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« La pêche aux infos pour les entreprises »

Publié le mardi 18 mai 2010 à 13H00 - Vu 108 fois



Laurence Sartor, ancienne directrice de cabinet de Jean-Paul Bachy, est directrice de l'Adit Champagne-Ardenne depuis sa création, le 1er octobre dernier.


Pourquoi une cellule d'intelligence économique a-t-elle été récemment créée en Champagne-Ardenne ?
Pour aider au développement économique du territoire à travers notre raison d'être : faire de l'intelligence économique. On soutient notamment les PME. Le nez dans le guidon, elles n'ont pas toujours le temps ni les moyens de chercher les informations dont elles ont besoin. On le fait pour elles.


Comment procédez-vous ?

Principalement par des actions ciblées et ponctuelles. Un chef d'entreprise nous pose une question stratégique pour lui. Nous nous rendons dans l'entreprise et passons un entretien d'environ trois heures. La rencontre et la visite des lieux sont très importantes, on ne fait rien sans ce préalable. Avec la question précise posée, on définit un cahier des charges signé avec le chef d'entreprise. Une mission dure en général trente à quarante-cinq jours. Après restitution du travail, nous remettons un questionnaire de satisfaction pour faire notre auto-évaluation.


Ne répondez-vous qu'aux PME ?
Non, à toute entreprise, pourvu qu'elle soit française et aux collectivités. 40 % de notre travail s'est effectué à la suite de l'appel d'un chef d'entreprise.


Quelles sont les missions types ?
Nous sommes amenés à identifier des entreprises de pays étrangers qui travaillent avec du matériel champardennais. À créer la carte d'identité d'un concurrent. Ou encore à regarder si une innovation semble pertinente pour un futur client.


Des exemples concrets ?
L'une de nos premières missions s'est déroulée pour une entreprise de la Marne. Elle cherchait à savoir si un investissement de 300 000 € dans de l'innovation était pertinent. Il s'est avéré que personne n'était intéressé. Mais nous avons demandé aux clients s'ils voyaient une meilleure innovation, de sorte que l'entreprise marnaise puisse réorienter au mieux sa stratégie.
Un autre exemple : une société de la région a reçu des mails pendant deux mois en provenance d'une chef d'entreprise des Émirats arabes unis qui souhaitait utiliser son brevet. Notre mission a consisté dans une enquête sur l'entreprise étrangère. Son existence, les raisons de son intérêt, etc.
Encore un exemple avec Carinna [l'incubateur d'entreprises innovantes de Champagne-Ardenne, n.d.l.r.], nous travaillons sur les débuts d'une petite filière. Un groupe de cinq à six entreprises nous a sensibilisés au fait d'avoir un point commun et des intérêts convergents.

La question, c'est comment créer un mouvement dans la région ?
Dernier exemple qui rendra compte de la diversité de notre travail avec la Cadev [agence régionale d'implantation pour le développement économique territorial, n.d.l.r.]. Nous avons mené une mission super-stratégique sur l'environnement d'un investisseur étranger.

Espionnage, légalité ?
Toutes nos méthodes d'investigation sont légales. Ce sont principalement des méthodes de connaissances ouvertes. Internet, presse, appels téléphoniques à des experts… On peut trouver 60 % de nos infos sur le web. Les 40 % complémentaires sont moins évidents. Nous nous basons sur un réseau mis en place depuis 1992 [proche des ambassades, couvrant l'Europe occidentale, le Japon, la Chine, l'Asie du Sud Est, l'Amérique du Nord, le Moyen-Orient, la Russie, l'Inde, n.d.l.r.].


Quels sont les moyens de votre antenne régionale, pour quelle quantité de travail ?

Nous sommes trois collaborateurs. Concernant le budget, le montant de la convention annuelle est de 540 000 € (220 000 € du conseil régional, 220 000 € du Feder, 100 000 € de notre siège national). Au 1er mai, nous avions réalisé une soixantaine de missions, parti de zéro en octobre. Le rythme de croisière actuelle est donc de dix missions par mois en moyenne.
Pour le moment, on arrive à temporiser. Nous sommes encore peu sollicités par les entreprises ; notre premier client est le conseil régional. 60 % de nos missions couvrent les collectivités, soit parce qu'elles mettent en place des stratégies d'innovation, soit parce qu'elles identifient des entreprises stratégiques pour le territoire à qui nous proposons alors nos services. Ceci dit, la quantité de travail est telle que, très vite, à périmètre constant de moyens, nous allons devoir dire non.


Quel est le retour des entreprises sur ces soixante premières missions ?
L'ensemble des questionnaires juge notre travail satisfaisant ou très satisfaisant. Dans 30 % des cas, le chef d'entreprise dit avoir modifié sa stratégie commerciale. Dans 30 % encore, un meilleur positionnement sur le marché. Dans 30 %, une meilleure visibilité sur un projet. Et dans 10 % des cas, une rumeur confirmée ou infirmée.

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