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Viols sur mineur / Le beau-père prend 10 ans

Publié le vendredi 22 octobre 2010 à 10H01 - Vu 293 fois



ARDENNES. A 61 ans, plus de dix ans après les viols répétés sur sa belle-fille avec qui, lorsqu'elle fut majeure, il eut trois enfants, un Rethélois a écopé de dix ans de prison.

L'HOMME qui vient de se lever est un prisonnier. Instinctivement, il en a adopté le maintien. Avant-hier, lors de la première journée de ce procès qui mena les jurés au fin fond du glauque, il bombait encore le torse et son gros ventre. Là, face au micro à l'issue des plaidoiries, sa tête rougie par la gêne, l'émotion et, peut-être, la culpabilité, semble imperceptiblement s'enfoncer entre ses épaules. Sa tête. Nous étions habitués à un visage sans angles. De ces rondeurs qui agacent plus qu'elles ne rassurent. Au milieu, sa bouche tient en un trait de pinceau tremblé sur une face pivoine. Une dernière fois, il regarde la cour : « Je n'ai jamais menti, je ne pensais pas à mal… Je l'aimais ».
Deux heures de délibérations plus tard, les onze jurés reviennent. Le président Latapie reprend la parole : « A toutes les questions, le jury a répondu oui ». Patrick* écope de dix ans de réclusion avec mandat de dépôt et inscription au fichier national des délinquants sexuels.

« Je savais ce que j'avais à faire »


Dans la foulée, une courte audience civile le condamne à verser 25.000 euros à la victime au titre de préjudice moral. A 61 ans, il a passé, hier soir, sa première nuit en prison.
Placé ensuite en « centrale », au milieu d'autres délinquants sexuels, il pourra revoir le film de ces vingt dernières années. Son commerce à Rethel où certains gendarmes venaient boire le café. Son agression sexuelle contre Stéphanie*, avouée devant la cour mercredi (notre édition d'hier).
Elle avait alors 13 ans, lui 41. C'était sa belle-fille. Celle qu'il appelait « ma puce », prostrée pendant l'intégralité des débats, a ressenti les choses différemment : « Il m'a violé dans le camion. J'ai crié mais personne ne m'a entendu ». Pour lui, c'est le début d'une « histoire d'amour » qui va durer huit ans. La mère de Stéphanie, elle, ne capte rien. Trois enfants sont nés de cette union - des jumelles désormais en famille d'accueil et un fils dans un état végétatif lourd.
Alors, hier matin, le président a une nouvelle fois essayé de comprendre : « Mais la fois après le camion, ça se passe comment ? ». « Dans la remise du magasin », bégaie Patrick. Gilles Latapie, revient à la charge. Silence glacial. « Elle avait envie de faire l'amour, je le sentais, j'en étais sûr », se libère l'accusé.
En prison, ce dernier pourra également penser aux « signaux » de la victime : « Elle fermait les rideaux, mettait une serviette dans la serrure : là, je savais ce que j'avais à faire ». Stupéfaction des jurés. Le président éclaire à nouveau avec malice ces pénibles débats : « Quand on aime, on ne compte pas la différence d'âge… Mais la majorité sexuelle, c'est 15 ans. Vous le saviez ? ». « Oui », entend-on marmonner. Silence. « J'y ai pas pensé ». Le grand adepte du second degré qui lui fait face sourit : « Eh oui que voulez-vous, on ne peut pas penser à tout ».

Mathieu LIVOREIL
* Les prénoms ont été changés.

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