Publié le mercredi 14 décembre 2011 à 08H32 - Vu 492 fois
L'avocat général, Bruno Fayard, s'est montré ulcéré par l'intenable schéma de défense de Patrick Fillet.
Ardennes. Pour la seconde fois, Patrick Fillet a été déclaré coupable des faits de viols et violences qui lui étaient reprochés. Il a écopé de la peine maximale : vingt ans de réclusion.
SANS jamais se résoudre à avouer les viols, minimisant de manière très aléatoire les violences commises, Patrick Fillet n'a pourtant pu empêcher, pendant deux éprouvantes journées d'audience, de voir le nœud coulant judiciaire se resserrer sur lui. A l'issue d'un court délibéré, les jurés l'ont, hier soir, condamné à vingt années de réclusion, répondant par l'affirmative aux vingt-trois questions qui leur étaient posées, celles-ci comprenant deux circonstances aggravantes : l'âge des victimes - moins de 15 ans au début des faits - et la position de beau-père de Patrick Fillet sur ces dernières.
« Témoigner, l'effort suprême »
Vingt ans de réclusion, c'est deux de plus que le premier jugement, rendu en janvier dernier à Reims par la cour d'assises de la Marne. Vingt ans de réclusion, c'est également ce qu'avait requis l'avocat général, Bruno Fayard, ulcéré par l'intenable schéma de défense de Patrick Fillet. « On pouvait penser que s'il avait fait appel, c'est qu'il avait pris conscience que ces mensonges (du premier procès, ndlr) étaient un peu gros, a-t-il tonné, l'œil noir, à l'ouverture de son réquisitoire. Il n'a pas évolué, c'est fort regrettable mais prévisible : on voit rarement un pervers s'excuser, M. Fillet n'a pas fait exception ! » Jusqu'au bout, ce parfait tyran domestique, déjà condamné à quatre reprises pour agression sexuelle et attentats à la pudeur, n'a rien regretté ou expliqué. Mais en avait-il les moyens intellectuels ? Cet homme de 53 ans, natif de Caen, s'était montré plus prolixe en 1986, face à des policiers normands qui l'interrogeaient : « Je n'explique pas ce qu'il m'arrive, ce sont des coups de folie ».
Confondu par un « gros bouton » sur le testicule droit qu'avaient remarqué Sophie* et Nicolas* lors des sévices subis, sans cesse trahi par ses rares mots - « Si je les tape, c'est parce qu'ils foutent le bordel et qu'on ne peut pas écouter la télévision » - Patrick Fillet, au grand désespoir de son avocate, n'a cessé de se tirer des balles dans le pied, n'ayant de cesse de cloisonner maladroitement son existence pour tenter de donner corps à ses dénégations : « Depuis que j'étais marié (en avril 2006), j'avais plus de pulsions, j'avais arrêté mes bêtises ! » Avant de confier aux policiers, à propos de ses victimes qui avaient osé le dénoncer : « Je vais les tuer, ils vont mourir lorsque je sortirai d'ici ».
Placés en famille d'accueil, Sophie, 18 ans, Nicolas, 17 ans, et Alexandre*, 11 ans, ont désormais toute la vie pour tenter de dépasser l'enfer vécu. À les observer et les entendre, cette route sera très longue. Violenté, le cadet, outre ses difficultés d'apprentissage, a déjà usé de violence sur ses camarades. D'apparence désorientée et anxieuse, Nicolas, pour sa part, aura su à nouveau raconter publiquement les viols subis. « Témoigner, l'effort suprême », rappelait son avocate. Et que dire de Sophie, carapacée dans son ensemble manteau-treillis, parfois recroquevillée en position fœtale sur les bancs du tribunal et qui confiait récemment à son avocate : « Plus tard, je veux travailler dans la sécurité. Vigile ! Comme ça, je saurai enfin me défendre. »
* Les prénoms ont été changés.
1. En outre, Patrick Fillet a été condamné à dix ans de suivi sociojudiciaire et une interdiction d'exercer toute activité impliquant des mineurs.
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