Publié le mardi 07 février 2012 à 11H29 - Vu 975 fois
Directeur de l'agence de Revin, Patrick Leon a débuté sa carrière à la Direction départementale du Travail et de l'Emploi des Ardennes, avant de rejoindre l'ANPE devenue Pôle emploi.
REVIN (Ardennes) A Revin, le taux de chômage est le plus élevé de la région. Pôle emploi se bat avec ténacité et les moyens du bord.
L'agence de Revin est aux avant-postes sur le front du chômage. Avec 12,8 % de demandeurs d'emploi à fin 2011, c'est le plus fort taux des Ardennes, et même de toute la Champagne-Ardenne.
La bataille pour l'emploi est ici devenue une guerre de tranchées. D'un côté, des chômeurs souvent de longue durée, seniors de plus de 50 ans pour 23 % d'entre eux. De l'autre, un marché du travail plutôt atone, même si 1 187 offres d'emploi ont pu être collectées l'an passé. Dont 30 % en CDI.
Entre les deux camps, Pôle emploi à Revin. L'agence compte 18 personnes en équivalents temps plein, pour 1 971 demandeurs d'emploi inscrits. Le directeur, Patrick Leon, 53 ans, vante l'organisation du personnel réparti entre secteurs marchand et non marchand. Entre le suivi mensuel personnalisé des demandeurs « actifs » et ceux qui sont en stage, en phase d'évaluation ou dans un des dispositifs de retour à l'emploi, chaque conseiller gère un portefeuille de 285 demandeurs en moyenne…
Entre les dossiers d'inscription, l'accompagnement et la prospection des offres en entreprises, les conseillers n'ont pas le temps de chômer. « L'effectif actuel nous permet de faire face à la situation, assure Patrick Leon. Toutefois, la situation deviendrait vite difficile en cas de nouvelles fermetures d'usines et de licenciements en nombre. » Après la fermeture des usines Porcher et Oxame en 2011, le bassin local a été durement frappé.
Revinois d'origine, Patrick Leon, qui dirige l'agence depuis 2004, est lucide sur les handicaps de ce bassin d'emploi. « La première difficulté, ce sont les seniors. Licenciés d'industries locales, ils n'ont plus les qualifications attendues et manquent de mobilité. Les jeunes, eux, quittent le territoire quand ils sont qualifiés. » D'ailleurs, le Nord des Ardennes perd des habitants : plus de 3 % en dix ans. Et les emplois salariés y ont chuté de - 2,7 % en l'espace d'un an seulement.
Le directeur de Pôle emploi ne se voile pas la face sur les perspectives 2012. Depuis le 1er janvier, 43 offres seulement ont été collectées, contre 71 en janvier 2011. Depuis l'ouverture, en 2010, de la zone commerciale de Givet qui s'est développée autour de l'Intermarché, aucun projet d'envergure n'a vu le jour dans la Pointe. Patrick Leon en parle presque avec nostalgie : « Les 150 offres d'emploi créées avaient mobilisé tous les conseillers de Pôle emploi. »
En homme de terrain prudent et avisé, il sait combien il faut savoir composer avec les élus, les institutions, les communautés de communes. Revin, qui ne fait pas partie d'Ardenne rives de Meuse, a rejoint la communauté du Plateau. Patrick Leon épluche la presse locale, fait de la veille avec les partenaires de Pôle emploi et les entreprises pour savoir lesquelles pourraient embaucher. Ou débaucher.
« Je ne fais pas dans le misérabilisme, prévient-il. Assez de gens s'en chargent. Et puis, il y a encore des entreprises de belle taille dans notre secteur. » D'Electrolux à KME en passant par la centrale de Chooz, avec laquelle Pôle emploi développe un plan d'action pour des contrats en alternance. C'est tout un travail de fond qui finit par payer quand Pôle emploi peut afficher 88 % d'offres satisfaites en 2011. « Il faut aider les demandeurs à reformuler leurs demandes. Certains viennent en ne voulant que des emplois à temps complet en CDI. Nous essayons de travailler sur leur mobilité géographique et professionnelle. »
Les problèmes d'ordre personnel ne sont jamais loin chez les plus démunis. « Après, il faut les recadrer. Nous ne sommes pas un service social. » De l'agressivité ? « Oui, ça arrive. » Mais Revin n'est pas la grande couronne. Ici, tout le monde se connaît.
L'agence travaille en partenariat au sein du Service public de l'emploi local (SPEL), du Plan local d'insertion pour l'emploi, et avec d'autres réseaux qui prolongent son action.
Dominique Herbemont
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