Publié le lundi 19 juillet 2010 à 11H00 - Vu 684 fois
Bien plus que sur la tombe d'Arthur, c'est ici que Jean-Pierre Lémant dit retrouver « l'esprit de Rimbaud ».
Pour lever un peu plus le voile sur le mythe Rimbaud, voici un lieu de pèlerinage particulièrement méconnu, donc particulièrement excitant. La grotte, où le jeune Arthur a souvent retrouvé son copain Ernest Delahaye, s'enfonce dans les anciennes carrières du Theux. Par les soirs bleus d'été, nous avons été nous y réfugier…
ON est loin de la tombe du poète, de sa maison natale, de son musée. Et pourtant, on est encore à Charleville. Sur les hauteurs du Theux, à deux minutes de l'hôtel-de-ville. Malgré cette proximité, il règne, ici, un silence plus grand encore qu'au lavoir de Roche.
La forêt d'abord. Le chemin de la Fontaine au bois y mène, sur la gauche, en dominant la route de Romery. Quelques sentiers sillonnent le relief, artificiel, créé par les rejets des carrières locales.
Soudain, un raidillon sur la gauche. Un arbre couché fait presque office de barrière. Il faut la franchir pour parvenir au saint des saints. Une poignée de mètres plus haut, l'entrée de la grotte est là, minuscule.
La Meuse, en creusant son lit, nous a offert ces carrières jaunes. Leur exploitation à la mine a créé une faille. Un refuge pour le jeune Arthur fuyant sa mère.
L'archéologue Jean-Pierre Lémant reste en retrait, son ami archiviste Jean-Luc Sofisti passe devant. L'entrée de la grotte ne fait pas plus de 50 centimètres de haut. On n'y entre qu'à quatre pattes.
La voie se resserre encore à l'intérieur, mais gagne peu à peu en hauteur. Deux fois, on peut même se lever. Une petite cheminée donne un instant de répit. Pas de chauve-souris, mais beaucoup d'insectes.
Des noms, des initiales, des dates ou des cœurs
Après des contorsions abracadabrantesques, la progression se fait désormais dans le noir total. Il fait une douzaine de degrés.
La pierre jaune humide recouvre les mains.
Cette pierre friable a donné des idées à quelques-uns. Ils ont gravé des noms, des initiales, des dates ou des cœurs.
Au milieu d'une paroi, on lit distinctement « 1876 ». Cinq ans auparavant, Rimbaud jouait à l'ermite dans ces bas-fonds dorés, fumant la pipe, mangeant un quignon de pain apporté par l'ami de toujours, Ernest, lui-même enfant du Theux.
On ne peut pas aller plus loin. La grotte semble descendre un peu en contrebas, mais sérieusement, on n'a plus 17 ans. On rebrousse chemin. C'est tout un monde pour se retourner.
Après quelques minutes de solitude, le jour. On peut déplier les jambes. La grotte de Rimbaud nous rend à la lumière.
« Sûrs à 99 % »
Après un temps de recueillement, une question nous brûle les lèvres : comment être sûr que c'est bien ici qu'Arthur venait se réfugier ?
Réponse : parce que le faisceau d'indices est conséquent. « On est sûrs à 99 % que c'est bien la grotte de Rimbaud », note Raymond Stévenin, adjoint municipal en charge du patrimoine.
Les indices matériels d'abord : en fouillant la grotte au début des années 2000, Jean-Pierre Lémant a découvert des fragments de pipe en terre et un bouton de capote estampillé « Collège de Charleville ». C'est sur ses bancs que le jeune Arthur collectionnait les premiers prix.
L'archéologue ajoute qu'au fond de la grotte à droite, inscrit « au noir de suie » sur une paroi, on peut lire les initiales « A » et « R » entremêlées.
Durant notre visite, on ne les a pas trouvées. Cela dit, on n'est pas archéologue…
Les indices historiques ensuite.
Une lettre (lire par ailleurs) adressée par Ernest Delahaye se révèle très précieuse. Elle livre non seulement un témoignage des fugues des deux jeunes Carolos, mais aussi des indications géographiques et même un croquis pour trouver la fameuse grotte.
Son crobard, même s'il le qualifie de « plan très à peu près », est fidèle à la réalité. De quoi inquiéter les parents d'aujourd'hui. Et si, 140 ans après les fumettes d'Arthur et Ernest, il passait par la tête de nos ados d'aller les imiter !
Guillaume LÉVY
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