Publié le lundi 01 août 2011 à 12H33 - Vu 853 fois
WARCQ (Ardennes) Communiquer pour valoriser ses actions en faveur de la nature, c'est bien. Ça ne gâterait rien de le faire, aussi, lorsqu'il y a eu une initiative regrettable d'un agent.
TOUT finit toujours par se savoir. Parfois cela met un certain temps, comme ici, puisque les faits remontent au mois de mars dernier. Mais, comme ils sont graves et que notre département est de plus en plus prisé par les cigognes - ce dont tout le monde se félicite - ils n'ont rien perdu de leur intérêt. D'autant que c'est surtout la façon de faire qu'il est en cause.
Pour avoir souvent valorisé les efforts réels d'ErDF (électricité réseau distribution de France) et de ses cellules avi-faune, pour protéger les oiseaux et les animaux des dangers des installations électriques, afin qu'ils ne se grillent pas les pattes ou les ailes, nous avons été étonnés d'apprendre, que les responsables ardennais de cette entreprise de service public, nous avaient volontairement caché un incident, survenu le 24 mars dernier, au lieu-dit La grange aux bois, à Warcq, sur la ligne électrique Haut de Sormogne, au niveau du centre de distribution d'eau potable de la communauté d'agglomération de Charleville.
Une équipe d'ErDF, qui se rendait sur un chantier, a remarqué que des cigognes avaient construit des nids sur deux pylônes voisins, soutenant des lignes de 15 à 20.000 volts. Les agents l'ont naturellement signalé aussitôt à leurs supérieurs.
Or, le responsable d'exploitation de l'époque, a alors eu une réaction extrêmement fâcheuse et, en tout cas, radicalement contraire à l'esprit « écologique » censé animer son entreprise: il a pris sous son bonnet - du moins est-ce la version officielle - de venir procéder sans délai, accompagné d'un chef d'équipe… à la destruction des nids !
Une méthode évidemment plus radicale et surtout moins coûteuse, que de mettre l'installation hors tension, ou de poser des plots de protection sur les fils, voire d'aménager des plateformes de nidification. Ainsi, pas vu pas pris, personne n'aurait rien dû savoir.
Sauf que cette mauvaise action avait eu des témoins.
Pas seulement les habitants du hameau, en bordure du chemin, entre le rond-point Urano et la voie ferrée, outrés de ce qu'ils avaient vu faire. Mais, surtout, un agent technique de l'environnement, appartenant à l'office national de l'eau et des milieux aquatiques.
Par manque de chance pour ErDF, il avait en effet repéré, ce matin-là, depuis la route proche, l'évolution de plusieurs cigognes - deux couples de blanches et une toute noire - ce qui est rare en nos confins - et il s'était donc rapproché, en amoureux de la nature, pour les observer de plus près.
Risque d'amende et / ou de prison
C''est ainsi qu'il avait découvert leurs nids bien formés et qu'il les avait pris en photo, le spectacle de ces grands oiseaux réputés porte-bonheur, étant toujours aussi plaisant.
Là-dessus, il était parti travailler. Or, dans le courant de l'après-midi, alors qu'il repassait en sens inverse pour rentrer chez lui, quelle n'avais pas été sa surprise, ou plus exactement sa contrariété, de découvrir que les nids avaient été jetés au sol, les auteurs du forfait ayant pris soin de faire disparaître les œufs, puisqu'il n'y avait plus que des branchages, de la mousse et du duvet, cependant que des tiges anti-oiseaux avaient déjà été plantées au sommet des deux pylônes, pour dissuader les cigognes de revenir s'y poser…
Dès lors, c'est le professionnel de l'environnement, qui prit le pas sur l'amateur de belles images. Vu que, sans doute possible, il se trouvait ainsi le témoin direct de la destruction volontaire de deux nids d'une espèce protégée, passible d'une amende pouvant atteindre 15.000 € et/ou d'une peine d'emprisonnement d'un an, il passa le relais à ses homologues de l'ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage).
La suite on ne la connaît pas, sauf à savoir qu'une procédure a, dès lors, été établie à l'encontre du responsable d'exploitation un peu trop zélé d'ErDF. Et que le responsable territorial de l'entreprise, au moment des faits, Stéphane Allain, a été invité à s'expliquer.
Suite à cette exaction, y aura t-il sanction pénale ? Rappel à la loi ? Toujours est-il que Bernard Ulrich, responsable du centre d'assistance et d'information sur les oiseaux, dès qu'il a eu connaissance de cette histoire, a saisi la LPO (ligue de protection des oiseaux) et l'ASPAS (association de sauvegarde et de protection des animaux sauvages), pour veiller à ce que cette affaire ne soit pas classée « sans suite ».
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