Publié le mardi 31 janvier 2012 à 12H00 - Vu 467 fois
RETHEL (Ardennes). Classé monument historique, le prieuré de Novy est visible de tous depuis l'A 34. Pourtant, peu de gens ont déjà poussé la porte. Reportage.
PEU de gens connaissent le prieuré de Novy, mais tout le monde l'a déjà vu au moins une fois.
Depuis l'autoroute, on ne voit que lui. Même dans la brume, fréquente dans le coin, son campanile apparaît, fantomatique, posé comme par miracle sur un toit long comme un demi-terrain de foot.
Quand on file au nord, c'est un peu avant Woinic, sur la droite. Quand on file au sud, c'est un peu avant les éoliennes, sur la gauche. Depuis des années, on se demandait quels secrets et quels mystères pouvait bien renfermer cette église gigantesque (la nef mesure 44 mètres et le clocheton culmine à 35 mètres), posée au milieu des champs, à la périphérie d'un village de 650 âmes.
Qu'est-ce qu'il avait bien pu faire, ce prieuré, pour être puni de la sorte, à devoir supporter toute la sainte journée le bruit des voitures, qui filent sur l'autoroute toute proche (pas plus de 500 mètres à vol d'ange).
La plus belle avec Asfeld
Fermé depuis des années, le prieuré n'accueille même plus d'offices. Trop grand, trop froid, trop vide. Et pourtant, qu'il est beau ! Son histoire nous est contée par Nadine Stévenin, ingénieur à la retraite, passionnée par le prieuré, tout comme son mari Raymond, enfant du pays « exilé » à Charleville, où il est l'adjoint en charge du patrimoine. « L'église du prieuré est de loin la plus belle du secteur, avec celle d'Asfeld, explique-t-il. Mais elle reste peu connue. »
Nadine Stévenin a organisé des visites durant des années. Aujourd'hui encore, avec d'autres historiens, elle le fait sur rendez-vous (on conseille d'attendre l'été…)*.
L'histoire commence il y a presque mille ans. En 1097, le comte de Rethel fait don d'une terre de Novy à des moines de Gironde, qui décident d'y fonder un vaste prieuré.
Six siècles plus tard, à partir de 1698, les bénédictins de Saint-Vanne de Verdun y reconstruisent une église (celle qu'on voit aujourd'hui) et d'imposants bâtiments conventuels. L'enceinte s'étend alors sur près d'un kilomètre et demi.
À la Révolution, patatras. Tout est fichu par terre : le monastère, son cloître, les dépendances agricoles, etc.
Mais l'église des XVIIe et XVIIIe, aujourd'hui classée Monument historique, reste debout. Tout comme l'église primitive, adossée à elle, qui renfermait une bibliothèque de près de 6.000 ouvrages (certains sont conservés à la médiathèque de Charleville).
Ceux qui s'attendent à une église sombre et poussiéreuse devront passer à confesse.
Claire et lumineuse, la nef rayonne, portée par des colonnes à chapiteau corinthien d'un luxe étonnant. La chaire est aussi baroque que raffinée. Le chœur croule sous le marbre, l'église sous les tableaux, l'autel sous l'opulence.
Au final, il n'y a pas vraiment de secrets à découvrir ici, mais surtout des trésors. Le plus précieux, c'est sans doute le buffet d'orgue, considéré comme l'un des plus beaux de la région. Deux anges y dansent en jouant de la trompette, tandis que des bas-reliefs représentent des allégories de la musique. Avant d'enchanter les oreilles, l'orgue aura toutefois besoin d'une solide restauration…
Guillaume LÉVY
* Renseignements au 03.24.38.21.58.
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