Publié le lundi 14 mars 2011 à 09H41 - Vu 159 fois
CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). Le collectif artistique rémois EutectiC a installé son « campement insolite » sur la place Ducale. Au menu, des contes et poèmes aux goûts de tous.
C'EST un service bien insolite que proposaient samedi les trois serveurs du « bar » improvisé sur la place Ducale. Dans le cadre du printemps des poètes, le collectif artistique rémois EutectiC proposait en effet (gratuitement) poèmes et contes aux passants qui prenaient place à table.
La terrasse n'a pas désempli de l'après-midi, hormis lorsqu'une partie des comédiens/conteurs accueillait le public dans la caravane bariolée pour une session en groupe.
« Pour ce poème, il risque d'y avoir de l'attente, est-ce que je peux vous servir autre chose en attendant ? » Du maintien des serveurs à la présentation d'un menu, tout rappelle une simple virée au resto. La carte est variée, divisée par poèmes adultes, poèmes familles ou contes.
« On a choisi les textes du menu pour le plaisir qu'ils nous donnent, avec la volonté de proposer de la diversité aux clients : poèmes classiques ou contemporains, légers ou profonds… », explique l'un des comédiens.
Des gens seuls, des couples, des familles et des amis de tous âges, de tous milieux sociaux et de niveaux d'éducation variés se succèdent aux tables : « Ils n'ont qu'à écouter et se laisser aller. La poésie parle encore à tout le monde. » La décoratrice pointe les décors bariolés, qui « désacralisent l'approche poétique, lui ôtent son austérité et du coup la rendent accessible à tous ».
« Un vrai moment de détente »
Rimbaud bien sûr, Apollinaire et Baudelaire, Verlaine et Boris Vian et François Villon et Prévert, mais aussi des poètes moins célèbres comme Bernard Dimey sont invités à la table. Une bande de jeunes en blousons de cuir vient de se faire servir « Leçon de choses » de Roland Topor. Ils sont unanimement ravis.
« On fait partie d'un forum de motards, on vient des Vosges ou du Nord. On n'écoute pas de poésie d'habitude, mais c'était un vrai moment de détente. » L'un d'eux récite avec une fierté amusée l'identité de l'écrivain qu'il vient de découvrir. « Le poème parlait de roses et de pétales. » « Pas du tout, contredit son voisin, c'étaient des leçons de vie. »
Elias, 5 ans, est venu avec son père. Il a eu droit à un poème, plus l'histoire d'un voleur qui veut piquer sa pièce à une dame. Et quand il commence à raconter l'histoire entendue, on ne peut plus l'arrêter. « Et ça nous donne des idées pour raconter les histoires le soir. C'était génial », estime le père satisfait.
Le public est invité dans la caravane. Vingt minutes pour les enfants en début d'après-midi, des sessions poétiques plus longues pour ados et adultes en fin de journée. Dans un silence mystérieux, la porte se ferme sur les marmots et deux conteurs. Vingt paires d'yeux suivent chaque mouvement avec anxiété dans cette caravane aux allures de grotte.
C'est l'histoire de l'eau, rivière qui va à la mer, des roulements des vagues et de leur musique envoûtante.
C'est la pluie aussi, l'orage qui effraie ce petit garçon et fait voler les pouces vers les bouches. Le compère prend la relève, et on découvre les mésaventures de ce marchand de bois qui fait cahin-caha son bonhomme de chemin sans réussir à rien vendre, jusqu'au jour où un bébé qui renifle, Nez-Qui-Coule, lui apporte fortune et réussite. Il n'est malheureusement pas assez malin pour suivre les propositions du public de bambins enthousiastes. Une histoire, des mots, du rêve et des sourires…
Caroline BOZEC
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