Publié le samedi 04 février 2012 à 12H00 - Vu 522 fois
Claudine Ledoux et son suppléant Bertrand Jenin feront deux campagnes en une (la présidentielle puis les législatives) pour profiter d'une espérée « vague rose »
La maire de Charleville-Mézières a officialisé hier sa candidature sur la 1re circonscription. Elle compte sur l'effet Hollande et une vague rose pour reconquérir son ancien siège.
RIEN n'avait été laissé au hasard. Une vingtaine d'élus et militants pour faire masse dans le local de la section PS de Charleville, cours Briand, et pour symboliser « la sollicitation unanime » des militants.
Des affiches et des tracts en veux-tu en voilà à l'effigie de François Hollande.
Une photo, même, où elle pose tout sourire en compagnie du candidat à la présidentielle.
Et même des kirs dans des gobelets en plastique pour que l'heure soit bien au rosé et au pétillant au moment de se lancer dans la course…
Hier matin, Claudine Ledoux a, sans surprise, officialisé sa candidature pour les législatives de juin sur la 1re circonscription, dite Mézières-Rethel. Là où elle l'avait emporté en 1997 au terme d'une triangulaire avant d'échouer deux fois, en 2002 et 2007, face à l'UMP Bérengère Poletti.
Les deux femmes se connaissent bien. Car de nouveau opposées en 2008, lors des municipales, Claudine Ledoux avait pris sa revanche.
Mais, car il y a toujours un « mais » dans l'histoire, le maire de Charleville devait faire davantage, hier, que simplement « se déclarer ». Elle devait faire oublier ou tout au moins jeter un voile pudique sur quelques mois d'atermoiements.
Car au même endroit, fin novembre, une autre dame, Nathalie Dahm, avait déjà, dans un même lyrique discours, dit son appétit de reconquête et sa confiante espérance de voir Bérengère Poletti comme Nicolas Sarkozy poussés vers la sortie par le peuple désenchanté « des Ardennes qui souffrent ». A l'époque, Claudine Ledoux lorgnait sur la circonscription de la Vallée de la Meuse. A l'époque, on ignorait encore au sein du PS ardennais que la loi interdisait à la conseillère régionale rémoise, devenue membre du cabinet du maire du chef-lieu, de se présenter…
Alors voilà, on n'allait pas la faire à Claudine Ledoux, qui a quand même quelque expérience politique, et qui tout aussitôt a brandi un argument massue. Charleville-Mézières est à cheval sur deux circonscriptions, et son premier magistrat a donc « toute légitimité pour se présenter sur l'une ou l'autre ». D'autant que Mme Ledoux possède une autre « double légitimité ».
« Mon histoire personnelle me lie à la seconde (elle est née et a grandi dans la Pointe des Ardennes où sa sœur est toujours maire de Chooz, NDLR) ; mon histoire politique me lie à la première, où j'ai été élue députée en 1997… Cette double légitimité est une fierté. » Et n'allez pas insinuer que la valse-hésitation de l'automne est susceptible d'avoir laissé des traces : « Les militants unanimes ont sollicité Claudine », a martelé la première fédérale Annie Florès. « Je n'entends pas cet argument quand je rencontre les gens. Ils me disent surtout qu'ils sont impatients de voir les choses changer et que la bataille s'engage. »
A 53 ans - elle est née la même année que sa rivale UMP -, Claudine Ledoux a pour le reste déroulé un discours sans surprise axé sur trois thèmes forts.
Primo, comptant bénéficier de l'effet « vague rose » en cas de succès de François Hollande, elle souhaite, dans la logique des institutions et dans le droit fil de la réforme du quinquennat, que « le nouveau Président ait une majorité solide pour relever la France qu'a abîmée Nicolas Sarkozy, via une politique juste, respectueuse, sans s'isoler de l'Europe et sans stigmatiser certains Français par rapport à d'autres ».
Secundo, elle entend dénoncer « l'hypocrisie des élus (comprenez « comme Mme Poletti », NDLR) qui votent des budgets à Paris et qui jouent les âmes compatissantes quand ils sont confrontés aux conséquences de la politique qu'ils soutiennent une fois de retour dans les Ardennes : on les voit même pleurer dans les manifs à nos côtés… ». Et pour ceux qui n'auraient pas compris : « La députée sortante a soutenu bec et ongles M. Sarkozy. Vous savez, celui devait être le président du pouvoir d'achat et bâtir dans les Ardennes l'industrie du XXIe siècle comme il l'avait promis dans son discours de décembre 2006 dans notre ville… »
Tertio, en compagnie de son suppléant Bertrand Jenin, conseiller général de Juniville, elle veut être à l'écoute de la population et incarner l'aspiration à la solidarité, notamment à l'égard des jeunes et des seniors - « Mais au fait, où est passé le grand projet annoncé sur la dépendance ? » - et à l'égalité entre monde rural et monde urbain.
« Je suis candidate pour le changement. Et le changement, c'est maintenant », a conclu tout sourire Claudine Ledoux.
Les militants ont applaudi.
Ils ignoraient encore que leur camarade Philippe Vuilque allait dégainer deux heures plus tard et publier un communiqué rageur.
L'heure était au kir, pas au tord-boyaux.
Philippe MELLET
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