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Bribes d'histoire : York : un exploit romancé ?

Publié le vendredi 24 août 2012 à 11H00 - Vu 198 fois


Le sergent York était-il si héroïque ? Ceux qui le contestent sont à l'occasion taxés de révisionnisme.

Le sergent York était-il si héroïque ? Ceux qui le contestent sont à l'occasion taxés de révisionnisme.


Dans cette seconde partie de l'étude de Gilles Déroche, les glorieux faits d'armes attribués au Sergent York, à Châtel-Chéhéry, s'avèrent discutés.

L'HISTORIEN ne peut se contenter d'un seul récit et ses méthodes le contraignent à recouper une information avec celles venant d'autres sources. C'est, bien sûr, la méthode employée par Thomas J. Nolan, auteur de la thèse où Gilles Déroche a puisé l'essentiel des informations publiées dernièrement dans nos colonnes.
En janvier 2007, une mission allait mener l'enquête sur place, avec Douglas Mastriano et Kory O'Keefe. La SYDE (Sergent York Discovery Expedition) fait remarquer que les objets militaires découverts dans le sol ne sont pas une preuve de localisation sur un terrain où se sont déroulés de nombreux combats. Elle se livre alors à une réflexion sur les meilleures positions stratégiques utilisables par les protagonistes pour préciser les emplacements exacts, théâtre des événements. Un parcours commenté permet, aujourd'hui, de profiter de ces découvertes.
Tout semblait baigner dans le plus pur héroïsme quand une journaliste de l'Express, Marie Juret, qui avait rendu visite à la mission menée par Mastriano, jeta un coup de pied dans la fourmilière :
« Son exploit aurait été gonflé, exagéré, affirme Michael Birdwell, historien à la Tennessee Tech University et curateur officiel des archives du sergent. « L'héroïsme est indiscutable, concède-t-il. Il a été très courageux, mais il n'a pas contrôlé seul 35 mitrailleuses. Et n'a jamais dit qu'il l'avait fait ! » Michael Birdwell a tout épluché : les collections privées, le journal intime de York.
Le vrai ? « C'est un problème : je n'ai jamais vu l'original, confie-t-il. Celui qui a été publié dans le magazine Liberty en 1927 n'est pas l'authentique. La question est : qui est réellement York ? Et quelle est la part de fiction ? « Douglass Mastriano, l'homme au chapeau de cow-boy, s'insurge contre cette remise en question du héros : « C'est du révisionnisme ! En 1919, il y a eu une enquête officielle avant que lui soit attribuée la Médaille d'honneur. C'était un gars honnête et un excellent tireur. »

Utilisé pour la propagande ?

La journaliste iconoclaste note encore :
C'est une histoire comme les aime l'Amérique. Celle d'un petit fermier du Tennessee, fervent chrétien, objecteur de conscience, qui triompha sur le front. Le destin d'un rouquin moustachu devenu une icône du patriotisme figée sur les tee-shirts et les timbres poste. Sa vie a même inspiré un film à Howard Hawks, Sergeant York, N° 1 au box-office en 1941, et permis à Gary Cooper de décrocher un oscar.
L'article de l'Express reproduit les propos de Michel Jacquet, historien du cinéma et auteur de La guerre sur grand écran « La scène ou Gary Cooper capture seul une centaine de soldats est irréaliste ! »
Le film peut, donc, apparaître comme un acte de propagande interventionniste.
Mais ce n'est peut-être pas la seule utilisation politique de cette histoire.
L'exploit de York, connu par un article du Saturday Evenig Post d'avril 1919, lui valut un accueil triomphal à New York, lors de son retour le 22 mai.
Frédéric Castier, historien de la guerre, déclare à la journaliste de l'Express :
« On a braqué les projecteurs sur York, un homme téméraire, mais il n'a pas agi seul. Et il y a eu d'autres héros : entre le 26 septembre et le 11 novembre 1918, 52 autres médailles d'honneur ont été décernées »

« Il fallait un héros protestant »

Le même article expose des positions plus radicales :
« Selon la version officielle, le sergent allemand promet de capituler si York arrête de tuer ses hommes un à un. Longtemps après, le caporal Cutting a affirmé que, ce jour-là, c'est à lui que l'ennemi s'est rendu. Mais il fallait à l'Amérique le candidat idéal à son panthéon des héros. - Tous les autres survivants étaient juifs, catholiques, grecs orthodoxes… seul York était protestant, souligne Birdwell.- Un type pieux de la campagne. Le pays avait besoin d'un héros à la Davy Crockett, d'un antidote à la boucherie de la guerre. Ce fut York. »
Les studios auraient, même, acheté le silence de Cutting et d'une trentaine de soldats ! Et le Boston Globe publie une lettre anonyme d'un homme affirmant avoir servi dans l'unité de York. On y lit :
« Il était mort de trouille et répétait : Je veux rentrer à la maison. Le sergent Early lui a lâché : Si tu ne la fermes pas, je t'explose la tête ! » En dépit de cela, la gloire du sergent ne recule pas.
Le samedi 4 octobre 2008, un monument en hommage à Alvin York était inauguré à Châtel en présence du fils et des petits-enfants du sergent. Douglass Mastriano, militaire de l'Otan et acteur d'une des recherches archéologiques citées, était de la fête. « Les Américains se sont recueillis sur le site de l'exploit, avec musiques et prières », commente notre journaliste.
Là encore, cet intérêt pour un héros déjà ancien, ne serait-il pas une bonne occasion d'oublier les désastres du Vietnam, et les échecs d'Irak et d'Afghanistan ? Alors, Alvin York fut-il un vrai héros ? Et quel homme était-il ?
Empruntons cette conclusion au Docteur Birdwell :
« He was a complex, complicated man who grew to greatness without compromising to much »
Il fut un homme tourmenté et complexe qui s'éleva sans trop de compromission.»
Voilà qui nous éloigne du mythe de Superman !

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