Publié le mardi 16 novembre 2010 à 11H11 - Vu 348 fois
Jean-Paul Bachy : « Delphi est une usine neuve, moderne qui a bénéficié d'aides des pouvoirs publics. Il appartient donc à l'État de faire respecter les deniers des contribuables. »
Oncle Sam est-il en train de quitter progressivement les Ardennes ? Après la liquidation de Thomé Génot, qui avait laissé 300 salariés sur le carreau, voici donc annoncée la mort de Delphi en 2012. Comment expliquer un tel reflux ? Le département, dont l'activité de sous-traitance reste fortement dépendante du secteur de la construction automobile serait-il moins attractif pour les Américains ? Ou est-ce plus simplement le signe du déplacement lent mais incontestable du centre de gravitation de l'économie mondiale vers les pays de l'Est et l'Asie ? Cela n'est peut-être pas à négliger. Toutefois les pays dits émergents restent pour l'instant discrets sur le territoire. Seuls quelques investisseurs japonais sont présent (Amada, Godart) tandis que les États-Unis demeurent encore le principal investisseur avec douze entreprises installées dans les Ardennes, pour un total de 2332 salariés. Dont il faudra malheureusement, selon toutes probabilités, déduire prochainement les 294 salariés de Delphi et les 17 salariés d'Oxame. Pour tenter d'y voir un peu plus clair nous avons interrogé Jean-Claude Bachy, président de la Région Champagne-Ardenne.
Après l'annonce de la fermeture du site de Delphi à Donchery, n'est-ce pas un nouveau coup dur pour les Ardennes ?
« La nouvelle n'est pas bonne c'est sûr. Mais le scénario n'est pas terminé. Pour cette entreprise, les pouvoirs publics ont mobilisé avant 1993 une série de primes d'aménagement du territoire et ensuite, il y a cinq ans, des primes de l'État ont permis la reconversion de 73 postes d'intérim en CDI. Delphi est une usine neuve, moderne qui a bénéficié d'aides des pouvoirs publics. Il appartient donc à l'État de faire respecter les deniers des contribuables. »
Estimez-vous qu'il y a un recul des investissements américains dans les Ardennes ?
« Je ne suis pas certain qu'on puisse faire une analyse globale. Par exemple, Visteon a dernièrement investi plus de 10 millions d'euros. Cependant, je m'étais rendu à Detroit en 2005 où j'avais rencontré des responsables du secteur automobile qui déjà évoquaient des difficultés. Ce qui est sûr c'est qu'on a trop pensé que l'automobile est la réponse à tout. Ce qui pose un problème de vulnérabilité dès que le secteur se trouve en difficulté. Il faut penser à des stratégies de diversifications en se tournant, par exemple pour la métallurgie, vers le ferroviaire et l'aéronautique. Le tissu économique est en train de changer. »
Quels sont les leviers pour faire venir des investisseurs étrangers ?
« Nous avons la Cadev, structure régionale qui a pour vocation d'aider les investisseurs nationaux et internationaux et qui a un contrat avec l'agence française pour les investissements internationaux (F2I) laquelle a pour mission d'aller à la pêche aux investisseurs. Mais surtout je me souviens que dans les années 80 il y avait une politique très active en direction des départements. Mais aujourd'hui les moyens mis en œuvre par l'État ne sont pas à la hauteur de la situation. Il n'y a plus de politique industrielle. Il n'en demeure pas moins que nous avons une région attractive avec des atouts considérables et le département des Ardennes n'est pas le moins bien placé dans ce domaine. »
Repères
En 2010, le département des Ardennes compte 55 sociétés à capitaux étrangers, dont 12 américaines. Les Etats-Unis sont donc le second pays en nombre d’entreprises sur le territoire, après la Belgique qui totalise 15 sociétés et avant l’Allemagne avec 6 unités.
Par ailleurs un peu moins de la moitié des emplois étrangers ardennais proviennent des investissements américains. Soit un effectif de 2332 emplois sur 5209 emplois issus de la totalité des emplois générés par tous les capitaux étrangers.
Les autres entreprises américaines dans le département :
Unilin, leader européen du parquet stratifié, possède un site installé à Bazeilles depuis octobre 2001. Ce groupe belge a été racheté en juillet 2005 par l’Américain Mohawk. Le site de l’entreprise compte 218 salariés.
Ideal standart qui fabrique des appareils en céramique est installé à Revin et compte 240 salariés.
Schulman Plastics, fabricants de plastique de base, a une usine à Givet avec 95 salariés.
ITW Spraytec, fabricants de produits chimiques à Vireux-Mohlain, compte 55 salariés.
Spartech Polycom, fabricant de plastique, fait travailler 39 personnes à Donchery.
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