Publié le vendredi 12 août 2011 à 10H02 - Vu 322 fois
Il est rassurant de voir que l'Europe veille au grain. Reste à savoir si l'aide a été efficace...
ARDENNES. L'Europe a versé 2,5 millions d'euros pour la prise en charge des ex-Thomé-Génot en 2007. Via un cabinet privé, elle veut savoir aujourd'hui si l'aide a été efficace.
ON l'appelle le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation (FEM, dans le jargon).
Il ne s'agit pas, comme on pourrait le supposer, d'un dispositif préventif pour que les PME ou même les entreprises importantes soient accompagnées dans leurs efforts d'investissement, de formation ou autres leur permettant de mieux rivaliser avec la concurrence…
Non : « Il a été créé pour venir en aide aux travailleurs qui perdent leur emploi en raison de l'évolution du commerce mondial. Lorsqu'une grande entreprise ferme ses portes, qu'une usine est délocalisée dans un pays extérieur à l'Union européenne ou qu'un secteur entier supprime de nombreux emplois dans une région, ce Fonds peut aider les travailleurs licenciés à trouver un autre emploi aussi rapidement que possible. Pour financer ses interventions, le FEM dispose d'un budget annuel de 500 millions d'euros maximum », lit-on sur le site internet de la Commission européenne.
C'est à ce titre qu'en juin 2007, le FEM débloquait 2,56 millions d'euros pour « accompagner » le reclassement de 267 salariés licenciés de Thomé-Génot, cette aide ayant d'ailleurs été comptabilisée par les fonctionnaires européens et… français comme conséquence des difficultés de PSA ! C'est ainsi, il ne faut pas chercher à comprendre !
Très vite, dès l'été 2007, il apparaissait que cette somme permettrait à l'Etat de « se » rembourser une partie des sommes engagées (on a dit à l'époque 50 %) dans les actions effectivement destinées aux anciens salariés nouzonnais, notamment dans le cadre du Contrat de transition professionnelle (qui permet de conserver 80 % du salaire brut pendant un an avec suivi personnalisé et formation), qui venait d'être créé, et qui eut aussitôt à faire face à un afflux de « candidats »…
En 2007 toujours, des dents avaient grincé. Primo parce que les licenciés de Thomé-Génot se considéraient moins comme victimes de la mondialisation que de patrons voyous (qui ont effectivement été condamnés depuis), secundo parce que d'aucuns avaient aussi imaginé qu'il serait pertinent que des sommes de montants comparables soient surtout employées à ce que de tels drames industriels et sociaux ne se reproduisent pas…
Voilà pour le rappel des faits.
Or, voilà que l'on reparle de ces 2,5 millions d'euros.
Tout simplement parce que la Commission européenne a de la suite dans les idées. Via le prestigieux cabinet privé GHK (150 collaborateurs), habitué d'ailleurs à travailler pour des institutions internationales, l'exécutif européen veut savoir ce que sont devenus les anciens salariés de Thomé-Génot quatre ans après…
Car, visiblement, la Commission ne se satisfait des seuls bilans annuels réalisés par ses propres services (plus comptables qu'étudiant réellement la situation des anciens salariés de telle ou telle entreprise « victime de la mondialisation »), disponibles sur son site Internet.
Mais comment faire ?
Le plus simple et, surtout, le plus efficace pour le cabinet GHK : s'adresser directement aux intéressés !
Ainsi, une collaboratrice dudit cabinet GHK qui avait surfé sur Internet s'est adressée par mail aux dirigeants de l'Association des anciens Thomé-Génot : « J'ai lu avec intérêt les informations publiées sur votre blog. Je travaille pour le cabinet de consultants GHK et je me permets de vous contacter dans le cadre d'une étude que nous réalisons pour le compte de la Commission européenne […] Les informations fournies sur le blog de votre association me sont particulièrement utiles car nous souhaitons évaluer l'efficacité des mesures mises en place sur le terrain et du point de vue des bénéficiaires. C'est pourquoi j'aimerais vous demander si un représentant de votre association accepterait de m'accorder un entretien, afin de pourvoir bénéficier de votre point de vue sur le contexte, les caractéristiques des mesures mises en place et leurs impacts pour chacune des personnes ayant adhéré au CTP, si les formations et autres services se sont révélées utiles, etc. Comme il ne s'agit pas d'une évaluation du CTP en soi, mais bien de l'usage du FEM, il est aussi important pour nous de comprendre si le fait que le FEM ait attribué une subvention ait pu faire une différence. Nous sommes aussi particulièrement intéressés par le suivi sur le moyen et long terme des trajectoires des anciens employés de Thomé-Génot sur le marché du travail et pour cela, il me semble que votre association est la mieux placée (toutes les statistiques que j'ai pu consulter pour l'instant ne mentionnent que le statut des participants juste à la sortie du CTP, et non sur le long terme)…»
Président de ladite association, Yannick Langrenez n'a été qu'à demi-surpris. « C'est bien que la Commission s'inquiète de la bonne utilisation de ses fonds. Mais c'est navrant que le seul outil s'avère une association comme la nôtre. Mais ce n'est pas étonnant puisque nous dénonçons depuis longtemps que les chiffres officiels concernant le CTP s'arrêtent à la sortie du dispositif, et d'ailleurs qu'il n'y ait pas vraiment de différence entre emplois pérennes et non pérennes… »
Reste que les relations avec le cabinet en sont restées là, puisqu'à part transmettre un fichier des adhérents, ce qu'il s'est refusé à faire par principe, Yannick Langrenez ne pouvait ni ne voulait vraiment faire le travail à la place de qui de droit. « C'est-à-dire en l'espèce aux gestionnaires du CTP… »
Du coup, le cabinet GHK s'est de fait adressé à la société TransitioCtp, qui gère les différents CTP à travers la France, et qui a envoyé ensuite un courrier à tous les anciens bénéficiaires venant de Thomé-Génot pour leur proposer, sur la base du volontariat, de répondre au questionnaire de GHK…
« Un comble. Car c'est bien TransitioCtp qui devrait, pour savoir si son action est positive, faire ce travail de suivi. Mais la preuve est que ce n'est pas le cas », conclut Yannick Langrenez.
Moralité, heureusement que l'Europe veille au grain.
Et il sera fort intéressant le moment venu de disséquer l'étude de GHK pour évaluer si oui ou non les CTP et les millions investis ont été efficaces.
Bref, si la France faisait son travail et avait un suivi au-delà d'un an, ce serait plus simple…
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