Publié le vendredi 23 décembre 2011 à 11H45 - Vu 1267 fois
AUVILLIERS-lES-FORGES (Ardennes). L'association des victimes de l'amiante et deux syndicats de l'inspection du travail vont déposer une plainte au pénal contre Benoît Huré. Il avait participé à un désamiantage « sauvage » en novembre à Auvillers-les-Forges.
LE sénateur et président du conseil général Benoît Huré (UMP), le président de la communauté de communes de la région de Signy-le-Petit Miguel Leroy et le maire d'Auvillers-les-Forges, Daniel Schanen sont dans le collimateur de l'Association des victimes de l'amiante et des syndicats CGT et Sud-Solidaires de l'Inspection du travail qui s'apprêtent à déposer plainte à leur encontre pour, notamment, « mise en danger de la vie d'autrui ».
« Nous sommes en train de finaliser le dossier avec notre conseil, Me Marie Lardaux, mais le principe de cette action pénale est acquis. La plainte sera déposée en janvier. Le parquet retiendra (ou non) les chefs de prévention qu'il souhaitera… » ont affirmé hier le président de l'Association ardennaise des victimes de l'amiante (Addeva), Claude Huet, un administrateur de l'association nationale (Andeva), Georges Arnadeau, des représentants syndicaux de l'Inspection du travail, Jérôme Leclere (CGT), Dominique Petit et Fabrice Coupaye (Sud Solidaires).
C'est l'action spectaculaire que le trio d'élus entreprit courant novembre à Auvillers-les-Forges qui a déclenché cette riposte judiciaire.
MM. Huré, Leroy et Schanen avaient décidé de procéder eux-mêmes au démontage des 4 m2 d'ardoises 40 x 40 et aux 5 m2 de plaques amiante-ciment de la toiture d'un bâtiment (en l'occurrence une ancienne boucherie) sis à Auvillers-les-Forges qui doit accueillir une nouvelle boulangerie (lire ci-dessous).
Ils entendaient ainsi protester contre les contraintes administratives retardant la bonne marche du chantier.
Benoît Huré avait alors affirmé : « On ne critique pas la réglementation sanitaire mais ce qui est regrettable, c'est que les contraintes administratives sont aussi lourdes pour moins de 10 m2 d'amiante non friable en milieu ouvert que pour le désamiantage d'une friche industrielle ».
Miguel Leroy s'était dit, pour sa part, irrité par la lourdeur des procédures et avait mis en cause les fonctionnaires qui tardaient à délivrer les autorisations : « A l'heure où tout doit avancer rapidement, où la crise ne nous permet plus d'être patients, une partie de l'administration fonctionne encore avec des méthodes et une organisation des années soixante […]. Il faut enfin faire preuve d'un peu de bon sens, une partie de la croissance de la France est cachée dans les parapheurs de son administration. »
Ce plaidoyer repris dans l'article que nous avions consacré à ce coup d'éclat (nos éditions du 15 novembre) n'a pas convaincu, c'est un euphémisme, l'Addeva et les syndicats.
Les responsables associatifs comme les élus syndicaux en veulent surtout au sénateur.
« Dans un département qui compte des centaines de victimes de l'amiante, nous sommes abasourdis par cette action orchestrée par un parlementaire. Un sénateur vote les lois ; et que lisons-nous dans l'article, que voyons-nous sur la photo qui l'illustre ? Un parlementaire et deux élus qui procèdent à des travaux de désamiantage sans le moindre respect des procédures de sécurité les plus élémentaires. Ils portent des gants mais n'ont pas de masque. On ignore soit dit en passant comment sont manipulées les ardoises et plaques amiantées et ensuite, et leur destination… Car ce ne sont pas des déchets ordinaires. Se rendent-ils compte du danger qu'ils prennent et surtout de l'exemple qu'ils donnent à tous les artisans et salariés amenés à manipuler des matériaux à base d'amiante ? Il est ahurissant de voir un sénateur faire aussi peu de cas de la loi et de la réglementation… Impossible de laisser passer ce mépris envers les victimes, les salariés et les fonctionnaires en charge de leur sécurité au travail. La justification de la démarche des élus _ les contraintes administratives _ cache mal leur mépris pour un droit du travail protecteur de la santé et de la sécurité des travailleurs. Alors que les pouvoirs publics planchent sur un renforcement de la réglementation, faut-il rappeler que l'inhalation de fibres d'amiante peut provoquer des maladies professionnelles reconnues qui constituent aujourd'hui la première cause de décès liés au travail (hors les accidents) ? »
Si l'Addeva est habituée des procédures judiciaires, les syndicats concernés le sont moins. « Nous avons alerté le préfet _ que M. Huré avait semble-t-il prévenu, selon l'article _ et notre propre hiérarchie. A ce jour, aucune réponse, aucune réaction des services de l'Etat ou du ministère du Travail. C'est pourquoi nous nous associons pleinement à cette plainte » notent les délégués.
L'Addeva, l'Andeva, les syndicats CGT et Sud Solidaires se constitueront donc partie civile.
Nous avons, en vain, tenté de joindre hier Benoît Huré.
Philippe MELLET
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