Publié le lundi 06 février 2012 à 10H15 - Vu 771 fois
Cette réflexion de cet homme de 30 ans originaire du quartier résume en fait l'état d'esprit général : « Nous, on n'a plus d'espoir. On veut que le ministre comprenne notre misère ». Que dire au ministre aujourd'hui ?… Démunis, les jeunes d'Orzy ne savent plus.
ORZY (Ardennes). La plupart des jeunes que nous avons rencontrés dans le quartier d'Orzy sont désabusés. Touchés par le chômage, certains évoquent la discrimination.
«MOI, la venue du ministre, je m'en fous. Nous ici nous sommes abandonnés. Certains locataires des HLM à Orzy vivent dans des appartements où il y a des rats avec des têtes grosses comme des chats », réagit un jeune du quartier d'Orzy, âgé de 20 ans, lorsqu'on le questionne sur ses attentes par rapport à la venue du ministre de la Ville, Michel Leroy, aujourd'hui, à Orzy.
Le ministre sera accompagné de Boris Ravignon, candidat UMP aux prochaines législatives et conseiller général.
Il va sans doute annoncer « une bonne nouvelle » au sujet des crédits supplémentaires pour la rénovation urbaine du quartier d'Orzy (lire par ailleurs en page départementale).
Toutefois, dans le quartier de nombreux jeunes n'y croient plus. « Regardez là (Ndrl : le vide laissé par la déconstruction de l'immeuble HLM Pierre-Curie). Là aussi, ils devaient reconstruire, ils n'ont rien fait », indique cet autre jeune homme de 27 ans.
« C'est des blagues, tout ça », reprend le plus jeune de la bande, mais pas le plus sage…
En effet, alors que je cherchais, ce week-end, un interlocuteur sur une route d'Orzy désertée en raison du froid glacial, le jeune a lancé vers moi des bouteilles en plastique vides du haut de la fenêtre de son HLM.
« Ici, nous sommes délaissés...»
« Il n'y a plus personne ici », a -t-il lancé en se cachant. Puis, quelques minutes plus tard, il est descendu et est sorti de l'immeuble. Il avait un tissu noir et blanc autour de son visage.
Le petit jeune m'a ensuite conduite vers ses compagnons d'infortune réunis un peu plus loin sur la chaussée.
Ils ont entre 20 ans et 30 ans. Tous nés à Orzy, tous Rmistes ou en contrat précaire.
« Regardez, il y a un chantier au lycée Jean-Moulin à Orzy. Dans le contrat, il y a une clause sociale en faveur des jeunes du quartier en priorité, mais ils nous prennent même pas. Ils prennent même les gens qui n'ont pas de diplôme, alors que nous on en a », se désole l'un d'eux, titulaire d'un bac électro-mécanique.
« Il suffit qu'on dise que l'on habite à Revin-Orzy pour que l'on ne nous prenne pas. Une fois Pôle Emploi m'a orienté vers un poste chez Lazzaroni à Revin. L'entreprise a préféré prendre quelqu'un de Givet plutôt que moi », avance un autre natif du quartier, titulaire d'un bac S.
« Madame, ici on est délaissé. Il n'y a même plus d'électricité dans les coursives du 240. Il y a de l'humidité dans les appartements. En plus, un des locataires n'a plus de chauffage, il se chauffe au fioul », raconte cet homme de 30 ans. Il n'a pas souhaité que son nom soit publié car c'est celui de son père. « On est méfiant », dit-il.
« Nous, on n'a plus d'espoir. Beaucoup de gens sont venus ici, ils n'ont rien fait. Que dire au ministre ? Beaucoup de choses et pas grand-chose », ajoute le trentenaire, le seul qui a bien voulu se laisser photographier.
Arlyne JEANNOT
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