Publié le mardi 08 février 2011 à 11H33 - Vu 237 fois
Eté 2000 : les Cellatex obtiennent... 80 000 F.
(Ardennes). De Cellatex à Delphi en passant par Thomé-Génot et (bientôt) Porcher, les indemnités et primes de licenciement varient selon les entreprises… et la combativité des salariés.
JUILLET 2000. Alors qu'une partie de la France est déjà en vacance, la colère sourde des ouvriers de Cellatex braque les caméras, micros, appareils photo et stylos des médias nationaux et bientôt internationaux en direction de la Pointe des Ardennes : abattus par l'annonce de la liquidation, les futurs licenciés menacent un temps de faire péter l'usine, à tout le moins de déverser des produits polluants dans la Meuse.
Suit un long marathon de négociations, à Givet, puis à Charleville. Le dossier remonte même jusqu'à Martine Aubry, alors ministre du Travail. La CGT délègue le patron de sa branche textile, Christian Larose.
Auquel succédera bientôt Mourad Rabhi, l'ex-secrétaire du CE de Cellatex.
Il en ressort un plan social jugé, à l'époque, hors normes. L'ancêtre du contrat de transition professionnelle en quelque sorte (qui sera d'ailleurs en partie mis au point par les leaders cégétistes précités).
De multiples cas de figure
En terme de moyens mis en œuvre pour la cellule de reclassement, des conditions d'indemnisation durant la période suivant le licenciement (80 % du net pendant un an, au lieu de 60 % pour un congé de conversion classique).
Et puis surtout, une prime de 80 000 F (soit 12 000 €). On ne dit pas alors extra-légale. Mais pudiquement de prime « dérogatoire ».
De l'avis de tous les spécialistes de l'histoire sociale, c'est un tournant.
On va désormais parler du syndrome Cellatex.
Quand, ivres de colère et d'un sentiment d'injustice d'autant plus exacerbé quand, selon les cas, ils ont été ou victimes d'un patron « voyou » ou mis sur la touche par un groupe multinational qui préfère investir ailleurs et délocaliser, des ouvriers se barricadent dans leur « boutique » qu'ils menacent de faire péter en demandant une « prime ».
Bientôt qualifiée, au fil des ans, d'« extra-légale ».
Parce qu'ils savent, dans les Ardennes en tout cas, que les possibilités de reclassement, a fortiori quand on a un certain âge, sont plutôt délicates.
Et quand ces SOS ne suffisent pas, ce sont des cortèges en ville, des trains bloqués, des opérations escargot.
Cependant, aucun cas ne ressemble à un autre.
Parce que la loi est ainsi faite, et la situation économique aussi. Le sort d'un licencié économique de l'épicerie du coin n'est pas le même que celui d'un métallo dont l'usine de 2 ou 300 salariés a été liquidée, ces deux premiers exemples étant encore différents de celui d'un ouvrier licencié par un groupe puissant qui ferme son site ardennais mais continue par ailleurs de prospérer.
Et encore faut-il évoquer d'autres cas de figure : quand le plan social (on dit désormais plan de sauvegarde de l'emploi) induisant des licenciements économiques ne concerne qu'une partie des salariés, quand l'employeur choisit de procéder par des ruptures conventionnelles (à l'amiable, en quelque sorte, mais avec l'agrément toutefois de la direction du travail), quand la direction d'une unité veut alléger sa masse salariale via un plan de départs volontaires (on « ouvre les guichets », selon l'expression).
Bref, c'est un véritable maquis. Une jungle que va devoir défricher très rapidement l'équipe des élus syndicaux revinois de Porcher à l'orée de leurs négociations avec Ideal Standard.
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