensent les chênes de nos forêts ?
Yanny HUREAUX

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bourquin230

11/02/2012 à 16h50

Au fond, l'histoire de la famille Rimbaud, germanique : reimbold, le petit poète-, c'est l'histoire de toutes les familles de l'Ardenne, de la France.
Chaque anecdote est transposable à nos familles, peu ou prou, plus ou moins 'yauque'.

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