Publié le dimanche 27 novembre 2011 à 09H24 - Vu 4857 fois
Situé dans un endroit paisible, le gîte avait été loué pour la semaine à une famille.
LALOBBE (Ardennes). Les victimes ont été découvertes samedi matin dans un gîte en location. Elles n'ont pas formellement été identifiées, mais il s'agirait d'une famille du Pas-de-Calais arrivée une semaine plus tôt. L'homme a été retrouvé pendu, la femme bâillonnée, ligotée à une chaise, la tête recouverte d'un sac plastique, et deux enfants en bas âge étouffés dans leur lit.
PASSÉE la cidrerie où l'on fabrique un breuvage réputé, les colombages couleur de terre se dévoilent quelques champs plus loin, au hameau de Rogiville, au détour d'une petite route sinueuse grimpant sur les hauteurs de la petite commune de Lalobbe, perdue avec ses 200 âmes sur la route des églises fortifiées de Thiérache. On ne peut pas le manquer. Le long de la forêt de Signy-l'Abbaye, le gîte de caractère d'Hubert et Linette Beuret, avec ses jeux d'enfants et son jardin indépendant, se dresse tel un palais d'argent en terres ardennaises, offrant à ses clients l'isolement et le calme sur quelque 750 mètres carrés de terrain clos.
Mais hier matin, l'endroit paraissait bien trop calme. Beaucoup trop pour l'ancien maire de la commune, Hubert Beuret, qui, à 10 heures, devait enregistrer le départ d'un couple d'une trentaine d'années, arrivé une semaine plus tôt du Pas-de-Calais avec ses deux enfants en bas âge. La famille avait réservé sa location par le biais d'une centrale de réservation des Gîtes de France.
Ne voyant personne se présenter à l'heure dite, c'est en décidant d'aller récupérer les clés lui-même que l'impensable s'est imposé à lui. Tout était fermé. La voiture de ses clients se trouvait toujours stationnée devant le gîte. Jetant un œil à travers l'embrasure d'une fenêtre, celui-ci a alors découvert le corps d'un homme pendu au bout d'une corde. « C'est tout ce que j'ai vu, raconte-t-il. Je ne suis pas entré. J'ai tout de suite appelé les gendarmes. »
Autopsie ce dimanche à Reims
Les militaires de Signy-l'Abbaye ne s'attendaient cependant pas à découvrir l'horreur sans nom qui se cachait derrière la porte du gîte. Il n'y avait pourtant aucun désordre, l'endroit paraissait propre et bien tenu. Au rez-de-chaussée, l'homme était pendu à une poutre dans le salon. Mais pas seulement. A quelques mètres de lui, se trouvait le corps sans vie d'une femme attachée au dossier d'une chaise, ayant basculé en arrière, la tête recouverte d'un sac plastique. Du ruban adhésif semblable à celui ayant servi à lui ligoter les mains, lui bâillonnait la bouche.
La macabre découverte s'est ensuite poursuivie à l'étage où le pire était à venir. Là, dans une chambre douillette, un nourrisson, un petit garçon âgé de moins d'un an, se trouvait lui aussi sans vie, allongé dans son lit. Dans une autre chambre, une fillette d'un peu plus de deux ans était également décédée, semblant dormir profondément.
Très vite, les lieux ont été gelés. Tous les accès au hameau de Rogiville ont été placés sous contrôle de la gendarmerie du groupement des Ardennes, à plusieurs kilomètres à la ronde. Que ce soit au cimetière de Lalobbe ou aux abords de Draize, toutes les identités ont été contrôlées et la presse gentiment refoulée. Seuls quelques riverains ont pu s'engouffrer sur la route montant vers la cidrerie du capitaine de Lalobbe, de même que la substitut du procureur de Charleville-Mézières, venue constater les faits, mais aussi Hubert Beuret et Daniel Colas, le maire de la commune, qui ont été longuement entendus par les gendarmes.
L'enquête de flagrance a été confiée aux limiers de la Section de recherches de Reims, le parquet de Charleville-Mézières ayant rapidement été dessaisi au profit du parquet de la cité des Sacres. Les gendarmes rémois et les techniciens de l'identification criminelle se trouvaient encore hier soir sur les lieux. Ce n'est qu'aux alentours de 18 heures que le médecin légiste a quitté Lalobbe, précédant l'arrivée de deux corbillards une heure plus tard. Les corps ont ensuite été rapatriés vers l'institut médico-légal de Reims où ils devraient être autopsiés dès aujourd'hui.
Selon les premières constatations, la femme aurait été étouffée à l'aide du sac plastique qui lui recouvrait la tête. Les enfants auraient subi le même sort, mais probablement à l'aide d'un oreiller ou d'une couette. Quant au mari, tout laisse à penser qu'il s'est lui-même donné la mort en se pendant. Ce dernier aurait ainsi tué toute sa famille avant de mettre fin à ses jours.
Néanmoins, le parquet de Reims se réservait hier la plus grande prudence, l'identité des victimes n'ayant pas été formellement établie. Il semble cependant fort vraisemblable qu'il s'agisse de la famille du Pas-de-Calais qui venait de passer la semaine au gîte. Mais la thèse d'un crime commis par un tiers n'est pas pour autant exclue. « Toutes les hypothèses sont ouvertes », insiste le parquet de Reims. Le fait que la femme ait été ligotée sur une chaise et asphyxiée d'une façon si singulière ne manque pas, en effet, de créer un certain trouble. Il est également peu commun que tous les membres d'une même famille entière succombent, d'une manière ou d'une autre, à un acte d'étouffement.
L'autopsie des corps devrait cependant éclairer certaines zones d'ombre sur les causes exactes de la mort qui remonterait à la nuit de vendredi à samedi, voire la précédente. L'examen de l'homme sera déterminant, notamment si son suicide est confirmé. Quant au mobile, le mystère reste entier. Rien, en apparence, ne laissait présager un tel drame, s'il s'agit bien d'un drame familial. « On les a vus dimanche, raconte un habitant de Rogiville. Ils se promenaient avec les enfants, le petit en poussette, en compagnie de deux personnes âgées. Ils avaient l'air d'aller. Ma belle-sœur a vu ensuite le monsieur jeudi, mais cette fois, il était seul. » Hubert Beuret, lui, se serait bien passé de cette mauvaise publicité : « On va maintenant devoir gérer l'après », lâche-t-il.
Franck BRENNER
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