Publié le mardi 10 février 2009 - Vu 120 fois
Le plus spectaculaire réside sans aucun doute la mise au jour d'un lot de pièces d'argenterie gallo-romaine, approximativement daté des IIe et IIIe siècles. Il avait été déposé, soigneusement enveloppé de tissus et de fourrures, dans la cave d'une domus, accidentellement détruite par le feu.
L'amateur de « trésors » s'arrêterait aux pièces d'argenterie dont la brillance est quasiment surnaturelle, près de 1800 ans après qu'elles aient été oubliées sous terre. Et pour cause, leur facture est magnifique. Il s'agit de six plats ronds et ovales, de la vaisselle de bronze recouverte d'une tôle d'argent quasiment pur. Les archéologues de l'Inrap les décrivent comme suit : « Deux plats ronds dont un à décor perlé, deux plats ovales à marli horizontal et décor gravé, une coupe à collerette, un plat rond contenant une coupelle retournée et quatre cuillères d'argent et de bronze… » Des pièces d'apparat qui devaient faire la fierté du dominus. Il ne les exhibait d'ailleurs qu'en de rares occasions, lorsqu'il recevait des personnes de qualité… pour reprendre une terminologie d'Ancien régime et donc fatalement anachronique. Ces objets de luxe ont été vraisemblablement produits par un seul et unique artisan, de la région de Lyon. On reste stupéfait par la qualité de deux des quatre cuillères, qui étaient d'ailleurs délicatement emmaillotées dans des bandelettes de tissus, du lin sans doute, finement tissé. Au manche ouvragé est soudée, sur un axe déporté, la partie concave du couvert, ornée d'un motif marin, une coquille stylisée de pétoncle, « pectunculus » en latin.
Un terme qui signifie littéralement « peigne », l'actuelle coquille Saint-Jacques étant connue des Romains sous le nom de « pecten » ou « petit peigne de mer ». Pour les archéologues, l'extraordinaire résidait moins dans l'argenterie pourtant extrêmement parlante du fait de sa découverte in situ, mais dans son « emballage »… En effet, en France, sous nos latitudes en général et même en Grèce, il est plus que rare de retrouver dans un tel état de conservation des tissus antiques. Dans le meilleur des cas, d'après l'expérience des archéologues, les restes de tissus sont « découverts sous forme de trames oxydées sur des objets métalliques… », or la découverte de Reims apporte aux scientifiques, qui se feront un bonheur de les analyser, plusieurs dizaines de cm2 de tissus, « dans leur état et leur souplesse initiale ». Ces quelques bouts de chiffon âgés d'environ 1800 ans enthousiasment l'équipe de l'Inrap qui sait avoir fait là une découverte de valeur.
Clin d'œil du hasard, hier, sur le chantier de fouille de la Zac Vieux Port, à la limite ouest de la ville antique, où une dizaine d'archéologues dégage sur 3.800 m2 les vestiges du port fluvial posé sur l'ancien lit de la Vesle, c'est un petit peigne de bois qui a été exhumé de la boue. Un objet rare lui aussi, car d'ordinaire on les trouve taillés dans de l'os… La finesse des dents renvoie aux modernes peignes dévolus à la traque des poux et lentes dans la chevelure… Sur ce site, le butin des archéologues est loin d'être dédaignable. Sous les fondations des entrepôts, magasins et autres ateliers d'artisans, une forêt de pieux en chêne témoigne du savoir-faire des bâtisseurs antiques, capables de construire sur des terrains humides et instables. Ces structures dateraient de Constantin Ier Le Grand. Mais c'est une autre histoire… à suivre, par la grâce d'un petit clic sur le site de l'Inrap (www.inrap.fr), où 25 ans d'archéologie à Reims vous attendent.
Philippe Le Claire
(*) Institut de recherches archéologiques préventives
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