Publié le vendredi 25 février 2011 à 08H35 - Vu 865 fois
« Solidarité avec les inculpés », affichaient hier en début d'après-midi les manifestants.
mellet
ARDENNES. La projection d'un film réalisé par la police a donné l'impression que les gendarmes étaient placides. Mais pour les avocats des huit manifestants « casseurs », c'est l'usage des gaz lacrymogènes qui a tout fait dégénérer…
IL n'y avait pas assez de place dans la salle d'audience du tribunal correctionnel pour contenir, hier après-midi, la foule de supporters et d'amis venus assister à la comparution de huit prévenus poursuivis pour s'en être pris, le 28 octobre dernier, à la permanence de l'UMP, avenue de Gaulle à Charleville-Mézières.
Ils en avaient brisé les vitrines, ainsi que celles mitoyennes d'une association d'aide aux handicapés. Et, surtout, ils s'en étaient pris à dix gendarmes et à deux policiers qui avaient été positionnés là, en protection, sur l'itinéraire d'une énième manifestation - jusqu'à ce jour sans incident - contre la réforme des retraites.
Les choses avaient dégénéré alors que le cortège était en cours de dislocation, lorsque des énergumènes s'étaient mis à leur jeter toutes sortes de projectiles (pommes, œufs, yogourts, pêtards, excréments, mais aussi blocs de pierres récupérés sur un chantier voisin et même une plaque de fonte !).
Un procès-fleuve
Les forces de l'ordre étaient demeurées un bon moment stoïques sous l'averse, jusqu'à ce qu'oppressées par la foule de plus en plus menaçante, elles aient tenté de se dégager en jetant des grenades lacrymogènes. Ce qui n'avait fait qu'aggraver les choses, obligeant les militaires, pas préparés à une telle situation, à se replier dans les locaux qui avaient continué à être bombardés…
Huit de ces « casseurs » ayant été identifiés sur un film-amateur réalisé par la police depuis un immeuble d'en face, puis arrêtés à la fin de l'année dernière, ils ont donc été jugés hier, soutenus par les organisations syndicales, bien que leur comportement, ce jour-là, ait plutôt déshonoré la cause, plusieurs d'entre eux s'étant d'ailleurs trouvés dans la manif sans aucune appartenance.
Toujours est-il que le procès fleuve qui s'est déroulé sous la présidence de Jennyfer Picoury a opposé deux visions de ce qui s'est passé ce jour-là. Avec d'un côté quatre avocats, Mes Richard Delgenès, Xavier Médeau, Mélanie Touchon et le bâtonnier Agnès Le Borgne, remontés comme des coucous pour crier à la « provocation policière », ayant d'ailleurs intimé, à leurs huit clients l'ordre de ne répondre à aucune question des juges, face à quatre de leurs confrères, Mes Christine Dombek, Pierre-Yves Migne, Armelle Cherrih et Patrick Manil, qui ont pour leur part démontré qu'on avait eu affaire à des « casseurs » qui avaient voulu se défouler, à la façon des hooligans des stades…
Soucieux de bien montrer leur désapprobation de voir poursuivis des hommes qui, selon eux, ont été pris au hasard par la police, les quatre premiers avocats ont multiplié les demandes de nullité de la procédure, en arguant notamment de l'illégalité de la vidéo-surveillance qui a permis de les identifier ; en s'indignant des conditions brutales de leur interpellation et de leur placement en garde à vue et en prétendant que les libertés publiques et individuelles avaient été bafouées.
Des réquisitions sévères
Ce à quoi le substitut Marlène Borde, qui connaît le dossier par cœur puisque c'est elle qui l'a instruit, a répondu, cinglante, en les renvoyant brillamment dans les cordes, en démontrant, point par point, que toutes les règles avaient été parfaitement respectées.
La présidente Picoury a alors énuméré, pour chacun des prévenus, Patrick Brunson, Thierry Desboves, Romuald Falcoz, Florent Gillet, Freddy Lahr, Jean-Luc Palbrois, Jean-Marie Parizelle et Boris Renollet, les faits de violences et de dégradations qui leur sont reprochés et qu'ils ont d'ailleurs tous reconnus, avant de faire procéder à la projection d'un film tourné en caméra fixe (rien à voir avec de la vidéosurveillance) par la police, ainsi qu'un autre réalisé par un jeune manifestant-militant pour être diffusé sur Youtube (1), afin que le tribunal et toutes les parties puissent juger, sur pièce, de la violence des incidents survenus ce fameux 28 octobre et des responsabilités des uns et des autres.
Les débats s'étant prolongés très tard à ce sujet, nous reviendrons dans notre prochaine édition sur les plaidoiries de la partie civile et sur celles de la défense, ainsi que sur les réquisitions particulièrement charpentées du substitut Marlène Borde, qui a demandé pour les divers prévenus des peines de prison avec sursis, allant de trois à dix mois, une peine de cent-cinq heures heures de travail d'intérêt général pour l'étudiant de la bande et une peine de un an de prison ferme pour Patrick Brunson, déjà titulaire de plusieurs condamnations qui, ce jour là, avait lancé son rottweiller contre les gendarmes…
G.G.-M.
(1) L'auteur de ce film sera jugé ultérieurement. Pas tant pour les images que pour les commentaires « anti-flics » qui les accompagnent.
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