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1861 : l'ancêtre de la foire-expo

Publié le vendredi 26 août 2011 à 11H00 - Vu 53 fois


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L'original du plan d'ensemble des diverses expositions et concours de 1861, plan du jard présenté ici par Bruno Malthet, est conservé à la bibliothèque municipale Georges-Pompidou à Châlons.

L'original du plan d'ensemble des diverses expositions et concours de 1861, plan du jard présenté ici par Bruno Malthet, est conservé à la bibliothèque municipale Georges-Pompidou à Châlons.


En 1861, Châlons organisa au jard une énorme manifestation appelée exposition régionale, agricole, industrielle. Horticulture et sylviculture étaient aussi des thématiques présentes pour un événement pluri-professionnel et festif qui, prévu pour seulement six semaines, dura en fait quatre mois de mai à septembre. Ce fut la première grande foire des temps modernes. A l'occasion du cent cinquantième anniversaire de cette exposition, Bruno Malthet, président de l'association Nouvelle-Catalaunie, édite un numéro spécial et hors-série du Petit Catalaunien en l'honneur de ce qui a été l'ancêtre de la foire d'aujourd'hui. Il s'est appuyé dans ses recherches sur le Journal de la Marne, qui avait confié alors à un reporter de suivre chacun des événements…

En 1861, Châlons organisa au jard une énorme manifestation appelée exposition régionale, agricole, industrielle. Horticulture et sylviculture étaient aussi des thématiques présentes pour un événement pluri-professionnel et festif qui, prévu pour seulement six semaines, dura en fait quatre mois de mai à septembre. Ce fut la première grande foire des temps modernes. A l'occasion du cent cinquantième anniversaire de cette exposition, Bruno Malthet, président de l'association Nouvelle-Catalaunie, édite un numéro spécial et hors-série du Petit Catalaunien en l'honneur de ce qui a été l'ancêtre de la foire d'aujourd'hui. Il s'est appuyé dans ses recherches sur le Journal de la Marne, qui avait confié alors à un reporter de suivre chacun des événements…

• Des animaux et des hommes
601 animaux (119 béliers, 52 lots de brebis, 295 bêtes de l'espèce bovine). Un concours hippique de 150 chevaux. 569 engins agricoles, viti et vinicole (dont 136 appartiennent à la région et 90 à la Marne). Sur place, environ un millier d'exposants durant quatre mois : des chiffres qui témoignent de l'extraordinaire déploiement de moyens pour cette grande première.

• La trousse du berger
Apporter les premiers soins à un mouton : tel est le but d'une trousse du berger pensée par M.Laubreaux, de Beaumont-sur-Vesle. Avec cette trousse, le berger pouvait par exemple espérer en cas d'asphyxie, arracher l'ovin à une mort certaine, sans le concours du vétérinaire. Cette trousse miracle se composait de trois flacons contenant de l'alcali volatil et du sulfate de cuivre ; de la benzine (pour la gale) ; une feuille de sauge, une lancette, une paire de ciseaux recourbés, un instrument à vingt-quatre canules pour l'opération. Désintéressé, l'inventeur livra un peu plus tard, gratuitement, son idée à l'industrie privée : un berger n'est pas mercantile…

• Charrues à gogo
Cette année-là, le Journal de la Marne, s'il constate que le concours du matériel agricole n'offre pas d'innovations importantes, en cite tout de même plusieurs. Les spécialistes sauront sans doute de quoi il s'agit : la charrue draineuse de M. Chaussée-Bonnaire à Brandonvilliers ; la charrue rayonnante, la charrue bisocs et la charrue tourne-oreilles de M. Chauvet à Juvigny ; la charrue coupe-racines de M. Collard-Legris à Cheniers ; la charrue semoir de M. Aumignon à Châlons. Dans le domaine des batteuses, le Journal cite celle - universelle - de M. Leblanc-Debar, de Mairy-sur-Marne, un engin « qui se prête facilement à toute espèce de grains ». Enfin, le périodique mentionne les harnais de M. Nicaise-Pâques de Châlons, le tarare-cribleur (pour nettoyer les grains) de M. Leclère à Saint-Gibrien.

• Sylviculture : premier concours de France
Le concours régional de Châlons est le premier de France à récompenser les mérites des sylviculteurs. L'initiative en revient au préfet de la Marne. A ses yeux, la prospérité et la richesse du pays sont liées aux bois et aux forêts. Selon lui encore, l'intérêt de la sylviculture est d'effacer l'image négative portée par la Champagne pouilleuse. Une des deux récompenses attribuées cette année revient à un Marnais, le baron de Connantre, « pour le traitement et par la méthode des semis naturels d'anciennes plantations de pins sylvestres, sur une étendue de 520 hectares ». Une seconde catégorie met en avant les travaux d'amélioration des bois : ceux réalisés par M. Walton, brigadier-chef de la forêt du Der, lui valent une médaille d'or, pour avoir réintroduit le chêne dans un massif de 1050 hectares et créé une pépinière.

• Châlons ramène sa fraise
Son fruit est très gros, 15 à 20 grammes, parfois plus du double ! Elle est en forme de cône allongé, rouge vernissé, à chair orange vif. Elle est juteuse, sucrée, parfumée. De quoi parle t-on ? De la fraise de Châlons. Lors du concours horticole, M. Lebreton, maraîcher local, obtient une médaille de vermeil « pour une des plus remarquables nouveautés de fraises, qu'il a nommé Marguerite ».

• Picot : le bois, le vin… et beaucoup de blé !
La petite histoire ne dit pas si Charles Picot, décédé en novembre 1861, arpente quelques mois plus tôt de cette année-là, les allées de la première foire.
Mais une des trouvailles du célèbre inventeur s'y trouve, c'est sûr. Car le créateur de la machine à découper le bois de placage (sans perdre l'épaisseur du sciage d'où une économie considérable pour les essences précieuses), s'était aussi tourné vers le machinisme agricole et viticole. Viticole car il inventa un système pour remuer le champagne (1843) ; agricole avec une machine à moissonner qui lui valut la médaille de première classe à l'exposition universelle de 1855. Il fit fortune de ses inventions.
 

• Ma pauvre poule !
Lors du concours des animaux de basse-cour, M. Guillot, de Saint-Amand-sur-Fion, expose un coq et des poules d'Autriche.
Elles sont fort originales de plumage, mais tellement ébouriffées et d'une si piteuse allure qu'un visiteur ne peut s'empêcher de s'écrier : « Des Autrichiennes, bien sûr, elles étaient à Solférino ».
Allusion au carnage de la bataille remportée là-bas par Napoléon III dont le caractère sanglant fut à l'origine de la création de la Croix-Rouge.

• Absinthe, version soft
L'expo industrielle (le terme industrie, englobant l'artisanat, n'avait pas exactement la même acception qu'aujourd'hui) est l'occasion pour M. Lechangeur de Fère-Champenoise, de présenter une nouvelle liqueur. Elle a l'apparence de l'absinthe, elle a la couleur de l'absinthe, mais ce n'est pas de l'absinthe. Car cet alcool n'en a pas les terribles inconvénients. L'inventeur explique : « L'angélique (plante aromatique), en forme la base et, prise à petite dose, elle répand dans l'estomac une chaleur bienfaisante, en même temps qu'elle dégage les organes de la digestion, sans les fatiguer ».

• Le buste de Jessaint
Ancien préfet de la Marne, M. de Jessaint fait l'objet d'un buste de marbre, exposé parmi les objets d'art industriel. Jolie œuvre signée de l'orfèvre Leclerc-Drouot, ce buste est exposé aujourd'hui devant les archives départementales à Châlons.

• 160 000 visiteurs !
Au minimum 160 000 personnes. C'est ce qu'estime Bruno Malthet quant au nombre d'entrées en cette année 1861. Comment s'autorise-t-il à donner ce chiffre ? « Les entrées étaient payantes. Chacun des tourniquets mis en place a fait l'objet d'un relevé journalier permettant de comptabiliser ces entrées. Ces relevés, vérifiés en présence du receveur municipal n'ont pas été conservés. Mais l'examen du compte administratif retraçant les recettes extraordinaires de la ville de Châlons, a été autant de renseignements sur le montant des droits perçus ». Un petit calcul avec le prix des entrées de l'époque lui a donc permis cette évaluation du nombre de visiteurs. Superbe affluence du reste dans une ville qui comptait environ 17 000 habitants !

• Sculptures
Parmi les sculptures du jardin de l'exposition, en 1861 s'en trouvait une dénommée « La France protégeant la Syrie ». 150 ans après, au regard des événements actuels, elle ne déparerait pas l'actuelle foire !

foire65chalons

Fabrice MINUEL

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