Publié le dimanche 23 janvier 2011 à 11H22 - Vu 584 fois
NOUVION-SUR-MEUSE (Ardennes). La victime avait gardé le silence pendant des années. Jusqu'à ce qu'étouffée par la honte, elle s'en ouvre à sa mère, faisant ainsi éclater le scandale.
L'AFFAIRE d'agression sexuelle sur mineur, par personne abusant de son autorité de fonction, dans laquelle Denis Gilson, 52 ans, professeur de musique et ex-élu dans la commune de Nouvion-sur-Meuse, était poursuivi, a été jugée mercredi, à huis clos, par le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières.
Le prévenu, qui a été reconnu coupable des faits qui lui étaient reprochés, commis en période scolaire, entre le 1er septembre 2001 et le 30 juin 2002, a été condamné à trois ans de prison, dont deux ans et demi assortis de sursis avec mise à l'épreuve pendant cinq ans et 7.000 euros de dommages et intérêts à verser à sa victime.
Le tribunal l'a obligé, par ailleurs, à un suivi socio-judiciaire et à se soigner. Il lui est, aussi, interdit d'exercer des activités professionnelles ou bénévoles susceptibles de le mettre en contact avec des mineurs. Et, comme il est prévu par la loi dans ce type d'affaire, il sera également inscrit sur le fichier national des auteurs d'infractions sexuelles.
A Nouvion-sur-Meuse, cette « affaire » avait évidemment fait grand bruit, lorsqu'elle avait éclaté sur la place publique (voir nos éditions des 13 et 14 novembre 2009).
Dénoncé par la mère de l'enfant
Durant plusieurs jours, tout le monde, en effet, n'y parla plus que de la mise en examen, pour « agressions sexuelles aggravées », de Denis Gilson, directeur pourtant respecté jusque-là et ce depuis dix-huit ans, de la société musicale « L'Indépendant » - le plus ancien groupe musical de la commune - mais aussi maire adjoint en charge des affaires scolaires, de la communication et des échanges franco-allemands et, également, enseignant dans un lycée carolo et secrétaire de la fédération musicale des Ardennes !
Mercredi, la victime du satyre - elle était âgée de 10 ans à l'époque des faits - était présente sur le banc de la partie civile en compagnie de sa mère. C'est d'ailleurs cette dernière qui, pour des raisons évidentes, avait souhaité le huis clos, ayant par ailleurs décliné l'assistance d'un avocat, sans doute mue par la même volonté de ne pas avoir à entendre, détaillé publiquement à la barre, ce que son enfant avait subi.
Le public, souvent « voyeur » dans ce genre de dossier, n'en a donc ainsi rien su et c'est tant mieux. Toutefois, le président du tribunal a confié, lorsqu'il a rendu son jugement, qu'il s'était agi de « faits répétés » et que le prévenu les « avait tous reconnus ».
L'affaire, rappelons-le, avait été révélée après les vacances de la Toussaint, en novembre 2009, au moment où la gendarmerie avait commencé son enquête, lorsque le parquet avait enfin pu se saisir de ce dossier, pour des actes honteux qui s'étaient, en fait, produits sept ans plus tôt.
Mais, qui n'auraient probablement jamais été connus, si l'enfant, devenu un adolescent étouffé par la honte, ne les avait enfin confessés à sa mère. Laquelle était alors aussitôt venue, bouleversée, s'en ouvrir au premier adjoint de la mairie, de permanence ce jour-là. En dénonçant les agissements « indignes » d'un habitant du village, qui avait fait « des choses ignobles » à son fils, lorsque celui-ci était encore petit et qu'il fréquentait l'école de musique…
Denis Gilson avait alors été convoqué, séance tenante, par ses collègues élus, dont le maire. Et il avait reconnu, devant eux, la triste réalité des faits révélés. Moyennant quoi il avait accepté, en conséquence, la demande qui lui était faite de démissionner, immédiatement, de son mandat. Et de perdre, de ce fait, son logement de fonction.
Dans un premier temps, toutefois, le scandale avait été tenu secret, dans l'enceinte de la mairie. Mais, deux employés communaux, honnêtes pères de familles, en ayant eu vent, s'étaient émus qu'on veuille ainsi « étouffer » de si ignobles pratiques. Ils étaient alors allés s'en ouvrir à la gendarmerie.
Et c'est ainsi que Denis Gilson s'était retrouvé mis en examen. Pour finir, cette semaine donc, par être sévèrement condamné…
Bernard DORDONNE
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