Publié le vendredi 21 octobre 2011 à 08H47 - Vu 2865 fois
Aucun des deux n'a eu le moindre mot de regret ou d'excuse pour les jeunes victimes de leur sauvagerie et de leur homophobie.
CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). Son complice, considéré comme « l'idiot de service » a pris cinq mois ferme, mais sans mandat de dépôt. Tous deux devront indemniser leurs victimes.
N'EN déplaise à la responsable rémoise de l'association exaequo, qui s'efforce depuis deux jours de « récupérer », par tous les moyens, l'odieuse agression commise contre Manon, Pauline et leurs amies samedi dernier place Ducale, force est bien de reconnaître que les autorités ardennaises ont réellement « mis le paquet », depuis les faits. Pour que les auteurs soient rapidement identifiés, pour que tous les témoins soient entendus et pour, qu'ainsi, une réponse judiciaire puisse être rapidement apportée aux inadmissibles violences exercées ce jour-là. Et, surtout, aux intolérables insultes à connotation homophobe, qui avaient été proférées.
C'est ainsi qu'après avoir mobilisé, à temps complet, le major Philippe Leullier, responsable de la section criminelle de la sûreté départementale, l'enquête a été bouclée et livrée, totalement ficelée, dès hier en début d'après midi, au substitut Marlène Borde qui la supervisait, en même temps que lui étaient présentés Diango Camara, 19 ans et Samba Ba, 20 ans, tous deux Français d'origine sénégalaise, demeurant à la Ronde Couture, même si le premier prétend « travailler » actuellement en région parisienne.
Ainsi, afin de bien marquer le coup, du trouble considérable provoqué à l'ordre public par cette lamentable affaire, les deux jeunes gens, déjà connus, il est vrai, pour de multiples faits de violence et exactions diverses (Samba Ba avait notamment agressé un chauffeur de la Setac le 26 octobre de l'année dernière et doit comparaître en janvier pour des coups de bâton et de barre de fer) ont été traduits, séance tenante, devant le tribunal correctionnel, en comparution immédiate.
Faisant face ainsi, depuis leur box, à leurs jeunes victimes et aux parents de celles-ci, qui n'avaient pas hésité - malgré la présence quelque peu inquiétante de nombreux « amis » des prévenus dans la salle d'audience - à venir témoigner, l'une avec ses béquilles, l'autre avec un bras bandé, la troisième livide, de ce qu'elles avaient subi de leur part. Ayant demandé à Me Agnès Chopplet de défendre leurs intérêts, notamment au civil, ultérieurement, lorsqu'il s'agira de chiffrer leur préjudice, pas tant physique que moral, d'avoir vécu un tel traumatisme, pour le seul motif d'être lesbiennes, pour deux d'entre elles du moins.
Une accumulation de témoignages
L'instruction minutieuse de l'affaire, par la présidente Jennyfer Picoury, n'aura malheureusement pas permis de cerner toute la vérité, car Camara et Ba, en déjà vieux praticiens des arcanes judiciaires, ont nié pratiquement tout ce qui leur était reproché, le premier des deux surtout. Celui-ci allant jusqu'à faire du « racisme à l'envers », ainsi que le lui a reproché Me Chopplet, en essayant de faire croire que les jeunes filles l'avaient soi-disant insulté à cause de la couleur de sa peau, alors que c'est lui qui les a traités de « sales gouines » avant de se mettre à les frapper, ainsi que le décrivent, unanimement, la douzaine de témoins (parfois revenus de loin, comme de Vervins (Aisne), pour raconter au major Leullier, la scène inimaginable à laquelle ils avaient assisté, en plein samedi après-midi, place Ducale.
L'interrogatoire de Samba Ba a été tout aussi décevant, le garçon apparaissant comme « l'idiot de service » qui, sans même savoir ce qui se passait, s'est porté au secours de son copain, que Manon agressée aspergeait maladroitement d'une bombe lacrymogène, distibuant alors, comme un grand niais d'1,80 m, force gifles et coups de pieds sur tout ce qui était à sa portée, avant de prendre la fuite de son côté, tandis que Camara en faisait autant du sien, ce dernier s'empressant de « redescendre » sur Paris, comme pour se forger un alibi…
A la lecture de notre édition dominicale et comprenant l'ampleur prise par l'événement, Ba allait toutefois se rendre spontanément au commissariat pour tenter d'y minimiser son rôle, tout en « balançant » allègrement son copain Camara. Tous deux étant déjà bien connus des services de police, ce dernier n'allait, dès lors, pas pouvoir faire autrement que de se constituer « prisonnier » à son tour, faute de quoi on serait allé le chercher manu policiari, permettant ainsi de boucler assez rapidement le dossier.
Me Francis Pierroux a, certes, fait son possible pour instiller le doute, quant à la réalité même des propos homophobes qui auraient été tenus par ses deux clients, sans toutefois oser parler de mensonge… mais sa plaidoirie n'a guère pesé, face à l'accumulation de témoignages concordants, lus par Jennyfer Picoury et face, surtout, aux réquisitions toujours aussi cinglantes et percutantes du substitut.
Aussi, après en avoir brièvement délibéré, le tribunal a-t-il condamné, sans surprise, le plus coupable des deux, c'est-à-dire Camara, à deux ans de prison, dont un ferme, avec mandat de dépôt immédiat pour Châlons-en-Champagne, mise à l'épreuve pendant deux ans, obligation de soins, car le psychiatre lui a trouvé des traces de psychopathie et obligation d'indemniser les victimes.
Quand à Samba Ba, que le tribunal va de toute façon revoir bientôt pour d'autres affaires de violence, il a été condamné à un an de prison, dont cinq mois ferme, l'aménagement étant traité par son juge d'application. Il est également mis à l'épreuve pendant deux ans.
G.G.-M.
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