Publié le samedi 08 novembre 2008 - Vu 420 fois
Le local d'Homozygote sur le campus Croix-Rouge est devenu un point de chute pour les étudiants gays.
alex roger
DES cérémonies de Pacs dorénavant célébrées en grande pompe à la mairie, un festival gay et lesbien actuellement à l'affiche (lire ci-dessous), on pourrait croire que les homos sont à la fête dans la cité des sacres. Il n'en est rien.
Plus de gay pride depuis 2005, plus de bar ou presque depuis que le Lesbigay et le Mâle à bar (tout un programme), ont fermé leur portes. Pareil pour le Lagon qui n'est plus une boîte gay. Idem pour Le Carpe Diem ou le Freedom café. Reste une boîte, ouverte sous Pompidou, il y a 35 ans, qui fait de la résistance : les Lilas et un sauna ciblé pour la clientèle gay : le Lotus. Pas de quoi affoler la communauté rémoise qui, semble-t-il, ne s'expose pas vraiment. Par choix ? Pas si sûr…
« La vie gay à Reims, c'est le néant. » Yacoub, étudiant en philo, met les pieds dans le plat. « Un hétéro de base (sic) peut draguer dans la rue, pour nous les gays, c'est beaucoup plus compliqué, le risque de se faire agresser est réel. » Le jeune homme de 23 ans s'est fait taper dessus il y a 3 semaines simplement parce qu'il milite à Homozygote, une association gay étudiante. Preuve qu'il y a encore du chemin à faire dans les têtes.
« On vit dans un monde hétérosexuel, on a besoin de lieux communautaires pour pouvoir rencontrer des gens de notre bord facilement. Le risque est qu'un jeune qui ne sait pas où aller va cliquer sur internet et tomber sur un plan cul avec les risques que cela comporte. »
Axel, 18 ans, étudiant en histoire, fait le même constat. « Ici, c'est bof. Je connais des villes où ça bouge beaucoup plus. » Il faut dire qu'Axel est originaire d'Anvers en Belgique. « Là-bas, il y a au moins une cinquantaine de lieux gays et ça ne gêne personne. » Alors, il se rabat sur les soirées entre amis. Pas le choix. « Je vais aussi régulièrement aux Lilas mais il manque un lieu pour la journée parce que, moi, le soir je bosse mes cours. »
Marianne, 21 ans, est étudiante en musicologie et lesbienne aussi. « Il y a de moins en moins de lieux gays à Reims mais beaucoup plus inquiétant, davantage de gens qui s'affichent homophobes. » Elle a certainement en tête le meurtre d'un jeune homme en 2007 au bord de la Vesle, mort parce que ses agresseurs le trouvaient « efféminé » ou encore celui de François Chenu au parc Léo-Lagrange en 2002. La jeune femme fait un constat amer. « Passé 22 heures, les rues sont vides et mal éclairées, je me suis déjà fait agresser. Reims le soir c'est glauque. » Heureusement, Marianne se rabat sur la vie culturelle, « je vais souvent au Manège. » Ouf ! Un point positif qui ne sera pas suffisant pour la retenir. « Je compte bientôt m'installer dans une ville plus accueillante. »
Jérémie Hédin, le président de Reims liberté Gay, association qui sera bientôt dissoute, s'explique sur la fin du bar associatif le Carpe Diem. « Notre bail était arrivé à son terme. On a essayé de trouver d'autres locaux mais les prix étaient trop élevés pour une petite association comme la nôtre. Devant le manque de mobilisation, même de la part des habitués, on a fini par jeter l'éponge. »
Les lieux gays à Reims ? « Une catastrophe », constate Christian Ruiz, le secrétaire de Exæquo, l'association qui organise le festival gay et lesbien Les Bisqueer roses. « Il y a un vrai manque. La proximité de Paris y est certainement pour quelque chose mais n'explique pas tout. » Quand on lui demande si Reims est une ville homophobe, il répond : « j'ai 61 ans, et je n'ai jamais été embêté, la preuve que non, mais quand je vois qu'une ville comme Charleville-Mézières dispose d'un bar et d'une boîte gays (pour seulement 55.500 habitants), je me pose des questions. »
Alexandre Roger
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