Publié le vendredi 10 février 2012 à 12H00 - Vu 557 fois
Le jeune homme de 32 ans a été contraint de payer du carburant, des téléphones portables, un ordinateur, une voiture...
CHARLEVILLE-MÉZIÈRES (Ardennes). Entre juillet et août 2011, un Carolo a été contraint d'obéir sous la menace d'un revolver. À l'autre bout du canon, deux hommes qui tireront jusqu'à 30 000 euros de leur victime. Les deux hommes ont été arrêtés et seront jugés en juin.
DANS le jargon, on l'appelle « le pigeon ». Celui à qui on peut tout faire faire, tout demander. Bref, une proie facile pour des gens malintentionnés. Alors quand on évoque un racket de près de deux mois avec des menaces au revolver, cela devient non pas du tir au pigeon, mais de l'extorsion. Ce qui constitue un délit passible, en fonction des circonstances, de sept ans de prison et de 100 000 euros d'amende.
Tony*, Carolo de 32 ans, vivait en foyer à l'époque des faits, avec un RSA et une maîtrise approximative de la langue française. En somme, un oiseau parfait pour deux extorqueurs (de Charleville et de La Francheville). « La victime nous a expliqué comment, à trois reprises, il a été contraint, sous la menace d'un calibre, à contracter des crédits, établir des cartes, retirer de l'argent », explique un des officiers de police en charge de l'enquête.
Durant plus d'un mois et demi, coincé entre la peur et la honte, Tony va se laisser dépouiller : retrait de cash, création de cartes de crédit, achat de carburant, d'ordinateur et de téléphones portables… Le tout sous la menace d'un calibre automatique.
Mais sans que les deux malfaiteurs (d'une trentaine d'années) ne s'affichent jamais aux côtés de leur victime. « Toute la difficulté est là, précise un officier. L'idéal est de les prendre en flagrant délit à un de ces moments, mais ils n'accompagnent jamais leur victime. »
Alors, l'extorsion se poursuit. « Il y a aussi eu l'achat d'une voiture à plus de 10 000 euros, ajoute l'officier de police judiciaire à la (longue) liste. Ils lui ont épuré des emprunts de crédit, fait débloquer des prêts à la banque. » Montant estimé du préjudice : autour de 30 000 euros.
Il en fallait toujours plus pour les deux jeunes bandits, déterminés à assécher leur victime comme une éponge que l'on presse. Toujours sous la menace, Tony est alors contraint de fournir certains documents personnels. Dans quel but ? Produire des faux documents, permettant de contracter de nouveaux emprunts et crédits. Faux contrat de travail, fausses fiches de paie… « La victime a fourni des vrais documents, nous précise-t-on, et les deux agresseurs ont produit les faux ». Une technique qui laisse penser que les deux hommes n'en étaient pas à leur premier coup. « Ils étaient d'ailleurs tous les deux connus de nos services. »
Usage de faux documents
Aujourd'hui, la période de peur, de silence et d'angoisse est finie pour Tony. Poussé par un proche à déposer plainte auprès des autorités, ses deux extorqueurs ont été interpellés. Six mois après les faits, et grâce à un lourd travail d'enquête de la brigade criminelle de la sûreté urbaine, le dossier est tout proche d'être clos. Un soulagement pour la victime qui avait trouvé refuge à Lyon, le temps que les enquêteurs avancent. L'affaire se poursuivra donc en audience correctionnelle.
Reste malgré tout de nombreuses dettes générées par les emprunts et crédits signés de la main de la victime. « Quand vous entendez un homme, et qu'il se met à pleurer devant vous, vous comprenez la détresse qui a été la sienne durant cette longue période », explique un policier.
Car aujourd'hui, Tony se retrouve face à une ardoise de 30 000 euros. Et les banques et sociétés de crédit ne sont pas du genre à s'asseoir sur de telles sommes. La justice pourrait exiger le remboursement du montant du préjudice financier. L'affaire passera au tribunal de grande instance de Charleville-Mézières le mercredi 6 juin.
Stéphane GUERRINI
*Nom d'emprunt.
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