Publié le lundi 10 septembre 2012 à 10H53 - Vu 10985 fois
Avec une entorse au pied, Alexandre Jabbour ne cesse de ruminer ces mauvais moments qu'il a passés pendant ses vacances.
CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). En vacances à Antibes, un jeune Carolomacérien, Alexandre, étudiant en pharmacie, a été victime d'une violence inconcevable. Conséquence : nez cassé et entorse au pied.
«ON assiste à un virage inquiétant dans une certaine frange de la société. Si en plus ce virage inquiétant est issu d'un milieu pseudo-éduqué, on a de quoi se poser des questions. Est-ce normal que dans un pays comme la France avec ses valeurs, on tabasse quelqu'un qui est au sol en se basant uniquement sur des critères raciaux ? » Cette réflexion nous a été communiquée par Alexandre Jabbour.
Cet étudiant carolo d'origine syrienne, inscrit en 2e année de pharmacie, a été victime d'une terrible et horrible agression raciste, le 16 août dernier lors de ses vacances d'été à Antibes.
Son agresseur : un « vrai » Ardennais, sans origine étrangère, issu du milieu aisé des Ardennes. En effet les parents de l'auteur des faits sont des chefs d'entreprise bien connus dans le secteur de l'imprimerie ardennaise.
« Si je témoigne aujourd'hui, c'est pour ceux qui se font insulter à longueur de journée à cause de leur couleur de peau ou à cause de leur origine et qui n'ont pas les moyens de se défendre. Je suis d'origine syrienne et je ne tolère pas les propos racistes ni envers moi, ni envers les autres.
Je considère ceux qui m'ont fait cette misère, comme des lâches qui méritent que la justice leur donne une bonne leçon. Comme ils ont les moyens grâce à la situation sociale et financière de leurs parents, ils ont l'impression que tout leur est permis et ils se sentent protéger. J'ai toujours respecté les gens, alors aujourd'hui, j'ai bien l'intention de me faire respecter » a encore expliqué le fils du docteur Jabbour, médecin en neurologie à Charleville-Mézières.
L'étudiant en pharmacie ne décolère pas, et l'expression « sale bougnoule » qu'un autre Ardennais lui a crachée au visage, résonne encore dans sa tête telle la détonation d'un canon de la Seconde Guerre mondiale.
"Je ne tolère pas les propos racistes"
Alexandre raconte avec précision son calvaire en mettant en évidence le côté raciste de l'agression commise par un jeune du milieu « bobo » des Ardennes.
Les faits se sont déroulés le 16 août vers 6 heures du matin sur la route des plages qui conduit à Antibes. Un coin de la France où plusieurs jeunes Ardennais, qui peuvent se le permettre, se retrouvent avec leurs parents, durant les vacances.
Comment Alexandre Jabbour s'est-il retrouvé dans cette galère ? « Je suis parti en vacances avec ma famille au début du mois d'août à Antibes. Le 15 août j'ai téléphoné à mon meilleur ami qui habite comme moi à Charleville-Mézières. Je savais qu'il était dans le Sud de la France. »
Lorsqu'Alexandre a réussi à joindre son ami, ce dernier lui a proposé de venir fêter son anniversaire à Cannes dans la discothèque « le Palais ».
« Je l'ai rejoint chez lui et nous sommes arrivés ensemble dans sa voiture à la discothèque. »
Une vingtaine de convives étaient inscrits sur la liste de celui qui fêtait son anniversaire, tous des jeunes du milieu aisé ardennais.
« La soirée, s'est bien passée. Nous avons quitté la discothèque vers 5 heures du matin et je m'apprêtais à prendre un taxi pour rentrer chez moi à Antibes lorsque mon ami m'a demandé de monter dans une Mercedes ML conduite par un de ses camarades qui habite à Antibes » raconte Alexandre qui ne se doutait pas, qu'il s'embarquait dans une drôle d'histoire.
"Une bonne leçon de justice"
« On était 7 dans la voiture, une fille et 6 garçons. J'étais assis dans le coffre avec un autre copain. Mais comme le conducteur roulait vite et faisait n'importe quoi sur la route, nous avons tenté à plusieurs reprises de le calmer, notamment le copain qui était assis à côté de moi dans le coffre » précise l'étudiant ardennais. En tout cas, le conducteur n'a, semble-t-il, pas apprécié qu'un « étranger » se permette de lui donner des ordres dans sa voiture. Et, pour masquer ses conneries, il a pris à témoin l'assistance en lançant tout en riant, une expression particulièrement raciste et dégradante à l'endroit d'Alexandre : « On dépose où ce sale bougnoule ? »
Mécontent de s'être fait insulter, Alexandre a fait connaître son désaccord en demandant au chauffeur ayant tenu les propos racistes à son encontre, de bien vouloir le déposer séance tenante sur la route.
Le conducteur s'est arrêté brusquement sur le bas-côté. Il est sorti de la voiture. Il s'est rendu à l'arrière et a balancé une « belle droite » au visage de celui qu'il n'avait pas cessé d'insulter durant une bonne partie du trajet.
Quatre kilomètres avec une entorse
Malgré un nez en très mauvais état, la victime a tenté de se défendre. Une bataille perdue d'avance pour l'étudiant, puisque le passager avant de la voiture a pris fait et cause pour le chauffeur en venant lui prêter main-forte dans cette agression lâche et facile.
Alexandre s'est retrouvé rapidement au sol, et là, les coups de pied se sont mis à pleuvoir sur tout le corps du jeune Carolo.
« Cette séquence a duré environ 5 minutes, je croyais qu'ils n'allaient jamais s'arrêter » explique Alexandre. Alors que le conducteur et son complice s'acharnaient sur la pauvre victime, l'un des passagers, celui qui était assis à côté d'Alexandre en partant de la discothèque, qui n'est autre que le fils du directeur d'une grande enseigne à la zone commerciale de Villers-Semeuse, s'est interposé pour éviter le lynchage.
Un geste qui honore à plus d'un titre ce jeune Ardennais qui par son geste montre qu'il refuse le racisme et les lâches agressions.
« Comme on était à côté de la plage, je me suis lavé le visage avec de l'eau de mer. J'ai parcouru quatre kilomètres à pied avec une entorse. »
A sa sortie de l'hôpital où il avait été admis pour un nez cassé, un traumatisme facial, des hématomes sur tout le corps et une entorse, Alexandre a porté plainte. Il sera défendu prochainement par un avocat du barreau des Ardennes.
« Plus jamais ça » tel est l'objectif de la médiatisation de son malheur.
Bernard DORDONNE
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