Publié le lundi 30 janvier 2012 à 10H24 - Vu 4190 fois
Aujourd'hui harcelées, Delphine et sa famille vivent dans une angoisse permanente.
RETHEL (Ardennes). Abusée sexuellement, battue alors qu'elle était enceinte, rackettée, aujourd'hui menacée de mort par son ex-concubin, Delphine veut désormais partager son vécu et convaincre les femmes victimes de violences de ne plus se taire.
CERTAINES rencontres changent votre vie. Parfois en bien, parfois en mal.
Si pour Delphine*, jeune Rethéloise de 20 ans, sa rencontre avec Roland a eu des parfums idylliques, aujourd'hui, ne reste que des relents haineux.
Non sans courage, elle a choisi de rendre public ce triste épisode de son passé qui, d'ailleurs, oppresse aujourd'hui encore son présent. Cela afin que « les femmes battues parlent. Car, un jour, leurs enfants payeront peut-être les pots cassés de ce qu'ils ont vu, entendu ou vécu ».
L'histoire débute un soir de décembre 2010. Etudiante en Droit et Lettres à l'université de Reims, Delphine sort prendre un verre. « Pas une soirée beuverie ! » insiste-elle. Et puis, place d'Erlon, elle rencontre Roland, âgé de 22 ans. Quelques échanges de regards, des petits sourires. Le charme opère. Un couple se forme.
Après quelques mois, les deux tourtereaux s'installent dans l'appartement de Delphine. « Ça a été le début des problèmes », se souvient la jeune femme.
« Au mois de mai, il a été jugé et a pris huit mois de prison ferme. Ça l'a rendu fou ». Elle découvre alors les (nombreux) antécédents judiciaires de son compagnon. Ainsi que sa véritable personnalité.
« Avec lui, je n'avais rien le droit de faire, il contrôlait tout, me menaçait. J'étais comme enfermée chez moi, complètement dominée ». Très vite, dans l'appartement de l'avenue Jean-Jaurès de Reims, la violence et les bleus remplacent la douceur et les roses.
« Une nuit », se souvient encore, avec difficultés, la jeune femme, « il m'a réveillée vers deux heures du matin pour que je lui fasse de la mayonnaise. J'ai dû mal la faire. Il s'est emporté et m'a mis un coup au visage et un coup de pied dans le bas du dos ». « Elle n'en revient toujours pas : « Pour de la mayonnaise !"
Delphine qui est alors enceinte de trois mois, va enfin réaliser le piège dans lequel elle est tombée.
« Suite à ça, j'avais des douleurs abdominales. Ce jour-là, j'ai eu peur et pris conscience qu'il fallait que je parte ».
La première plainte enregistrée, les gendarmes mettent la demoiselle en garde.
Décrit comme un récidiviste violent, cible de nombreuses plaintes, Roland ferait l'objet d'un mandat d'arrêt. « Là, j'ai vraiment compris à qui j'avais affaire. Comme prise dans un étau, coincé entre peur et confinement, Delphine va être rackettée par le futur papa. « On n'avait plus d'argent. Alors, il m'a mise sous pression », précise-t-elle. Je lui donnais l'argent que ma mère me versait, mais aussi mes bourses d'études… »
« Je lui ai tout donné pour lui payer son shit », précise-t-elle.
Aujourd'hui, Delphine n'a plus rien. Elle a trouvé refuge chez sa mère avec l'enfant qu'elle porte. Malgré la rupture, son ex-concubin continue de hanter le quotidien de toute la famille.
« Il appelle parfois jusqu'à quarante fois par jour. J'ai peur pour le futur bébé. Il serait capable de l'enlever ». Les insultes et menaces ne fusent pas qu'au téléphone. Facebook, twitter, SMS… Les messages qui portent le poids de la haine, sont sur tous les supports : « Le petit, je vais le sortir de ton ventre et le crever ».
Une deuxième plainte a ainsi été enregistrée à la gendarmerie de Rethel.
« On a peur », lance la maman de Delphine. « J'ai eu Roland au téléphone, il était 1 h 30 du matin. Il m'a dit : "Je prépare vos deux cercueils à toi et ta fille" ». Menacée de mort, la famille de Delphine cherche protection et espère voir Roland enfin purger sa peine de prison.
La gendarmerie de Rethel affirme avoir envoyé le dossier au parquet. « En moins de quinze jours, la plainte a été enregistrée, l'enquête menée », résume le capitaine. C'est rare que les choses aillent aussi vite sur ce genre d'affaire ».Une quinzaine de jours pour monter et transmettre un dossier. La situation de Delphine est prise au sérieux et un traitement d'urgence est appliqué à elle et sa famille, menacée de mort par un ex-compagnon, potentiellement dangereux et armé.
Stéphane GUERRINI
* Prénom d'emprunt
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