Publié le samedi 09 avril 2011 à 11H00 - Vu 909 fois
C'est ici à Vintimille (Italie) que s'effectuent les contrôles des clandestins qui essaient de franchir les frontières.
CHARLEVILLE-MÉZIÈRES (Ardennes). Ce Tunisien de 39 ans avait été interpellé par la police lundi à la descente du train. Remis en liberté, le préfet l'a, à nouveau, fait arrêter jeudi au saut du lit et « réadmettre » en Italie.
IL y a quelques jours, le préfet des Ardennes, Pierre N'Gahane, a interprété « La Marseillaise » a cappella - moment particulièrement intense - lors de la cérémonie de naturalisation d'une vingtaine de nouveaux Français.
Ce jeudi, ce même haut fonctionnaire, a pourtant fait expulser, sans états d'âme, Moez Gam, un Tunisien de 39 ans, qui était arrivé dans notre département, en début de semaine, en provenance de la fameuse île italienne de Lampedusa, après avoir quitté son pays, comme des centaines de ses compatriotes, suite à la chute du régime Ben Ali.
C'est à l'occasion d'un banal contrôle d'identité, lundi dernier, en gare de Charleville-Mézières, qu'il a été appréhendé. Et, ainsi que cela se produit pour tout étranger en situation irrégulière (une bonne dizaine chaque mois en moyenne), le préfet a alors pris, à son encontre, un arrêté de reconduite à la frontière (c'est-à-dire en Tunisie), tout en lui indiquant, ainsi que le prévoit la loi, qu'il bénéficiait de sept jours pour prendre ses dispositions. Moez Gam avait alors été rendu à la liberté et il avait donné l'adresse de la copine ardennaise ayant accepté de l'héberger.
Or, comme il y avait dans les papiers de Moez un document indiquant qu'il avait transité par l'Italie, via Lampedusa, les autorités préfectorales se sont alors rapprochées des Italiens qui, contre toute attente, auraient accepté de le « réadmettre » (c'est le terme officiel) sur leur sol. Moyennant quoi, Pierre N'Gahane a alors changé son fusil d'épaule.
La Cimade et son avocate indignées
Ainsi, jeudi matin, les policiers se sont-ils présentés, à l'heure du laitier, à l'adresse fournie par Moez. Et ils ont embarqué celui-ci vers un centre de rétention administrative de la région parisienne (c'est la procédure). Puis, hier matin, sous escorte, le Tunisien est parti par avion vers Nice, puis en auto vers la frontière italienne.
Ce qu'on pourrait, en somme, qualifier de « happy end », l'Italie étant un fort beau pays… surtout depuis que Berlusconi tend par provocation les bras aux réfugiés.
Malheureusement pour le préfet des Ardennes, cette opération qui, ainsi décrite, ne semble prêter le flanc à aucune critique, puisque, selon lui, « tout a été fait dans les règles », n'a pas plu du tout à la Cimade (association bien connue de défense des réfugiés, apatrides et demandeurs d'asile), ni à son avocate, la franco-tunisienne Samia Maktouf, du barreau de Paris, devenue en l'espace de quelques mois, en raison d'une sensibilité particulière à leur égard, la « pasionaria » de tous les émigrés tunisiens, en quête d'une nouvelle patrie.
Les Ardennes en première ligne
Du coup, à sa grande surprise, le préfet des Ardennes s'est vu assailli, depuis hier, d'innombrables sollicitations de la part des médias, l'expulsion de Moez Gam, tombant en effet, pile poil, au moment où son ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, vient de formuler sa vision (contestée) de l'immigration, clandestine comme légale.
Et qu'il est précisément parti, hier, en Italie, pour traiter avec son homologue transalpin, des migrants de Lampedusa, à qui Rome entend vouloir procurer des permis de séjour dans l'espace Schengen, c'est-à-dire en France !
De là à penser qu'il y avait donc une relation évidente de cause à effet, entre ce qui est arrivé à Moez Gam et le bras de fer, qui semble désormais se dessiner entre les intérêts français et italiens à propos des clandestins de Lampedusa, il n'y avait évidemment qu'un pas, qui a été franchi, allègrement, durant toute la journée d'hier, sur les sites des principaux organes de presse nationaux.
Me Samia Maktouf et la Cimade y dénonçant, d'une même voix, une interpellation de Moez Gam, intervenue dans le contexte politique actuel, « contraire à toutes les règles de procédure », s'agissant d'un homme qui parlait à peine notre langue, qui n'a bénéficié « d'aucun secours d'un avocat », et dont les conditions d'interpellation « n'ont pas été soumises à un juge des libertés et de la détention »…
La polémique est donc sûrement loin d'être close autour de ce dossier, qui aura positionné les Ardennes en première ligne du douloureux problème des flux migratoires consécutifs aux soubresauts du Proche-Orient. Et aura brusquement placé, du même coup, sous le feu des projecteurs de l'actualité, le nouveau préfet N'Gahane. Qui s'en serait probablement bien passé !…
G.G.-M.
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