Publié le vendredi 14 mai 2010 à 10H35 - Vu 6 fois
Trois questions au directeur régional de l'Insee, Patrick Redor.
La dernière récession datait de 1993. Ses effets sur l'emploi ont-ils été comparables à ceux de la crise actuelle ?
Ses caractéristiques étaient très différentes. 1993 était une crise limitée dans le temps et l'espace. Celle-ci est mondiale et dure longtemps. Surtout, le marché de l'emploi était à l'époque relativement protégé. Peu à peu, les règles de protection se sont réduites et les freins aux licenciements sont tombés les uns après les autres. Ce qui explique aujourd'hui l'abondance des CDD et des contrats précaires. Ce n'était pas le cas en 93. En réalité, quand on parle aujourd'hui de baisse de l'emploi, on évoque d'abord celle de l'intérim.
Traditionnellement, l'emploi tertiaire compensait la perte de l'emploi industriel. Qu'en est-il actuellement ?
C'est encore le cas mais moins qu'auparavant. Au dernier trimestre 2009, le nombre d'emplois dans ce secteur a légèrement progressé dans la région de + 0,5 %, après un bond de +17,9 % au 3e trimestre. Ce qui ne l'a pas empêché de reculer globalement de -2,6 % sur toute l'année. Certes, le tertiaire réagit plus tardivement aux effets d'une crise que l'industrie, mais ce recul reste, en Champagne-Ardenne, deux fois plus élevé qu'au niveau national (-1,5 %). C'est un peu inquiétant car le tertiaire constitue en général le meilleur facteur de résistance aux aléas économiques. On le voit bien en Ile-de-France ou en Rhône-Alpes.
Vous évoquez une reprise. Pôle emploi enregistre un léger regain des offres d'emploi. La crise est-elle derrière nous ?
Le poids de l'industrie dans l'économie régionale explique que la sortie de crise a précédé chez nous la reprise au niveau national. Mais tout cela est relatif. Elle est encore trop molle pour doper les embauches. Il est d'ailleurs remarquable de constater que, depuis une petite année, le semblant de reprise se traduit par un lent redémarrage des contrats précaires, l'intérim notamment. Il est encore trop tôt pour dire si elle aura des effets durables. D'autant que le sort de l'économie régionale dépend beaucoup de décisions qui ne lui appartiennent pas puisque la Champagne-Ardenne est l'une des régions dont le taux de dépendance est parmi les plus élevés de France. Cela signifie que les sièges de beaucoup de grosses entreprises ne sont plus en Champagne-Ardenne et que les décisions échappent aux responsables locaux.
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