Publié le jeudi 11 octobre 2007
En voilà quatre à qui la suppression des cours le samedi matin ne fait ni chaud ni froid. Florine, Réanne, Bertrand et Iris Bachelet, de Sinceny, ne vont pas à l’école. C’est leur mère qui se charge de leur instruction… à la maison. PHOTO : Exercice d'orthographe pour Iris sous le regard attentif de sa mère, Christelle Bachelet.
Lucie Lefebvre
LA salle de classe est un peu particulière. Sur la table, l'on trouve pêle-mêle une mappemonde pour Iris, 7 ans ; un ordinateur portable sur lequel Réanne, 14 ans, fait quelques exercices de math ; des livres sur le moyen âge que lit assidûment Bertrand, 12 ans ; quant à Florine, 16 ans, elle parcourt avec attention un manuel de littérature. Autour d'eux, pas de tableau noir ni d'enseignant. Feraient-ils leurs devoirs tous ensemble, sous l'œil attentif de leur mère ? C'est presque ça, à cette nuance près qu'ils ne vont pas à l'école. Jamais.
Tout a commencé en 1999, lorsque l'aînée a exprimé son mal-être à l'école.
« Oui, nous avons des amis »
Elle ne s'y sentait pas bien. « Je me suis renseignée, se souvient sa mère, Christelle Bachelet, et je me suis rendue compte, contrairement à une idée reçue, que l'école n'est pas obligatoire. C'est l'instruction qui l'est ». C'est décidé, elle retire Florine de l'école, pour un an au départ. L'expérience a tellement bien marché qu'elle a proposé à ses autres enfants de faire pareil. C'est que l'on appelle le « unschooling » ou « école à la maison » même si Christelle n'aime pas beaucoup ce terme : « Le but n'est pas de reproduire le système scolaire chez soi. Si c'est pour faire comme à l'école, autant qu'ils y aillent. Je ne suis pas enseignante et je ne me considère pas comme telle. Je suis plutôt un guide, une accompagnatrice dans leur instruction. D'ailleurs, j'apprends beaucoup avec eux ». En général, la famille travaille ensemble le matin, mise à part Florine qui cette année suit le programme de première en vue des épreuves anticipées du baccalauréat en juin. La jeune fille ne voit que des avantages à la méthode d'instruction choisie par ses parents : « On apprend à notre rythme et pas au rythme d'une classe. De plus, mes copines sont toujours stressées ou fatiguées. Pas moi ». Car les enfants Bachelet ne sont pas des sauvages : « Ce n'est pas parce qu'on ne va pas à l'école comme tout le monde qu'on n'a pas de copains », affirme Bertrand qui comme ses sœurs s'est fait des amis lors des cours de judo, de handball ou de musique, ou tout simplement les enfants du quartier. « Avec eux, ça se passe bien mais ils ne comprennent pas quand je leur dis que je ne vais pas à l'école. Ils disent que je ne fais rien et me demandent parfois si je sais lire et écrire », regrette-t-il.Pour les matières académiques comme les mathématiques, Christelle suit plus ou moins le système scolaire mais avec l'histoire et la géographie, elle prend quelques libertés.
Se cultiver autrement
« Par exemple, en ce moment, on étudie un livre sur l'Australie, la faune, la flore, l'histoire. Je ne pense pas qu'ils auraient fait cela à l'école. C'est une autre façon de se cultiver », explique la maman qui multiplie les sorties à caractère culturel. Elle précise toutefois que son choix n'est en rien dirigé contre l'école « mais pour mes enfants. C'est une aventure que nous vivons en famille mais si un jour, je ne suis plus à la hauteur, ils iront à l'école. Ce n'est un problème ni pour eux, ni pour moi ».
Lucie Lefebvre
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Comment ça marche ?
Christelle Bachelet est le relais régional de l'association « Les enfants d'abord », qui milite en faveur de la liberté de l'instruction.
Pour cela, les bénévoles s'appuient sur deux articles de loi : « L'instruction obligatoire peut être donnée soit dans des établissements ou écoles publiques ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l'un d'entre eux, ou toute personne de leur choix » (Code de l'éducation) et « Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants » (Déclaration universelle des droits de l'homme).
« Cette association nationale regroupe 450 familles et a pour objet de leur permettre d'avoir des contacts entre elles pour organiser des sorties par exemple », explique Christelle Bachelet. Elle a aussi une mission de promotion et de défense de ce mode d'instruction et travaille avec ses homologues étrangères.
« L'école à la maison » concerne 30.000 enfants en France : 20.000 sont inscrits au Cned et dépendent donc de l'Education nationale, 7.000 suivent des cours privés par correspondance et 3.000 sont instruits en famille.
En pratique, les parents doivent faire une déclaration annuelle en mairie et à l'inspection académique qui effectue un contrôle pédagogique une fois par an, prévu par la loi : « Lorsqu'il vient à la maison, relate Christelle Bachelet, je lui présente ma méthode de travail, il regarde les livres qu'on utilise, les cahiers des enfants et fait un test de niveau bien que celui-ci ne soit pas obligatoire ».
Pour tous renseignements, vous pouvez consulter le site internet de l'association : www.lesenfantsdabord.org ou contacter Christelle Bachelet au 03.23.39.97.39. ou 06.31.20.96.54.
L.L.








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