Publié le mardi 28 septembre 2010 à 15H07 - Vu 81 fois
En 1994, l'hôtel de repos n'a pas encore vu le jour. David, le fils, Françis, le père et quelques bras en renforts construiront tout de leurs mains. La plonge à gauche, la cuisine au centre, la piscine ensuite…
Charcutier-traiteur, 2e de sa promotion, au CFA de la Marne, il aurait fait un sacré artisan si son père lui en avait laissé le temps. David a 38 ans mais on lui en donne 30. Il habite Maizy derrière les murs épais de la ferme, en face de la boulangerie. Une saisie, remportée pour un billet de 150 000 euros. Car David est aussi doué que son père pour faire des affaires.
A côté du fils, sa compagne. Elle a deux ans de moins que lui.
« Je me sentais redevable »
La jeune femme est maman de trois enfants. Sa première fille a 16 ans. Elle est née d'une autre relation. « Quand je suis arrivée à Longueval, j'avais 21 ans, j'étais jeune avec cet enfant et Francis et Evelyne Nautré m'ont pris sous leur aile. Je me suis longtemps sentie redevable même si j'ai choisi un jour de dire stop à tout ce que je supportais ». La belle-fille est l'ennemie jurée des Nautré.
C'est elle qui aurait retourné David contre ses parents. Elle qui rongeait son frein en attendant de prendre la succession. Elle qui aurait même voulu précipiter les choses. « Je sais ce que dit mon beau-père. Ça nous est égal maintenant. Nous sommes partis depuis 2 ans », recadre la jeune femme. « C'est bel et bien terminé ».
Pas de salaire
David a une sœur, plus jeune que lui, titulaire d'un master de droit international décroché en Australie. Cette sœur ne travaille pas. Ses parents l'hébergent, à Longueval. Ils n'en parlent d'ailleurs pas beaucoup.
David n'a plus de contact avec cette famille et pourtant, il lui a donné ses heures et son énergie pendant des années. « Je connais tout de cette maison parce que je l'ai construite avec mon père et quelques connaissances. J'y ai passé des journées. C'est simple, la piscine, c'est moi qui ai presque tout carrelé ».
Le blason qu'il y a au centre, je l'avais en petit sur une photocopie. « Je peux vous dire que mon père ne m'a pas fait de cadeau ! » déplore-t-il. David a œuvré de nombreuses années sans salaire puis sous le statut de TUC ou de CES. « Et moi c'est la même chose », complète sa compagne. « J'ai bossé 13 ans dont cinq sans être payée. C'est vrai qu'on était hébergé et puis ça me plaisait, je ne disais rien. Mais avec les enfants, ce n'était pas des conditions acceptables ». La participation du jeune couple à la vie de l'hôtel-repos pendant toute cette période a considérablement soulagé les Nautré. Les veilles nocturnes pouvaient par exemple être réparties et les vacances facilement organisées. Ainsi à cette époque, il n'était pas rare de voir les patrons de la SARL les Tourterelles s'absenter pendant trois mois l'été.
Accusé de vol
Lors de la dramatique canicule de 2003, par exemple, ils séjournaient aux Baléares pendant que leur belle-fille et David pilotaient l'établissement. En 1998, la SARL dirigée comme aujourd'hui par Evelyne, la mère, cède deux de ses parts à David. C'est un début de reconnaissance pour celui qui jusque-là n'a pas eu voix au chapitre. « C'était une carotte pour me faire avancer » résume désabusé le fils Nautré.
« Je lui ai ouvert les yeux » reprend sa compagne « et c'est pour ça que mes beaux-parents m'en veulent. David n'a pas eu d'adolescence, presque pas de copains alors qu'il a tant fait pour son père ! ». La jeune femme détourne les yeux. Elle semble taire de lourds secrets… Les familles ont rompu et se tiennent en respect. David est aujourd'hui employé dans une entreprise de menuiserie aluminium. Séverine est en école d'infirmière pour y faire valider ses compétences. Quant aux effets du couple et de ses enfants, ils ont été déménagés de Longueval en mars 2008 dans une ambiance tendue (lire ci contre). Du matériel propriété des Tourterelles aurait été ainsi emporté. Francis Nautré a sollicité l'intervention de la force publique via la brigade de gendarmerie de Braine et demandé que le flagrant délit de vol soit constaté. Les faits ont rapidement été rapportés au substitut de Soissons Benoît Fontaine. Sans effet pour l'instant.
Le magistrat a quitté ces jours derniers le ressort du tribunal de Grande instance de Soissons. Il a été remplacé par une femme bardée de titres. Francis Nautré l'a noté. Et il pense y être un peu pour quelque chose.
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