Publié le lundi 10 janvier 2011 à 10H33 - Vu 825 fois
REVIN (Ardennes). Jadis coureur de 100 mètres, Philippe Vuilque est devenu avec le temps un coureur de fond. Autrefois cancre, le député-maire de Revin est aujourd'hui un gros bosseur. Voici, comment le fils du boucher de Charleville est devenu un pilier socialiste des Ardennes.
AU mur, juste derrière le maire, un portrait de François Mitterrand qui jauge le visiteur tel le commandeur. Le bureau du maire étant privé, Philippe Vuilque a préféré la compagnie du fondateur d'Épinay à celle du président actuel. À droite, sur la fenêtre où l'on aperçoit un bout de la montagne qui surplombe Revin, un buste en bronze de Jean Jaurès.
Sur l'un des murs, un fac-similé de la Déclaration des droits de l'homme (« signé de la main de Louis XVI ! ») voisine avec la liste des fusillés des Manises. Des résistants que les soldats de la Wehrmacht exécutèrent dans la forêt du Malgré-Tout, le 13 juin 1944. Sur les 105 martyrs, 73 étaient revinois.
La passion de la moto
Dernier élément du décor : le fac-similé de la une de « L'Aurore » du 13 janvier 1898 où se détache le titre « J'accuse » d'Émile Zola. L'écrivain français relançait ce jour-là avec fracas ce qui allait devenir « l'affaire Dreyfus ». Après ça, si on n'a pas compris que Philippe Vuilque est socialiste, ancré dans une certaine idée de la République comme d'autres sont ancrés dans une certaine idée de la France, c'est qu'on n'a rien compris.
Au premier abord, Philippe Vuilque pourrait apparaître un brin austère. C'est une apparence. L'homme bouillonne sous l'écorce mi-ardennaise (le père est de Cliron), mi-ch'ti (la mère est de Ohain, petit village entre le Nord et l'Aisne). Il suffit de parler de moto par exemple. Et votre interlocuteur vous explique qu'il en fait depuis l'âge de 16 ans. Qu'il possède une BMW GS 1200 et une Kawasaki W 60. Et que son rêve serait de posséder une Triumph Bonneville des années 70 (avis à celui qui voudrait en revendre une !). Un amateur de moto ? Comme Fabius en somme ? À la moue que fait notre homme, on se dit que comparaison n'est certainement pas raison.
On ne lui demandera donc pas s'il aime les carottes râpées. D'autant qu'il vient juste d'avouer que son plat préféré serait plutôt le steak-frites-bière, au risque de froisser son épouse, fin cordon-bleu. Mais comment pourrait-il rechigner devant un steak, lui dont le père était boucher à Charleville-Mézières ? Famille de bouchers et même de chevillards (vendeurs de bestiaux) depuis le début du siècle, ancêtres venus de Pologne ou des Flandres, on ne sait trop. Plus haut, du côté de la mère, il y a même un abbé, l'abbé Roux, qui fut mandarin de l'empereur de Chine au XVIe. Voilà qui, au final, fait de Philippe Vuilque (prononcer Vilque) un vrai Ardennais !
Meilleur au foot qu'à l'école
Né le 29 janvier 1956, petit dernier d'une fratrie qui comprend deux sœurs, Philippe Vuilque n'est pas un foudre de guerre pour les études. Aux bancs de l'école, il préfère la pelouse du terrain de foot. Sélectionné dans l'équipe Ardennes, il côtoie les frères Polaniok dont le plus jeune, Alain, jouera professionnel à Reims puis au Paris-Saint-Germain. Il caresse le rêve de jouer en pro. D'autant qu'il a des atouts physiques. Plusieurs fois champion de Champagne du 100 m (10''9 !) et de lancer du poids, l'homme n'est pas une petite carcasse.
Mais voilà, la famille pencherait plutôt pour les études. Alors ce sera les études. Là, Philippe Vuilque ne se distingue pas par sa vitesse de pointe. Il choisit plutôt le long cours, quitte à accélérer dans les grandes classes. Bac en 1975, licence de droit à Reims en 1978, notre boursier (eh oui, la famille ne roule pas sur l'or) réussit contre toute attente l'entrée de Sciences-Po Paris, le célèbre institut de la rue Saint-Guillaume.
L'intérêt du collectif
« Je me souviens que j'ai toujours été très attentif à ce qui se passait en France. » En juin 1967, lors de la guerre des Six Jours, le jeune Philippe s'étonne que ses copains de classe ne s'intéressent pas plus que ça aux problèmes internationaux. Lui écoute en revanche la chronique radio de Geneviève Tabuis. Cet intérêt du collectif le pousse à être délégué de classe, puis à s'inscrire à l'Unef-ID (indépendante et démocratique, à ne pas confondre avec la branche communiste !) à la fac de Reims. Avec d'autres, il fonde la première section socialiste à l'Institut d'études politiques de la rue Sainte-Guillaume qui n'est pas franchement connu pour ses idées de gauche. Logique de tout ce premier parcours : il adhère au Parti socialiste en 1978. Il est de la mouvance rocardienne, ce qu'on appelle alors la seconde gauche. Tout cela ne l'empêche pas de passer un DESS d'administration des entreprises à Paris I-Sorbonne. Le cancre initial possède désormais une armature solide. La carrière politique peut commencer.
Les études terminées, retour dans les Ardennes. Philippe Vuilque devient assistant parlementaire du député-maire de Revin, Gérard Istace, de 1981 à 1983. Après un très court passage à la BFCE (Banque française du commerce extérieur), où il n'entre pas tout à fait dans le moule, il intègre une agence de communication nommée Actis avant de rejoindre le staff de Michel Rocard en 1988 et de se rapprocher de Claude Evin. Devenu ministre de la Solidarité, de la Santé et de la Protection sociale, Evin le nomme chef de cabinet.
Félicité de courte durée. À peine nommée Premier ministre en mai 1991, Edith Cresson chasse sans pitié les rocardiens. Philippe Vuique retourne à ses premières amours, la Mnef, où il devient chargé de mission. Il intègre ensuite la Fondation santé des étudiants de France et devient directeur de la clinique universitaire Georges-Huyer dans le XIIIe arrondissement de Paris, de 1994 à 1997. Côté politique, il est élu conseiller régional en 1995, député en 1997, enfin maire de Revin en 2008.
Un pragmatique
Marié, père de quatre enfants (de 19 ans à 7 mois !), Philippe Vuilque est aujourd'hui un politique solidement ancré dans le paysage. Concernant ses idées, le rocardien de jadis revendique d'être pragmatique. S'il a soutenu Ségolène Royal en 2007, parce qu'elle incarnait à ses yeux l'aspiration au changement, il ne verrait pas d'un mauvais œil aujourd'hui la candidature de Strauss-Kahn ou d'Aubry. Car ce passionné se veut avant tout un raisonnable et a fait sienne la leçon de Kundera, son auteur fétiche : si la pesanteur est souvent ridicule, la légèreté peut vite devenir insoutenable.
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site









Réagissez