Publié le vendredi 13 août 2010 à 08H43 - Vu 502 fois
Ce mur, construit sur ordre de Louis XIV, est le prolongement de la partie toujours visible du cinéma Metropolis.
CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). Des remparts et une meurtrière du XVIIe, un élément du mur de Louis XIV : le diagnostic archéologique réserve de bonnes surprises sur le site de l'ex-école normale.
CRÉÉE il y a tout juste un an, la Cellule départementale d'archéologie du conseil général a prouvé hier (s'il en était besoin) toute son utilité (et son efficacité !), en mettant au jour successivement un élément des remparts de Charleville qui furent érigés au début du XVIIe siècle, ce qui ressemble fort à une meurtrière au sein de ces mêmes éléments, mais également des traces très visibles du mur construit sur ordre de Louis XIV quelques décennies plus tard, en 1686, quand la cité « idéale » voulue par Charles de Gonzague perdit son statut de ville franche et fut donc rattachée au royaume.
Constituée pour suppléer les services régionaux d'archéologie (et donc accélérer les délais entre diagnostics et constructions sur des sites faisant l'objet d'un aménagement urbain, immobilier ou autre), la Cellule avait déjà été sollicitée il y a quelques mois dans le cadre de l'opération de renouvellement urbain à Manchester.
Un diagnostic, pas des fouilles
« Cette fois, nous avons été mandatés pour effectuer un diagnostic au niveau de l'ex-école normale. Le chantier débuté mardi doit durer une semaine. On effectue quelques sondages, on fait un état des lieux, et ensuite on transmet un rapport aux services de la Direction régionale des affaires culturelles qui décide, si elle le juge utile, de mener des fouilles plus complètes » expliquait hier, in situ, le responsable de la Cellule, Olivier Brun.
« On s'attendait bien, ici, à trouver certaines choses. Mais peut-être pas aussi nettement visibles, et pas aussi intéressantes… » expliquait le chercheur, visiblement ravi.
Ce qui ressemble à une meurtrière
Dans le détail, devant l'ex-école normale de la rue Jean-Baptiste Clément (construite elle-même en 1860), sous plusieurs mètres de remblais accumulés au fil des siècles, ont été mis au jour, successivement, par ordre d'apparition si l'on peut dire (et en l'occurrence de profondeur), les murs d'une habitation datant de la période intermédiaire entre 1686 et 1860, puis le prolongement du mur (symbolique, car il n'avait pas vocation à défendre la ville mais à manifester son appartenance au royaume), construit sur ordre de Louis XIV (dans le droit fil de la partie toujours visible près du cinéma Metropolis) et donc, enfin, des éléments intacts des remparts de la cité de Gonzague (à quelques mètres seulement de la rue).
« C'est à notre connaissance une première, dans cet état, car on pensait généralement qu'ils avaient été détruits, justement, lors de l'élection du mur de Louis XIV », expliquait sur le terrain Olivier Brun, assisté pour l'occasion de David Nicolas, du Musée de l'Ardenne.
Tant il est normal que dans ces circonstances, les différents partenaires et institutions unissent leurs connaissances…
Un élément de meurtrière a également été découvert : ce qui est d'ailleurs une petite énigme en soi, car on la dirait destinée à viser… l'intérieur de la cité.
« Les remparts avaient parfois des formes étoilées, et on peut penser qu'il s'agissait là de sécuriser le no man's land entre l'enceinte et la cité. Qui était peut-être un fossé rempli d'eau, si l'on en croit le plan des constructeurs de la cité. Un plan qui est pourtant à considérer avec précaution, car Charles de Gonzague et ses collaborateurs n'ont pu être fidèles à leur projet initial. »
D'ailleurs, l'histoire laisse entendre que les remparts de Charleville première version, comme plus tard le mur Louis XIV, n'avaient pas la valeur d'une citadelle Vauban… C'était là encore, sans doute, une affaire d'affichage et de prestige pour mettre en avant le caractère princier et indépendant de la ville nouvelle.
Heureux de cette découverte elle-même historique, les agents de la Cellule départementale d'archéologie continuent leur diagnostic jusqu'au milieu de semaine prochaine.
D'autres bonnes surprises sont peut-être à attendre d'ici là…
Mais Olivier Brun est formel : « Notre rapport sera neutre. Nous allons dresser un compte rendu à la Drac, mais sans suggérer qu'il faut ou non aller plus loin dans l'exploration… » Après un long feuilleton quant à savoir ce que l'ex-école normale allait devenir (logements, commerces, pôle marionnette…), voici peut-être le début d'une nouvelle série à suspense !
Philippe MELLET
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