Publié le vendredi 02 décembre 2011 à 10H32 - Vu 831 fois
Pendant les grandes inondations de 1910, il faut sauver la production en la chargeant sur des caquets, véhicules hippomobiles destinés au transport des fûts de bière.
CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). En quatre siècles, les Ardennes ont compté au moins 843 brasseries. L'historien Gérald Dardart raconte dans un livre passionnant quelle place a eu la bière dans notre département.
SAVIEZ-VOUS qu'à Revin vers 1900, la consommation moyenne d'un homme était de… 900 litres de bière par an ! Impressionnant… même si à l'époque on buvait beaucoup de « bière de ménage » ne titrant guère plus de 1,5 ou 2 degrés.
Faisait-il plus « soif » au début du siècle dernier que maintenant ou les hommes attelés à de dures tâches laborieuses n'avaient-ils pas l'habitude de boire tout simplement… de l'eau ? En tout cas, force est de constater que la bière « constitue un pilier essentiel de notre identité ardennaise », écrit Gérald Dardart dans l'avant-propos de son dernier livre.
L'historien ardennais vient de publier chez l'éditeur carolo Arch'Libris (François Quinart) Les brasseries des Ardennes françaises, un ouvrage qui ne recense pas moins de 843 brasseries ardennaises de 1592 à nos jours. Chacune d'entre elles est signalée au moins par un nom, une date et une localisation, mais souvent par davantage d'informations quand les archives (essentiellement les pages d'annonces légales des journaux comme Le Courrier des Ardennes, le Petit Ardennais et l'Annuaire commercial et industriel des Ardennes) se sont révélées plus généreuses avec le chercheur.
Plus qu'un simple « inventaire »
Une fois de plus, Gérald Dardart signe là une somme extrêmement complète concernant une activité essentielle du département. L'auteur l'a voulu comme « un hommage à tous les brasseurs ardennais », y compris aux quatre contemporains qui ont repris le flambeau à partir de 1997. Dans la préface Yanny Hureaux s'étonne lui-même de « l'ampleur qu'avait autrefois l'activité brassicole dans les villes et les villages ardennais ». Exemple qu'il connaît bien - puisque c'est son village - en 1900, il y avait cinq brasseries à Gespunsart, une commune qui comptait 1 200 habitants à l'époque.
L'ouvrage, dont la sortie était initialement annoncée pour juin, a finalement été retardé car son auteur a voulu approfondir et en faire un livre plus pédagogique (illustré de nombreuses cartes postales anciennes, de photos inédites de collections familiales, de cartes de situation et de graphiques d'Olivier Gobé, d'un cahier couleur de reproductions d'objets publicitaires anciens) et surtout beaucoup plus écrit qu'un simple « inventaire » des brasseries ardennaises.
On y trouve des rappels historiques importants : la bière, plus ancienne boisson alcoolisée de l'humanité ; la fabrication « religieuse » de la bière ; les différentes réglementations comme l'apparition du houblon, la suppression des corporations de brasseurs à la Révolution, les progrès sanitaires apportés par les travaux de Louis Pasteur - dont l'Ardennais Jules Raulin fut le premier « préparateur agrégé », etc.
1871 : la bière de la revanche
Des rappels techniques simples pour expliquer les différentes phases du brassage, l'apparition des réfrigérants Baudelot qui seront fabriqués par les Ets Vauché à Sedan jusqu'en 1930 (et vendus dans le monde entier), la « bière de la revanche » à partir de 1871 censée faire face « à la puissance brassicole germanique », l'évolution des contrôles de qualité comme cette interdiction faite en 1624-1625 aux brasseurs yvoisiens de fournir Sedan parce que leur bière était (soi-disant) trop enivrante ! Certainement, un bon moyen d'éliminer la concurrence, note l'auteur.
Quelques chiffres enfin : de 1592 à nos jours, il y a eu des brasseries dans 116 communes du département. Jusqu'en 1870, à Charleville et Mézières réunies on recense 59 brasseurs et pas moins de 80 dans tout le Sedanais, Yvois compris. En 1900, on dénombre 263 brasseurs en activité dans les Ardennes. La bière faisait travailler beaucoup de monde à cette époque. Aujourd'hui, nettement moins, mais la mousse ardennaise monte à nouveau dans les verres.
Patrick FLASCHGO
En vente en librairie et chez l'éditeur : 29,90 euros. Séance de dédicace chez Arch'Libris, place d'Arches, samedi 17 décembre à 15 heures.
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