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Justice : les raisons d'un divorce

Publié le lundi 14 février 2011 à 09H02 - Vu 550 fois


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La rupture entre les Français et leur justice ne présage rien de bon. Car il n’y a pas de démocratie sans droit. Mais quand les juges, garants du droit, perdent leur légitimité aux yeux du peuple, c’est la démocratie qui perd ses droits. Et c’est aux magistrats eux-mêmes qu’il appartient de rétablir le lien qui s’étiole gravement. Plutôt que de se trouver des excuses d’enfants gâtés, qu’ils regardent ce qu’est leur justice, qu’ils constatent son décalage avec notre temps, qu’ils acceptent d’être des citoyens comme les autres et renoncent à leurs privilèges de caste.

LE malaise ne date pas d'hier. Déjà, au XVIIe siècle, Jean de La Fontaine dans sa fable « Les animaux malades de la peste » s'en faisait l'écho : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». La Révolution venue un siècle plus tard n'a pas totalement changé les états d'esprit. La justice républicaine n'a en rien dissipé les antagonismes entre le loup, le renard, le lion, le tigre, l'ours et la tourterelle, l'âne ou les moutons. Le temps passant, le fossé s'est même élargi. Les magistrats repliés dans leur tour d'ivoire, engoncés dans leur robe rouge ou noire qu'ils portent telle une armure qui les protégerait des maux venus du peuple, sont de moins en moins en phase avec les justiciables, ces citoyens dont ils ont
en charge le droit à la sécurité et à la justice. La mise en scène, le cérémonial, le rituel même du déroulement des audiences a favorisé le sentiment de mépris et de condescendance ressenti par ceux qui comparaissent.
On a sacralisé la justice des hommes en lui donnant mission de remplacer la justice divine. Mais pire, on a sacralisé ses juges qui se sont enfermés sans des symboles de l'ancien régime. Ils portent au quotidien ces résurgences du temps jadis. Les curés, avec le temps, ont su poser la soutane pour adopter la veste et le pantalon plus en phase avec notre époque.

Cérémonie divine


Nos juges ont déposé la perruque mais ils ont gardé leur robe noire ou pourpre, la toque et l'hermine. Ils se sont enfermés dans des palais, (le palais de justice, la mal nommée, est le seul lieu public des services de la République à garder cette dénomination), aux allures de temples dans les lesquels ils se sont installés sur des promontoires, non pas pour être vus de tous, mais pour induire une hiérarchie avec le justiciable. Ils ont cultivé l'art de parler un langage incompréhensible, hormis par eux, et ritualisé leur fonctionnement comme une cérémonie divine. Ils se sont écartés de leur raison d'être, le peuple, pour donner la vision d'un instrument du pouvoir et de l'arbitraire. Ils ont affirmé une nouvelle force, la république des juges, qui tente régulièrement de prendre le pas sur le pouvoir politique élu du peuple, ce qu'ils ne sont pas. Ils se sont attribué toutes les prérogatives sans concession. Pire, ils sont devenus des justiciables pas comme les autres qui se jugent entre eux, et qui ne s'appliquent pas à eux-mêmes le droit qu'ils appliquent aux autres. Pour le citoyen, ils sont même devenus des intouchables qui jouissent de privilèges considérables.
Un tableau peu amène qui aurait pu être accepté s'ils étaient irréprochables. Ce qui n'est pas le cas.
Il n'est pas question de revenir sur l'indépendance du juge que lui confère son statut, même si cette notion a été réévaluée récemment. Pas plus que de le responsabiliser dans ses décisions dues à sa fonction, les dysfonctionnements ou les fautes de jugement. Le responsable, c'est l'Etat, car c'est l'Etat qui assume la responsabilité du rendu de la justice devant le peuple.

Injustice


Mais il ne peut en être de même lorsque la faute du magistrat commise dans l'exercice de sa fonction relève du droit commun. Hélas, il est aisé de constater que c'est justement le cas. Les magistrats répugnent à juger leurs pairs. Réflexe corporatif, attitude de caste, on déporte le jugement vers des juridictions d'exception qui leur appartiennent où on déqualifie la faute commise. Les exemples ne manquent pas et nous, ou d'autres médias s'en s'ont déjà fait l'écho, nourrissant sans intention, un sentiment d'injustice grandissant dans la population. Les juges sont des hommes. Ils sont donc faillibles. Mais pour que cela soit admis par la population, il faut qu'ils soient condamnables, que soient abolies les mutations diplomatiques et les petits arrangements entre amis.
L'avenir n'a qu'une issue. Il faudra que les magistrats rompent avec le boulet qui les accompagne. Ce n'est qu'à ce prix qu'ils retrouveront la crédibilité indispensable à leur exercice. Ils sont là au nom du peuple et pour le peuple. Il faudra qu'ils s'en persuadent.
Christian CHARDON

 

À propos de la question web


Cette Question Web, qui n’a pas valeur de sondage au sens strict du terme mais constitue néanmoins un sujet d’analyse intéressant notamment par le nombre des votants, a été réalisée sur le site web de l’union - L’Ardennais, entre le mardi 8 février 15 heures et le jeudi 10 à 15 heures. Soit une durée d’exposition de 48 heures, destinée à ouvrir le plus possible cette question aux réponses de nos lecteurs en minimisant au maximum l’impact du moment choisi, sur les réponses. 1 572 votants se sont exprimés. Ce nombre est largement supérieur à celui généralement constaté pour les autres Questions Web. Autre signe d’intérêt du sujet présenté : le caractère tranché des réponses. 28 % assurent avoir confiance dans les magistrats. C’est peu, et même très peu, alors que 66 % affirment ne pas avoir confiance, ce qui est beaucoup, et sans doute trop. Ce qui impressionne, c’est l’écart entre le chiffre des deux réponses. Un constat qui rend la réponse d’une clarté saisissante. Dernière preuve de l’intérêt des internautes pour le sujet traité : le nombre de ceux qui ne se prononcent pas. Seulement 6 %. C’est un minimum, presque un record. Ce coup de sonde dans l’opinion n’est pas pour rassurer. Noter qu’un tel fossé s’est désormais creusé entre les justiciables et les juges qui leur rendent justice, c’est aussi constater qu’un des rouages essentiels de notre démocratie est gravement malade. Car lorsque les justiciables n’ont plus confiance en leurs juges, ils ont tendance à rendre la justice eux-mêmes. Le signal d’alarme est tiré. Aux magistrats d’en tenir compte.

 

À lire également : Juges, justice et images d'Épinal

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Les dernières contributions


dadydady

18/02/2011 à 23h08

Ce qui est proprement scandaleux, c'est que des magistrats puissent prendre des décisions sans même avoir ouvert un dossier et n'en être ,en aucun cas, tenus responsables. Il n'est pas rare que des magistrats, à hauteur d'appel, motivent leur décision par le fait que le Tribunal a jugé, en premier ressort Ce qui m'exaspère le plus dans notre "justice" c'est qu'elle juge plus souvent sur la forme que sur le fond !
TOUT ADO A DROIT A LA PAROLE QU IL SOIT HANDICAPE OU NON
merci epictete et chambouvart tout ta fait tatavebis

BIENAGAUCHE

15/02/2011 à 08h36 | 1

@MANSA ; n'est-ce pas le fait que les magistrats sont, depuis quelques années, montrés du doigt par Sarkozy, qui est scandaleux ?? L'enquête sur l'affaire Laëtitia vient de montrer qu'ils ne sont pas mis en cause... En plus de les stigmatiser (à la lecture des contributions, çà fonctionne bien auprès de quelques moutons de Panurge !), il a déjà tenté de supprimer les juges d'instruction... S'il est réélu, nul doute qu'il remettra ce projet à l'ordre du jour... mettant ainsi la justice sous les ordres du pouvoir politique... Eh oui ! L'affaire du Karachigate se pointe à l'horizon !! "Qui donne des leçons en mérite souvent plus qu'à son tour"

chambouvart

triangle Reims/Chalons/Epernay

15/02/2011 à 01h58 | 1

Ce qui m'exaspère le plus dans notre "justice" c'est qu'elle juge plus souvent sur la forme que sur le fond !

BARIS Dominique

CHÂLONS-en-CHAMPAGNE

15/02/2011 à 01h10

Dans les pays arabes(la chute du Chef de l'Etat en Tunisie et en Egypte et les manifestants s'affrontant aux troupes du régime en Algérie),il y a divorce entre les peuples et leurs gouvernants,et en France,c'est pas si loin que ça d'être pareil,si les citoyens n'ont plus confiance en la justice de leur pays,pourtant garante de leurs droits!

Commentaires anonymes

14/02/2011 à 22h12

@mansa : Vous levez les bras au ciel pour une journée payée a ne pas faire grand chose je vous ferais remarquer que nos gouvernants ont la méme chose multiplié par 365 et cela chaque année depuis 2007 et le pire c'est que sa va durée encore jusqu'en Avril 2012 !!!

ficelle 02500

picardie

14/02/2011 à 21h44

1981, MITTERRAND BADINTER : c'est l'héritage !

Le clown

14/02/2011 à 20h31

Quant, un chirurgien fait une faute en voulant sauver une vie, la justice trés souvent le condamne,
Quant un juge libére un récidiviste ou un assassin.....rien ,aucune sanctionne n'est prise,

Aller au boulot Messieurs les juges !

le chevalier de...

Reims

14/02/2011 à 19h05

Le cas évoqué par Nicolas Canut mèrite notre soutien et peut-être celui du journal pour que toute la lumière soit faite sur son affaire...
Bon courage Nicolas.

dedeclic

14/02/2011 à 18h39 | 3

Cc fait longtemps que les français n'ont plus confiance en la justice! Il suffit bien souvent de pouvoir se "payer " un bon avocat pour s'en sortir...et toutes ces "affaires" qui trainent en longueur...et ces robes ridicules ...et ce levez la main droite et dites "je le jure"...et ces honoraires astronomiques...il est temps de réformer tout ça !

gillou

14/02/2011 à 17h47 | 2

s'il ne faut que ce déguiser en guignol de carnaval pour rendre la justice je suis candidat sans le déguisement juste pour la paye

Epictete

14/02/2011 à 17h23 | 2

Ce qui est proprement scandaleux, c'est que des magistrats puissent prendre des décisions sans même avoir ouvert un dossier et n'en être ,en aucun cas, tenus responsables. Il n'est pas rare que des magistrats, à hauteur d'appel, motivent leur décision par le fait que le Tribunal a jugé, en premier ressort, de telle façon-alors que le Tribunal a reconnu exactement le contraire- comme il n'est pas rare qu'ils fondent leur arrêt sur des jugements précédemment cassés et annulés en toutes leurs dispositions par la Cour de Cassation. Tant que le seul justiciable paiera les pôts cassés de jugements bâclés et iniques, la justice restera à ses yeux une justice de classe ne daignant pas accorder la même attention aux affaires des humbles qu'à celles de ceux dont les magistrats savent la fortune et les relations.

Nicolas Canut

Avignon

14/02/2011 à 17h13A été modéré

Moi c'est avec le TGI de Saint-Quentin que le divorce a été prononcé depuis plusieurs années, pour différentes raisons, qui m'ont, finalement amené à déposer une plainte, jugée recevable contre l'ancien Procureur de la République et la juge aux affaires familiales pour "non assistance à personne en danger".
Beaucoup de raisons m'ont amené à cette plainte, dont très bientôt une autre procédure s'ouvrira -normalement- au Ministère de la Justice cette année.
Des exemples: quand, selon moi, on laisse ma soeur se faire étrangler et qu'on ne bouge que lorsque L'Union réalise un article, ou encore que j'aille frapper du poing sur le bureau du juge pour enfants, ce n'est pas normal. Quand on laisse un dossier pourrir sur le décès suspect de ma mère en 2002 que le TGI d'Avignon a réouvert en 2009 alors que le dossier était "en lambeaux" et que grâce à ce TGI de St-Quentin la prescription gagne... ce n'est pas non plus normal. Quand une juge aux affaires familiales refuse de répondre à mes demandes, pourtant légitimes, de condamner mon paternel à verser une pension alimentaire, mais qui se bouge que quand un journaliste de Nrj ou encore du Post.fr téléphone... c'est affligeant, qui plus est, quand on répond par la négative alors qu'un autre juge m'a donné raison.
Pour moi ça fait donc un moment que la rupture, le "divorce" comme vous dites a été prononcé entre le TGI de St-Quentin.

yd

14/02/2011 à 17h00 | 3

un des autres problèmes de la justice , c'est de ne pas appliquer les textes qui régissent leur fonction : c'est à dire les lois ,ils les arrangent à leur façon .

en effet , il y a peu de temps , dans notre région , un multi-récidiviste ( 6 récidives) a été condamné à un peine inférieure à 1 an d'emprisonnement pour des violences aux personnes , c'est à dire qu'il ne sera pas emprisonné .

Donc , il doit se sentir invulnérable .
et que dire de ces trafiquants de drogue , en possession d'armes de guerre qui ont été libérés à l'issue de leur garde à vue ?

les exemples sont légion , et c'est cela qui exaspère le commun des justiciables ;

Alain Schydlowsky

Chàlons-en-Champagne

14/02/2011 à 16h16

La justice a toujours été appréhendée,si j'ose dire et on ne le dira jamais les Magistrats constatent et déplorent pour beaucoup la manière dont on traite la
Fonction Publique dont la Magistrature fait partie jusqu'à preuve du contraire.
Chacun sait plus ou moins que le démantèlement des services publics est l'obsession de Monsieur Sarkozy qui cherche en outre à diviser pour régner en opposant les Magistrats avec la Police judiciaire notamment pour les rendre plus ou moins consciemment moins efficaces et les accusés ensuite de ne pas faire leur travaille correctement.
Nos Concitoyens doivent avoir à l'esprit que le remplacement des Fonctionnaires partant à la retraite n'étant plus une priorité,il ne faut plus s'étonner d'une diminution de l'efficacité des "régulateurs"Républicains.

MANSA

ici, là ou ailleurs

14/02/2011 à 15h42 | 1

Ce qui est scandaleux, c'est d'apprendre aujourd'hui que ce n'était pas une grève, mais une journée payée à ne pas faire grand chose. Si demain, des professeurs invitaient les parents à ne pas envoyer leurs enfants en cours, tout en étant présent et non grévistes, cela ferait un scandale, et il y aurait des sanctions de prises... Mais les magistrats, non, rien: c'est juste normal.

tatavebis

14/02/2011 à 15h00 | 2

Votre sondage sur la confiance entre les français et leurs juges m'inspire la réflexion suivante:
Aucun corps constitué (justice , police, armée, médecine, enseignement, etc) n'est à l'abri des défaillances ou erreurs d'un de ses membres. Cette évidence explique que ni les uniformes (police, armée) ou les robes (magistrats, avocats) ni les diplômes ( médecine, enseignement) ou les influences médiatiques ( journalistes) n'impressionnent plus personne.
Ce qui est choquant ce sont les réactions corporatistes des-dits corps cherchant à couvrir leurs membres défaillants. Dans le cas des juges, l'affaire d'Outreau (ou l'affaire Baudis à Toulouse) est exemplaire où on a vu un jeune juge incompétent responsable de la vie brisée d'accusés innocents et néanmoins protégé par ses pairs en écopant d'une sanction dérisoire.
Devant ces attitudes méprisables les défilés de robes rouges ou noires sont simplement ridicules sans que leurs acteurs en soient conscients.

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