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Les poètes ne dorment que d'un œil

Publié le dimanche 14 octobre 2012 à 10H50 - Vu 165 fois


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Vénus Khoury Ghata lisant un extrait de son poignant roman « La maison aux orties ».

Vénus Khoury Ghata lisant un extrait de son poignant roman « La maison aux orties ».


CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). Sans l'inauguration officielle ni les discours qui n'auront lieu que le samedi 20 octobre (jour anniversaire de la naissance d'Arthur Rimbaud), la Biennale Internationale de Poésie des Ailleurs a commencé vendredi soir.

Soirée à la fois feutrée et… coup de poing vendredi au musée de l'Ardenne ! Feutrée parce qu'Alain Tourneux, conservateur des musées de la ville, accueillait une cinquantaine de personnes dans l'éclairage tamisé de l'auditorium du musée de l'Ardenne. Et coup de poing par la force de ce que l'auditoire a entendu de la bouche de l'invitée principale, la poétesse et romancière Vénus Khoury-Ghata.

L'organisatrice de la soirée, Annick Le Ny, responsable de l'association Passages (Strasbourg), était venue aussi avec la plasticienne Federica Matta (la fille du peintre surréaliste chilien Roberto Matta) qui avait accroché pour la circonstance quelques kakémonos poétiques dans le musée. Et avec deux musiciens, le chanteur Abdi Ribber accompagné du guitariste Christian Ott : ce duo Accor a interprété en fin de soirée trois poèmes de Rimbaud mis en musique, Bonne pensée du matin, Age d'or et Le Mal. Etonnant.

Beaucoup ont vu vendredi soir dans l'origine somalo-éthiopienne d'Abdi Ridder un signe de plus que la figure tutélaire d'Arthur Rimbaud plane bien sur ces Ailleurs.

Le roman affronte le réel

Pendant un bon moment, tous les yeux et toutes les oreilles furent tournés vers Vénus Khoury Ghata, dont Alain Tourneux a rappelé qu'elle était déjà venue à Charleville-Mézières en… 1994 à l'invitation de l'ancien conservateur de la bibliothèque Gérard Martin.

Auteure d'une œuvre poétique et romanesque foisonnante, cette belle et grande femme d'origine libanaise a la particularité de s'être beaucoup inspirée de sa vie dans ses écrits.
Thème récurrent de son œuvre : la mort. Celle de proches (ses parents, son frère mort fou, son mari, un éminent médecin-chercheur, disparu subitement il y a déjà trente ans…) et puis, bien sûr, les morts de son pays d'origine, les 200 000 vies prises par la guerre du Liban.

Vénus Khoury Ghata a lu un passage de La maison aux orties (2006), un roman conçu comme une sorte de longue lettre aux disparus, dans lequel elle parle (notamment) à sa mère. Pour VKG, « la poésie affronte l'imaginaire » tandis que « le roman affronte le réel ». Dans Le facteur des Abruzzes (2009), il lui a fallu à nouveau « affronter » un réel encore plus douloureux.

C'est l'histoire d'une femme qui se rend dans les Abruzzes pour rencontrer un groupe d'immigrés albanais que son mari, chercheur en hématologie décédé, allait voir régulièrement pour ses recherches parce qu'ils ont tous le même groupe sanguin O négatif. Cette femme, c'est elle-même.

Femmes condamnées à mort

L'auteure parle de la nécessité de « noircir des pages jusqu'à l'épuisement » et à entendre le ton passionné de sa voix, on saisit parfaitement cette urgence. Mais le moment où VKG est parvenue à glacer le sang de son auditoire, c'est lorsqu'elle a évoqué l'engagement qu'elle a essayé d'avoir pour venir en aide aux femmes lapidées dans les pays musulmans appliquant la charia. Elle a parlé en particulier d'un voyage en Iran qui lui a laissé des images et des souvenirs d'une horreur indélébile.

Elle qui avait en tête l'image des femmes de ses montagnes libanaises natales, des femmes fortes, dures au mal et respectées des hommes, cette plongée dans la folie islamiste l'a profondément révoltée.
« J'ai dit les noms de ces femmes condamnées à mort quand je suis rentrée en France dans les émissions de télévision où j'étais invitée… mais je ne sais pas si j'ai pu en sauver une seule. Je ne crois d'ailleurs pas que j'en aie sauvé une seule ».

A ce moment de la soirée, Vénus Khoury Ghata retenait ses larmes. Et nous aussi…


Prochaine soirée des Ailleurs : projection de deux documentaires du poète tibétain Jangbu au Metropolis le mercredi 17 octobre à 19 h 30. Entrée libre.

Patrick FLASCHGO
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Les dernières contributions


coucouch

14/10/2012 à 21h26

au festival de signy le petit en juin, il y avait "l'étoile a pleuré rose" mis en musique ,en "première mondiale", devant Le grand Sage ardennais du coin!! yauque nem!
mais vous n'y étiez pas monsieur Flaschgo, le Carolo ?

Sensei

14/10/2012 à 16h00

Zut, j'ai raté un moment magique

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