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cour d'assises / Viols sur mineur « Nous étions complices ! »

Publié le jeudi 21 octobre 2010 à 11H00 - Vu 498 fois



DEPUIS le tirage au sort des jurés qui avait ouvert la première journée de ce procès, elle n'a pas bougé un de ses cils maquillés. Sophie (*), victime présumée des viols de son beau-père avec qui, une fois majeure, elle eut trois enfants, fixe, tête basse et regard dans le vide, le coin de table le plus proche. Face à elle, Patrick (*), né en 1949, encourt vingt ans de réclusion. Dans la région de Rethel, il aurait violé sa belle-fille, née en 1978, entre 1988 et 2000, lorsqu'elle quitta le domicile familial.
Patrick raconte : une jeunesse difficile, une carrière de routier avant de gagner au loto et d'investir dans un bar-tabac. Ses trois enfants nés d'un premier mariage. Puis la rencontre avec la mère de Sophie, « pour faire un bout de chemin ensemble ». L'union n'est « pas une réussite ». Son gros visage s'empourpre déjà. Il avait, et il a toujours, vingt-neuf ans de plus que Sophie. « Ça commence à compter », euphémise le président Latapie. Patrick, homme de peu de mots, patine : « Je suis tombé amoureux », répète-t-il. « Eh oui, ce sont des choses qui arrivent », acquiesce un président d'humeur badine, à peine contrarié par « la personnalité lisse » qu'il perçoit chez l'accusé.
C'est pourtant celui-ci qui avance le premier pion. « Je voudrais vous reparler de notre premier rapport car, ce dont je suis accusé, c'est quand même grave ». C'était à l'arrière de son camion, sur une aire d'autoroute, lors d'une virée en Belgique.
- Elle se reposait sur la couchette, à l'arrière du camion. Je lui ai demandé si je pouvais la rejoindre. Elle m'a dit oui.
- Poursuivez…
- C'est vrai, je l'ai un petit caressé, un petit peu déshabillée. Elle ne disait rien. ça n'a pas duré longtemps car j'ai pris conscience de ce que je faisais.
- C'était une pulsion, alors ?
- Oui.
- Vous aviez bu quelque chose ?
- Ah non, monsieur le président ! Jamais d'alcool !
- Non mais vous savez maintenant, il existe tant de boissons bizarres, comme la Redbull ou je ne sais quoi d'autre… Et physiquement, vous la trouviez comment ?
- Mignonne.
- Mais on peut trouver mignonne une fille de trois ans aussi, non ?
-…
Quelques minutes plus tard, Me Delgenes, avocat des parties civiles, interroge à son tour l'accusé.
- C'est bien, vous niez le viol mais vous reconnaissez l'agression sexuelle. Votre intelligence nous permet de progresser. Alors, est-ce que, selon vous, elle était consentante parce qu'elle s'est laissée déshabiller ?
- Je ne sais pas.
- Selon vous, elle était consentante ?
- Non, je ne crois pas.
L'amour fou
- Bon, et après, ce même jour ou un autre, ça fait quoi dans votre tête quand vous mettez votre sexe dans le sien ?
- Elle m'a encouragé !
(Murmures dans la salle)
- Pfff… Bon d'accord, elle vous a encouragé mais dans votre tête, c'était comment ?
- Pas très bien, je crois.
- Et après ?
- Je l'ai aimé.
- Et quand vous avez recommencé, que vous avez eu des enfants des années plus tard, c'était par votre initiative ?
- Nous étions complices !
Dernier épisode de la matinée, lorsque le président, après Me Yahiaoui, chargé de défendre l'accusé, prend le relais.
- On dit parfois « aimer comme un fou », c'était votre cas ?
- Oui, c'était ça.
- Alors, dites-nous en plus, pour les cartésiens que nous sommes, comment se caractérise l'amour fou ?
- Et puis, il y a des jeunes dans la salle, ça peut les intéresser…
- Je ne l'explique pas, c'était comme ça, plus fort que moi.
- Peut-être faisiez-vous des voyages sur les lacs d'Italie ?
- Non.
- Ou alors un petit week-end à Venise ? Allez-y, pour moi qui suis aussi un béotien sur le sujet…
- Vous l'avez aimé jusqu'à quand ?
- Même aujourd'hui, je ne la déteste pas.
- Bien. Tout à l'heure, vous nous avez parlé de complicité. ça veut dire quoi ?
- Vous voulez dire sur le sexe ?
Nouveaux murmures dans la salle. Le président s'autorise un rire franc : « Vous savez monsieur, en cour d'assises, on ne pose des questions que si on connaît les réponses ».
Imperturbable, Sophie fixe toujours le même coin de table.
Mathieu LIVOREIL
(*) Les prénoms ont été changés.

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