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Femmes battues : les victimes invisibles

Publié le lundi 13 décembre 2010 à 09H43 - Vu 368 fois


« Je crois que raconter mon histoire peut être utile pour d'autres femmes. »

« Je crois que raconter mon histoire peut être utile pour d'autres femmes. »


ARDENNES. Il y a les coups du mari. Mais aussi le harcèlement, le viol et les insultes. Puis, souvent, la honte et la culpabilité. Insupportables, les violences faites aux femmes sont multiples. Et ne diminuent pas. L’une a accepté de raconter l’enfer vécu pendant vingt ans. Ou comment le cocon conjugal peut devenir le théâtre d’un huis clos angoissant.

IL faut beaucoup de courage pour se raconter ainsi. Adèle* a avalé son café et balancé son récit presque d'une traite. Cela lui a pris une heure pour raconter vingt ans de violences conjugales et de spirale infernale. Verbatim.
« ON s'est rencontrés à l'âge de 20 ans. J'étais étudiante, il était fonctionnaire. Ce fut un coup de foudre. Au bout de quelques mois, on s'est installés ensemble.
Il m'avait prévenu qu'il avait mauvais caractère et qu'il n'était pas facile à vivre. Il le disait de manière légère. Au bout de quelque temps, il a commencé par se mettre de plus en plus facilement en colère.
La première violence, c'était quelques semaines après notre aménagement. Il n'arrivait pas à monter un meuble. Il s'est énervé contre le meuble, puis contre moi. Et il m'a balancé le marteau à la figure. J'étais tellement surprise que je n'ai rien dit. Lui s'est vite excusé, m'a dit qu'il m'aimait.
C'est redevenu normal pendant quelques semaines. Puis, ça s'est reproduit. Je commençais à avoir peur de lui, je me suis laissée faire. Après, c'étaient des coups de poing en rafale, jusqu'à plusieurs fois par semaine. Je me souviens aussi d'une casserole…
Au bout de quelques mois, j'ai réagi. Du genre : « Allez, arrête tes conneries ». Après, il ne m'a encore plus tapée. Je n'avais parlé de ça qu'à mes parents. Ils m'avaient dit de m'en aller. J'ai préféré qu'on se marie pour lui apporter l'équilibre affectif qui lui manquait. Forcément, avec du recul, ça paraît stupide, mais je pensais alors que c'était la meilleure solution.
Un an après notre rencontre, on s'est mariés. Le soir de notre nuit de noces, ça a tourné au viol. Comme dans tous les rêves de jeune fille, je voulais une nuit romantique, qu'il prenne son temps… Ça a tourné au cauchemar. Ce soir-là, j'ai su que j'avais fait une énorme connerie. Mes parents sentaient que je n'allais pas bien. Les siens avaient choisi de ne rien voir.

« Je me résignais à le croire »

Après, il y avait toujours des situations qui tournaient court. Une fois, on partait en vacances. On se retrouve dans les bouchons.
Au volant, il s'agaçait. J'ai voulu le calmer, j'ai pris trois coups de poing. J'ai crié. Sur le trottoir, des gens se sont retournés. C'était la première fois qu'il me tapait en dehors de la maison. J'ai senti qu'on avait encore franchi un cap.
C'est seulement après tout ça - et j'insiste là-dessus - que sont venus les violences morales, les commentaires, comme « De toute façon, tu ne feras jamais rien de ta vie », les insultes… Depuis le début, on avait chacun conservé notre emploi. Une fois, j'ai tenté de parler de tout ça à un de ses collègues. Il ne m'a pas crue. J'ai compris que mon mari parlait de notre couple comme une histoire de petits tourtereaux.
Alors, j'ai décrété que j'allais me taire. Je me suis inventé un monde où tout allait super bien. Les hématomes, on trouve toujours un moyen de les camoufler : des manches longues l'été, des lunettes noires. Pour les amis, j'ai même inventé une maladie aux yeux pour les coquards. Oui, il y avait parfois des périodes d'accalmie. Il me disait qu'il m'aimait. Moi, je ne savais plus, je me résignais à le croire.
Nous avons eu deux enfants. Au début, c'était nickel pour eux. Après, quand mon fils ne faisait pas un truc comme il faut, c'était une taloche. Il avait trois ans. Pour ma fille, c'étaient des insultes si elle renversait un verre d'eau. Elle avait cinq ans. Ensuite, mon fils a grandi sans trop subir de violences physiques. Ma fille s'est pris des baffes, des coups de poing. J'ai décidé de ne pas l'envoyer à l'école. Vous me voyez aller devant le directeur pour me justifier de la marque sur l'arcade de ma fille ? C'était à cause de la tranche d'aspirateur.
J'avais perdu toute lucidité. Je ne me voyais plus. Je ne parlais de rien à personne, j'avais honte de ne pas pouvoir amener un équilibre à mes enfants.
Avec la violence conjugale, on réussit à s'enfermer dans des murs de mensonges et de silences. A un moment, j'avais pris un emploi de nuit pour ne pas rentrer à la maison. Partir ? Mais je ne voulais pas laisser mes enfants et je n'avais pas d'argent pour fuir.
Nous avions un compte commun et il surveillait mes dépenses. Et, puis, partir… D'accord, mais pour faire quoi ? Je crois que je m'étais persuadée de tout ce qu'il me disait. J'ai tenté de me suicider, ça a failli réussir.

« Gratter le mal à la racine »


Puis, parmi les personnes croisées et rencontrées, quelques-unes m'ont tout doucement ouvert les yeux, redonné confiance et convaincue que je pouvais faire des choses bien. Des « merveilles », ils me disaient. Je leur dois la vie. Ça a pris du temps, mais j'ai décidé de partir du foyer conjugal. La dernière violence subie ? Quand je lui ai annoncé mon départ, j'ai évité de peu la chaise lancée.
Aujourd'hui, j'ai la garde exclusive de mes enfants. Nous vivons tous les trois dans un appartement. A eux, comme à moi, il faudra énormément de temps. Et encore, je ne sais si ça suffira… Au travail, j'ai annoncé à certains collègues ce que j'avais subi. Tout le monde a eu l'air surpris.
Moralement, je ne suis pas sortie d'affaire. Comme me dit ma psy : « Si on veut guérir, faut gratter le mal à la racine ». Et ce n'est pas facile. Tout ça reste fragile. Je suis encore incapable d'aller m'acheter une robe : pour moi, aucune ne me va bien, même la plus belle. Mais, tout doucement, je remonte : hier, je me suis maquillée pour la première fois depuis six mois. Pourquoi raconter mon histoire ?
Je crois que ça peut être utile pour d'autres femmes. »
Propos recueilli par Mathieu LIVOREIL
* Le prénom a été changé.

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jeanmich14

13/12/2010 à 22h51

cet homme là est un lache ,il tape sur une personne fragile ,si on lui avait mis un balaise devant lui ,aurait-il osé faire pareil ?

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