Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site Ou, cliquez ici pour l'ajouter au menu démarrer

Rencontre avec Paul-David Wright

Publié le mercredi 29 juin 2011 à 11H00 - Vu 245 fois


1 2 3 4
Un  des dessins de l'artiste, intitulé  « Mère et enfant ».

Un des dessins de l'artiste, intitulé « Mère et enfant ».


Ce Londonien a grandi sous les bombes allemandes, collaboré avec les Stones et d'autres cadors du rock, compare les Ardennes, où il réside depuis 1993, à un « vrai paradis » et tient en ce moment, à Verdun, « la plus grande exposition de sa vie ». Autant de raisons pour le rencontrer.

IL est des destins qui ne s'écrivent pas en ligne droite. On est en 1969, à Londres, à proximité du très prestigieux Royal College of Art. A 25 ans, Paul-David Wright vient de remporter la médaille d'or.
Un « travail remarquable », apprécie le jury qui, pour la première fois, récompense des dessins. Le jeune Anglais s'empresse de fêter sa réussite avec quelques amis. Un homme vient alors lui parler, il est envoyé par Francis Bacon. L'immense peintre, déjà incontournable à l'époque, voudrait travailler avec Wright, dont il a vu et apprécié le travail. Tout à sa joie, celui-ci décline toutefois la proposition.
Entre les deux, il n'y aura jamais de collaboration. « Oui, j'ai quand même un regret de ne pas avoir travaillé avec lui. Bacon, aujourd'hui, c'est mon artiste favori. Mais à l'époque, je n'étais pas encore séduit par son œuvre, par sa vision de l'art ». Aujourd'hui, Paul-David Wright a 70 ans et ne fait toujours pas son âge. De son regard bleu émane une nonchalance juvénile.
Accompagné de son épouse - et interprète - Anne-Catherine, M. Wright reçoit. Depuis 1993, ces deux-là ont choisi de résider à Bayonville. Depuis quelques années, leurs trois filles ont pris leur envol : l'une est devenue musicienne, l'autre sculpte, la troisième, Gabriella, notamment aperçue dans Les Tudor, est une actrice à succès. Au rez-de-chaussée de leur vaste demeure règne une joyeuse pagaille. Les murs sont recouverts des dessins du natif londonien. Au début, cela devait être « une maison de vacances ». Puis, « un climat plus favorable (par rapport à Londres, ndlr), la position centrale… Les Ardennes, c'est comme un paradis pour moi, »

« Formes de destruction »


M. Wright expose en ce moment dans l'ancien palais épiscopal de Verdun, au centre mondial de la paix. « Je voulais prendre tout cet espace, tout ce sol (chapelle, terrasse, parc). A ma grande surprise, les décideurs ont accepté. C'est la plus grande exposition de ma vie, dit-il. Quarante-cinq installations, dont l'une de 29 mètres de long. » La grande majorité de ces œuvres a été réalisée à Bayonville. De son travail, il dit avec intensité : « Mes œuvres ont des soucis très classiques : la lumière, l'ombre, les teintes… Je vais juste d'un point à un autre mais je sais que je peux dominer ma discipline ». Il évoque sa démarche : « Depuis dix ans, mon travail est d'abord une réaction aux événements politiques, essentiellement de la région du Moyen-Orient. », Irak, Afghanistan… Son travail évoque le chaos contemporain. « Nous vivons quand même des temps un peu catastrophiques », explique-t-il.
A l'entendre, l'homme apparaît comme un utopiste raisonné : « Je vois des solutions mais je vois bien qu'elles ne sont pas possibles. » Intéressé par les sciences, la philosophie des religions, M. Wright s'intéresse d'abord « aux mécanismes qui nous conditionnent, à ce qui fait qu'on devient ce qu'on est, à notre rapport avec la nature ».
Bien qu'imposante, son exposition de Verdun n'est « pas une rétrospective, car elle n'est pas exhaustive ». Pour cela, il aurait fallu ressortir des cartons ses travaux plastiques pour quelques mastodontes du rock, conçus pour leurs univers scéniques : Pink Floyd - période « The wall » -, Rolling Stones, Bonjovi, Murray Head, Jean-Michel Jarre… Sur ces éphémères collaborations initiées par ses amis designers, Paul-David Wright explique : « C'était de l'art commercial mais de l'art quand même, s'amuse-t-il. Souvent, c'était fait dans l'urgence, j'avais, je crois, la réputation de travailler vite et bien ».
Au fil de la conversation, l'artiste remonte doucement le fil de son existence. Son propos est toujours plein de recul, y compris sur les bombardements allemands qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, rythmèrent son enfance londonienne. « Je me souviens de ma mère me jetant sous la table lorsqu'elle entendait les avions. Mais pour moi, c'était normal, je n'avais encore rien connu d'autre. Si ces épisodes ont influencé mon œuvre ? Oui, bien sûr. Les formes de destructions, les traumatismes des vivants, les morts… Mais on n'est pas obligé de s'être fait bombarder pour ressentir de l'empathie envers ceux qui souffrent. »
Mathieu LIVOREIL
A la Recherche de l'Enchantement, exposition des œuvres de Paul David Wright, au centre mondial de la paix, à Verdun. Jusqu'au 16 octobre. Rens : 03.29.86.55.00.

Imprimer Recommander Wikio digg

Réagissez

Pour contribuer et recommander vous devez être connecté (création de compte)

Avertissement
Nous vous rappelons que vous avez, lors de la création de votre compte, accepté les conditions d’utilisation du site. Celles-ci proscrivent notamment la diffamation, l’incitation à la haine raciale, l’atteinte aux bonnes mœurs.
Nous vous prions donc de respecter strictement la charte d'utilisation du site www.lunion.presse.fr. A défaut, votre compte sera banni du site.
Voir aussi : La FAQ de la modération

Droits de reproduction et de diffusion réservés © www.lunion.presse.fr - ISSN 2110-5952