Publié le dimanche 30 mai 2010 à 10H00 - Vu 69 fois
ON l'a peut-être oublié, mais la région de Sissonne-Montcornet (Aisne) était pressentie, au début des années 90, pour accueillir un laboratoire souterrain pour l'étude du stockage des déchets radioactifs à haute activité et vie longue (HA-VL), résidus encombrants de la production du parc nucléaire français.
Écolos et élus de tous bords avaient rué dans les brancards. Vingt ans après, le projet axonais de l'Andra (agence nationale de gestion des déchets radioactifs) est tombé aux oubliettes mais dans le petit village de Bure, aux confins venteux de la Meuse et de la Haute-Marne, le laboratoire est une réalité tangible depuis dix ans. Plantées au beau milieu des étendues agricoles, tels deux derricks incongrus, les silhouettes de deux hauts chevalements, parties visibles des puits qui plongent dans l'argile meusien à près de 500 mètres de profondeur, annoncent un chantier paisible que seuls les croassements des corbeaux et les protestations récurrentes des antinucléaires semblent devoir troubler.
Contre vents et marées, le laboratoire de Bure continue pourtant de creuser son trou avec d'autant plus de vigueur après le choix du Parlement, en 2006, de privilégier la voie du stockage réversible. Exit donc la recherche d'un autre site granitique, envisagé à l'origine. En sourdine aussi, les recherches sur la séparation-transmutation, autre voie de gestion évoquée par la loi Bataille de 1991 (lire par ailleurs).
Pourquoi l'argile ?
Sur place, le « lobby nucléaire » fait feu de tout bois pour inscrire le projet phare de l'Andra dans son environnement et faire passer la pilule auprès des populations locales. Le site du labo s'enrichit désormais d'un bâtiment destiné à l'accueil du public.
À deux pas, EDF et Areva construisent leurs archives nationales et, dans le petit village voisin de Saudron, un espace technologique flambant neuf est censé répondre aux « interrogations, voire aux peurs que le projet suscite », selon l'agence.
L'enjeu est effectivement de taille. Si le Parlement en décide ainsi en 2016, l'objectif est d'enfouir dans les profondeurs argileuses de Bure quelque 100 000 m3 de déchets à moyenne activité et vie longue et 10 000 m3 de HA-VL. Pourquoi l'argile ? Parce que la vertu supposée des argilites du callovo-oxfordien (150 millions d'années) est de maîtriser la diffusion de la radioactivité. Ce dont doutent toujours les adversaires de l'enfouissement mais que se proposent précisément d'affiner les recherches en cours.
Après une longue période de forages et d'auscultation des parois des puits, Bure est entré en 2009 dans une nouvelle phase, le creusement de 700 mètres de galeries souterraines destinées à tester les méthodes de construction et d'exploitation d'un éventuel stockage.
Un site de recherche là encore, car s'il se réalise, le stockage se fera à 3 kilomètres de là, à l'intérieur d'une zone d'intérêt pour la reconnaissance approfondie (Zira) où est actuellement menée une campagne sismique de grande envergure (lire par ailleurs).
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site







Réagissez