Publié le mardi 18 octobre 2011 à 11H00 - Vu 335 fois
Dans le box, Gwenaël M. a le visage résigné. La veille, à la mi-journée, il s'est fait pincer sur son scooter en train de zigzaguer dans les environs de Brieulles-sur-Bar. Taux d'alcoolémie : 2,4 grammes d'alcool par litre de sang, soit près de cinq fois la limite autorisée.
Cet homme de 34 ans, en état de double récidive, était jugé, hier, en comparution immédiate. Face à lui, le président Wastl-Deligne euphémise : « Au vu du détail de vos consommations que vous avez donné aux forces de l'ordre, on comprend bien votre taux d'alcoolémie ». Et de détailler le copieux menu : un litre de whisky la veille au soir, trois verres de rouge et trois bières le lendemain au bistrot. « Je viens de me séparer d'avec ma copine depuis vendredi », explique Gwenaël. Depuis 2006, il a déjà été condamné cinq fois, dont quatre pour conduite en état d'ébriété.
« Amende, sursis… On ne sait plus quoi faire », admet le président. Le substitut du procureur abrège : « On ne va pas le blâmer pour une peine de cœur ou même un problème d'alcool. On le sanctionne parce qu'il est sur la route dans cet état […] et que c'est un véritable danger. »
Pour la défense, Francis Pierroux prit ensuite la parole. De cet avocat atypique, vous n'aurez pas l'image, pas le visage aux longs cheveux blancs lissés et à la barbe tout aussi blanche, pas les sourcils en accents circonflexes sur des yeux qui en ont un peu trop vu de la vie.
De sa plaidoirie paresseuse, vous n'aurez que quelques mots, difficilement captés entre deux borborygmes et quintes de toux : « Bon, il a fait des zigzags sur la route… Ce n'est pas un alcoolique […] Boire une bouteille de whisky, ce n'est que de l'alcoolisme […] Il a cinq chevaux en pension… Franchement, croyez-vous qu'un alcoolique irait s'occuper de cinq chevaux ? » Et de conclure d'une voix caverneuse : « J'espère que vous avez parfaitement compris ce que je voulais vous transmettre. »
Micro-cravate
L'air ailleurs, son client, placé à moins de trois mètres de son avocat, n'a pas pipé mot. Idem pour ces cinq spectatrices d'un certain âge, habituées à assister aux sessions du tribunal comme on regarde un bon film. « Tu veux un bonbon, Paulette ? » tente l'une d'elles pour rompre cette séquence inaudible.
Déclaré coupable, Gwenaël est condamné à un an de prison avec mandat de dépôt. Ala sortie, un magistrat se marre : « Pour certains avocats, il serait peut-être temps d'inventer le micro-cravate, non ? »
Mathieu LIVOREIL
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